Les biocarburants, moteur de la ruée sur les terres

Gabriel Omnès - Réussir Grandes Cultures Mars 2012

Les biocarburants, moteur  de la ruée sur les terres
Deux-tiers des opérations de "land grabbing" concerent l'Afrique. © ONU/Albert Gonzalez Farran

Près de 60 % des terres achetées à l’étranger sont destinées à la production de biocarburants, loin devant la vocation alimentaire.

Les achats de terre à grande échelle à l’étranger ont fait couler beaucoup d’encre ces dernières années, mais il est difficile d’appréhender la dimension réelle de ce phénomène. Une étude menée par le Secrétariat de la coalition internationale pour l’accès à la terre, avec le soutien du Cirad et la collaboration de plus de quarante organisations locales et de la société civile, universitaires et instituts de recherche du monde entier, s’est appliquée à mieux cerner l’ampleur, les moteurs et les conséquences du phénomène depuis dix ans(1).
Une première synthèse, issue d’une base de données recensant les opérations foncières à grande échelle, a rendu son verdict : entre 2000 et 2010, les transactions reportées (rendues publiques ou citées par la presse) totalisent 203 millions d’hectares, soit trois fois et demie la taille de la France. Les deux tiers de ces opérations concernent l’Afrique, loin devant l’Asie.

3,5 fois la taille de la France

Sans surprise, c’est la demande des marchés en produits alimentaires, en biocarburants, en matières premières et en bois qui alimentent cette ruée vers les terres. À ces motifs s’ajoutent aussi des moteurs moins médiatiques, tels que l’extraction de minerai et, récemment, le marché de la compensation carbone. Plus inattendu, la synthèse révèle que l’objectif de production de biocarburants, avec près de 60 % de surfaces, arrive loin devant la vocation alimentaire (moins de 18 %). Les auteurs du rapport soulignent que l’expression « accaparement des terres » est largement justifiée en raison de la menace que font peser nombre de ces opérations foncières sur les droits des populations locales, les pauvres « supportant des coûts disproportionnés, mais ne récoltant que très peu de bénéfices, en raison d’une gouvernance médiocre ».

Image 6

Repère n°1 : bonnes terres

Loin de cibler les « terres marginales » de moindre intérêt ou délaissées, les acquéreurs « sont surtout intéressés par les terres fertiles, irriguées ou recevant une bonne pluviométrie, faciles d’accès par route ou par fer, avec un accès à l’électricité », relève le rapport du Secrétariat de la coalition internationale pour l’accès à la terre. L’étude cite de nombreux cas où, loin de profiter d’un processus de développement, les populations locales se trouvent spoliées.

Repère n°2 : grande échelle

« L’idée que les grandes exploitations sont nécessaires à la modernisation du secteur reste prépondérante parmi les responsables politiques, constate l’étude, qui considère que la politique de développement agricole est de plus en plus détournée au bénéfice de projets commerciaux à grande échelle, sous-estimant le potentiel de production des petites exploitations et excluant les paysans en tant que partenaires ». Cette approche a pourtant montré ses limites en Afrique.

Repère n°3 : gouvernance

Le rapport pointe plusieurs faiblesses dans la gouvernance qui régit les transactions foncières à grande échelle, telles que le manque de processus démocratique qui écarte les populations locales des décisions prises par les élites, une gouvernance foncière qui ignore souvent les droits des populations qui exploitent les terrains et des régimes du commerce international qui protègent mieux les droits des investisseurs internationaux que ceux des pauvres en milieu rural.

(1) Land Rights and the Rush for Land, disponible sur www.landcoalition.org

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier