Le credo de Carlos Crovetto, forgé par 48 ans de pratique : " le semis direct pour restaurer la fertilité des sols "

Réussir Grandes Cultures Novembre 2012

Le credo de Carlos Crovetto,  forgé par 48 ans de pratique : " le semis direct pour restaurer la fertilité des sols "
Carlos Crovetto, agriculteur chilien et expert en semis direct. DR

Le semis direct est la seule solution pour préserver et améliorer la qualité des sols. Les agriculteurs français devraient s’y mettre au plus vite. Point de vue d'un agriculteur chilien devenu spécialiste du semis direct, reconnu au niveau mondial.

Du semoir aux livres et aux conférences

Le credo de Carlos Crovetto,  forgé par 48 ans de pratique : " le semis direct pour restaurer la fertilité des sols "

. Carlos Crovetto Lamarca est l’un des meilleurs spécialistes mondiaux du semis direct. Agriculteur, il a perfectionné cette technique pendant quarante-huit ans sur son exploitation de Chequen, au Chili, où il a obtenu des résultats spectaculaires. Il est auteur de multiples articles techniques et de deux livres : Les fondements d’une agriculture durable - Préserver les sols aujourd’hui pour nourrir les hommes demain, et Les fondements d’une agriculture durable tome 2 - Nourrir le sol, un enjeu mondial.
. Carlos Crovetto a fait une série d’interventions en France en septembre 2012. La conférence en Poitou-Charentes était organisée par l’Apad Centre-Atlantique, créée par la coopérative Entente Agricole.

" La France est un pays fantastique. Le climat y est favorable à l’agriculture et les sols parmi les meilleurs de la planète. Mais ils ne sont pas travaillés comme il faut. Ils manquent de matière organique. Cela se voit à leur couleur. La matière organique est la principale composante à apporter aux champs. Il faut penser au futur, sauvegarder les microorganismes du sol, vers de terre, insectes et protéger les sols de l’érosion.
Le travail du sol favorise l’érosion et l’oxydation de la matière organique, qui détruisent les sols, alors que le « zéro travail » et des résidus protègent de l’érosion, retardent l’oxydation des résidus et augmentent le carbone du sol. On améliore vite la structure et on gagne un millimètre de sol par an, soit 0,2 % de matière organique. Mais il faut oublier toute forme de travail mécanique, y compris le travail simplifié ou le strip-till. En quarante-huit ans de semis direct, j’ai augmenté la matière organique de mes sols de 0,8 % à 6-7 %. J’ai récupéré des crevasses de 30 mètres de profondeur. Et j’obtiens 55 quintaux par hectare en blé sur de mauvaises terres. Je n’apporte plus ni phosphate ni potasse ; 110 000 hectares sont semés en direct au Chili sur 800 000 hectares de terres arables, et 25 millions d’hectares en Argentine.
Le sol doit toujours être couvert de résidus. Les résidus ont un rôle physique contre l’érosion hydrique et éolienne. Puis, grâce aux microorganismes qui les décomposent, ils nourrissent le sol pendant deux à quatre ans. Il faut 2 500 kilos de matière organique par hectare, qui peuvent être fournis juste en laissant les résidus. Ce n’est pas nécessaire d’en acheter. Un kilo de résidus correspond à 0,58 kilo de carbone et 2,04 kilos de CO2 soustrait à l’atmosphère. Au contraire, le travail du sol entraîne une perte de carbone pour le sol et relargue du CO2 dans l’atmosphère, ce qui contribue à l’effet de serre. Il faut toujours laisser en place une culture ou un couvert. Mais un couvert n’apporte pas de carbone si l’on continue à travailler le sol.
Le semis direct favorise les enzymes, champignons, bactéries, phosphates solubles… Les nutriments sont en général présents dans le sol mais peu disponibles. Le semis direct les rend accessibles en favorisant les enzymes produites par les microorganismes et la mésofaune. Dans mes sols, j’ai beaucoup augmenté les teneurs en phosphate soluble et en enzymes cellulases, sulfatases, uréases. Les glomalines, ces protéines exsudées par les mycorhizes qui améliorent la structure du sol et la disponibilité en phosphate, cuivre et zinc, sont aussi importantes. Mais elles sont facilement détruites par le travail du sol, tout comme les composés colloïdaux générés par les bactéries et qui améliorent la structure. Le semis direct favorise aussi la formation d’adénosine triphosphate, vitale pour que les bactéries fixent l’azote atmosphérique.
Quand on fertilise, on ne nourrit pas le sol car le nutriment du sol, c’est le carbone. Le semis direct augmente les phosphates et la potasse mais diminue le niveau d’azote. Certaines plantes le captent dans l’air, mais il n’est pas stocké dans le sol. Il faut donc en apporter. Il faut fertiliser sur toute la surface pour nourrir le sol avant les plantes. L’apport sur le rang peut provoquer de l’acidité et un excès de nutriments qui seront en partie perdus par lessivage ou gazéification. On ne peut pas non plus faire de semis direct sans glyphosate, qui n’a pas d’activité dans les sols. Et il faudrait que la recherche travaille sur des variétés adaptées au semis direct et des moyens de lutter contre les limaces et les rongeurs. "

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