Les clés pour comprendre : Il y a suffisamment de terres cultivables pour nourrir tout le monde »

Johanna BALPE, étudiante à AgroParisTech

La planète a-t-elle aujourd'hui la capacité de se nourrir dans un contexte de flambée des prix des matières premières, et de régulation environnementale ? L'avis de Marcel Mazoyer, professeur à AgroParisTech, et vice président de l'Union Contre la Faim et la Malnutrition

Selon Marcel Mazoyer, il y a actuellement suffisamment de terres cultivables pour nourrir tout le monde, mais ce ne sera pas forcément toujours le cas, et ces terres peuvent être destinées à la production de biocarburants, auquel cas il n'y aura pas de production alimentaire.

On sait depuis une dizaine d'années que l'on pourrait multiplier la surface des terres cultivées par 1,6 sans avoir à toucher aux forêts. Ces zones de terres cultivables disponibles existent dans de nombreuses régions du monde. Elles représentent plus de 80% du territoire africain, et environ 85% de l'Amérique Latine.

De nombreuses terres sont également disponibles en Ukraine et en Russie, sans que les paysans aient les moyens techniques et financiers de les valoriser. Selon Mr Mazoyer, « c'est des politiques permettant aux agriculteurs de développer leur activité dont dépend la sécurité alimentaire».


Investisseurs : « une machine de guerre contre l'agriculture paysanne »

La disponibilité de la terre agricole dans ces pays commence pourtant à diminuer, du fait d'achats d'investisseurs et grandes entreprises étrangères (à Madagascar par les Coréens, au Niger par les Chinois) qui s'intéressent au secteur agricole. On assiste à un véritable phénomène de thésaurisation. Les investisseurs recherchent juste à faire une plus-value par la revente de ces terres ou souhaitent bénéficier d'une main d'oeuvre bon marché.

La privation de terres est une catastrophe pour les paysans. Au Mali, de nombreux territoires ont été revendues à des investisseurs chinois, à des firmes privées. Or ceux-ci ont la capacité de payer l'aménagement hydraulique nécessaire à leur mise en valeur, ce qui n'est pas le cas des paysans maliens, qui ont également peur de ne jamais rentabiliser leurs investissements. Ces grands investisseurs constituent selon Mr Mazoyer, « une machine de guerre contre l'agriculture paysanne ».

Les techniques utilisées actuellement permettront-elles d'augmenter les rendements ? «Pour les pays ayant bénéficié de la révolution agricole et de la révolution verte, ces techniques - revues et corrigées de leurs excès pour être plus durables- permettront difficilement d'augmenter les rendements » estime le professeur. Au contraire, les pays qui n'en ont pas bénéficié, et qui en ont le plus besoin, ont encore une marge de progression des rendements.

Une progression indispensable pour nourrir leur population mais aussi pour exporter en cas de surplus. Mais dans un contexte de libre échange, ces pays risquent d'être concurrencés par d'autres pays vendant moins cher, ce qui constituera une entrave au progrès. Quand à l'avenir, Mr Mazoyer se dit « optimiste, tant que la prise de conscience des dérives ultralibérales en matière agricole se confirme ».

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