" La précarité agricole est un sujet sensible "

Propos recueillis par Nicole Ouvrard-Réussir Grandes Cultures Septembre 2012

« Loin du voyeurisme,  j’ai voulu traduire en images une réalité sociale » explique Jean-Charles Gutner.
Le photographe a suivi, en Picardie et en Bretagne, plusieurs familles d’agriculteurs en difficulté et les conseillers qui les accompagnent. © J.-C. Gutner

Le photographe Jean-Charles Gutner s’est penché sur la vie au quotidien des agriculteurs tombés dans la précarité. Témoignage.

Identité

" La précarité agricole est un sujet sensible "
© J.-C. Gutner

Jean-Charles Gutner, ancien photographe de guerre, est installé à Château-Thierry, dans l’Aisne. Il travaille notamment pour le secteur agricole. Vous pouvez consulter la totalité du reportage sur www.jeancharlesgutner.com et son site
www.laphotoagricole.net

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la précarité en agriculture ?

À l’occasion de mes collaborations avec la presse agricole, je suis tombé en 2010 sur un dossier dans un magazine agricole expliquant aux agriculteurs comment toucher le revenu de solidarité active (RSA). N’étant pas du milieu agricole, cela m’a choqué.

Comment avez-vous contacté les agriculteurs ?

Je suis entré en contact avec l’association Solidarité Paysans de Picardie qui m’a autorisé à accompagner ses conseillers. J’ai eu la même démarche en Bretagne avec le soutien du conseil régional. J’ai rencontré huit exploitants de différents secteurs. Il existe des points communs entre toutes ces situations. Au départ, les agriculteurs sont dans un schéma de production maximale alors que leur situation financière est tendue. Puis un grain de sable vient tout perturber : un problème de santé, une maladie du troupeau, un endettement excessif sur le matériel ou en raison de la mise aux normes des bâtiments, mais aussi la chute des prix de vente. Et c’est l’engrenage avec souvent des problèmes familiaux, voire un divorce.

A-t-il été difficile de les convaincre de se laisser photographier ?

Oui. Il m’a fallu six mois entre le premier contact et la réalisation des photos. Ces agriculteurs sont pudiques et veulent garder leur fierté. Faire entrer un photographe chez eux, c’est mettre en lumière leurs difficultés. J’ai dû les convaincre que mon but n’était pas de faire du voyeurisme mais de traduire en images une réalité économique et sociale. Ils sont en fait des victimes du système.

Quel est votre sentiment après ces rencontres ?

J’ai rencontré des gens totalement investis dans leur métier. Je les ai suivis dans leur vie quotidienne et leurs démarches administratives. J’ai eu l’autorisation de photographier l’un deux lors de sa convocation au tribunal civil d’Amiens pour 8 000 euros d’impayés auprès de la MSA, après avoir eu son troupeau atteint de fièvre catarrhale. J’ai été touché par ce couple d’éleveurs de Limousines dans l’Oise qui vit avec trois enfants dans une caravane, faute d’argent pour finir leur maison, la priorité ayant été donnée aux bâtiments agricoles. Je pense que tous ces agriculteurs entretiennent un patrimoine régional et culturel précieux. Si on ne donne pas les moyens de travailler, celui-ci va disparaître.

Quelle suite allez-vous donner à ce travail original ?

Je voudrais poursuivre par des reportages en région Paca avec d’autres filières. J’ai pris contact avec la chambre d’agriculture et le conseil régional, mais pour l’instant, je n’ai pas de réponse. C’est aussi le cas en Picardie où je voudrais approfondir ce travail. Ce sujet est sensible, ce qui complique les choses. Quant à la presse, le sujet n’est pas assez people pour qu’elle s’y intéresse. J’ai eu tout de même quelques articles et c’est l’agence Sipa qui diffuse mes photos.

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