Le bilan des oléagineux mis au régime

Gabriel Omnès - Réussir Grandes Cultures Octobre 2012

Le bilan des  oléagineux mis au régime
Avec une récolte européenne en repli pour la quatrième année consécutive, le colza n’échappe à la tension qui règne sur le marché mondial des oléagineux. © G. Omnès

Pénurie de graines, demande insatiable en tourteaux, tension sur l’huile : la première moitié de la campagne s’annonce explosive pour le complexe mondial des oléagineux.

La campagne 2012-2013 s’annonçait chaude depuis plusieurs mois pour les oléagineux. On le savait : les mauvaises récoltes de soja engrangées début 2012 par le Brésil et l’Argentine, respectivement premier et troisième producteur de la planète, allaient assurément faire trouver le temps long aux utilisateurs. Face à la réduction précoce des disponibilités des deux géants sud-américains, tout le monde attendait avec impatience que les États-Unis, challenger du Brésil, prennent le relais pour rassasier une demande mondiale en pleine croissance. Grâce aux importantes surfaces emblavées, la récolte automnale nord-américaine s’annonçait abondante, voire proche du record de 90 millions de tonnes (Mt) enregistré en 2010. Las ! La sécheresse qui a frappé le pays — la pire depuis cinquante ans — a compromis les rendements et ramené les estimations de production à 70 Mt.

Stocks en berne

Loin de détendre le marché, les nouvelles venues des plaines US ont donc affolé les places boursières à partir de la fin juin, propulsant le cours du Soybean à des sommets à Chicago, et entraînant dans son sillage le prix des tourteaux. La violence de la réaction est à la hauteur de l’inquiétude suscitée par les statistiques. En septembre, l’analyste Oil World pronostiquait un stock US de fèves au plus bas pour février 2013, correspondant au mi-temps de la campagne américaine et au retour de l’origine brésilienne.

Pénurie de soja aux USA

Selon l’officine, les réserves du deuxième producteur mondial ne s’élèveront alors qu’à 25 Mt, soit 14 Mt de moins qu’il y a un an. Alors que les usines de trituration tournent à plein régime, dopées par une demande en tourteau insatiable, certains craignent une pénurie de soja aux États-Unis sur la deuxième moitié de campagne. Et ce n’est pas le démarrage en trombe des exports, notamment à destination de la Chine, qui va rassurer les utilisateurs du marché intérieur.
Théoriquement, les États-Unis pourront s’alimenter auprès de l’hémisphère Sud à partir de février. La logistique pourrait cependant compliquer la donne, avec le risque d’engorgement des ports argentins et brésiliens, et une logistique américaine orientée vers l’export qui pourrait s’avérer moins efficace à contre-sens. Dernier petit détail : pour ne pas affoler un peu plus des bilans mondiaux déjà explosifs, il faudra que la récolte sud-américaine tienne ses promesses d’abondance (sur la base des surfaces attendues, on évoque le record de 150 Mt pour le sous-continent), ce qui impose une météo sans accroc.

Soudure difficile

Quoi qu’il en soit, l’Amérique du nord sera condamnée au régime allégé en matières grasses en 2012-2013 : les exportations et la trituration de soja sont estimées par Oil World à respectivement 29,5 et 41,8 Mt aux États-Unis, contre 37 Mt et 46,5 Mt l’an passé. Avec à la clé une nouvelle fonte du stock de report, attendu en août 2013 à 2,7 Mt, moitié moins que celui de 2010 ! La situation n’est guère meilleure à l’échelle mondiale, puisque le ratio mondial stock/consommation en soja risque de s’enfoncer sous le seuil extrêmement bas de 18 %.
Lorsque les sojas nord et sud-américains toussent, la planète des oléagineux se grippe, et cette année, la tension est particulièrement contagieuse. L’oracle Oil World annonce un déclin de 4,6 Mt de la trituration mondiale pour les dix principales graines oléagineuses sur septembre 2012-février 2013 par rapport à la même période l’an passé, alors que l’on enregistrait une progression moyenne de 5,8 Mt depuis quatorze ans.
L’appel d’air engendré par le soja a entraîné le colza dans la tourmente. La récolte mondiale de la crucifère, tirée vers le haut par le Canada, est plutôt bonne, mais ne suffira pas à accroître significativement les disponibilités en raison de stocks de départ étriqués. Quant à l’Europe, elle voit sa production de colza se tasser pour la quatrième année consécutive, à moins de 19 Mt. Dans ce contexte de production en demi-teinte, et malgré un recours désormais structurel aux importations, l’activité de la trituration communautaire sera au mieux stable, voire en léger recul.

Marges alléchantes

Seule certitude : les stocks de report européens de colza seront au plus bas à la fin de la campagne, autour d’1 Mt. Selon la société d’analyse Tallage, les marges de trituration alléchantes (de 50 euros/tonne en septembre, et prévues à 40 euros/tonne en moyenne sur la campagne), ainsi que les obligations d’incorporation en biodiesel, inciteront les opérateurs à aller chercher toutes les graines de colza disponibles. Surtout que, contrairement à l’an passé, les industriels ne pourront pas se reporter sur le tournesol, marqué par une forte baisse de la production dans l’UE. Les prix des tourteaux suivent le mouvement : en septembre, ils atteignaient plus de 500 euros/tonne à Montoir pour le soja, et plus de 300 euros/tonne à Rouen pour le colza.
L’huile de palme est actuellement le seul élément qui ne contribue pas à la tension du complexe mondial des oléagineux. La production est en hausse, et les stocks se sont accumulés en Malaisie et en Indonésie, qui totalisent à eux deux plus de 80 % de l’offre internationale. Cette situation un peu plus confortable que celle des huiles concurrentes explique le discount particulièrement important affiché par l’huile de palme face au colza, au tournesol et au soja. Sans pour autant laisser présager une chute de tension dans les mois à venir.

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