Les prévisions météorologiques vont-elles être de plus en plus fiables ?

Benoît MOUREAUX

Les prévisions météorologiques vont-elles être de plus en plus fiables ?

Les informations météorologiques sont essentielles pour de nombreux secteurs d’activité et, bien entendu, en agriculture. L’augmentation annoncée des aléas climatiques pose la question de la pertinence des prévisions. Olivier Deudon, spécialiste en climatologie chez ARVALIS-Institut du végétal, apporte des éléments de réponse.

Perspectives Agricoles : Comment la fiabilité des prévisions évolue-t-elle ?

Olivier Deudon : La qualité des prévisions s’améliore, c’est indéniable, à la fois en précision pour différents paramètres et en résolution spatiale. Sur les 30 dernières années, la qualité du modèle ARPEGE de Météo France a gagné en moyenne un jour de prévision tous les dix ans. Les prévisions à quatre jours sont aujourd’hui aussi fiables que celles à trois jours des années 2000. Malgré tout, la prévision peut être moins performante certaines années, notamment du fait de la variabilité climatique. Dans tous les cas, plus l’échéance s’éloigne, plus la qualité s’amenuise. La prévisibilité des variables (températures, précipitations, vents…) dépend également de l’échelle spatio-temporelle. Ce gain de prévisibilité est dû à l’amélioration constante des modèles et des ressources informatiques, mais surtout à l’augmentation considérable des données collectées provenant des satellites, des réseaux radars, des stations au sol et des moyens de les assimiler. Cette richesse d’informations permet de déterminer avec davantage de précision l’état initial du temps au départ de la simulation, point crucial de la prévision.

P. A. : Existe-t-il encore un potentiel d’amélioration ?

O.D. : L’aspect chaotique du système atmosphérique empêchera toujours de repousser la limite de la prévision au-delà de dix jours, du moins sous une approche déterministe classique (une valeur, un paramètre, une échéance), mais les efforts de recherche devraient aboutir à gagner encore un jour sur la prévision à l’horizon 2020. Les échéances les plus courtes - quelques heures - auront une meilleure précision du fait du couplage des observations avec des modèles spécifiques prenant mieux en compte les phénomènes météorologiques de petites échelles, en particulier les orages. Pour des échéances plus lointaines, comme le mois ou la saison (1), la difficulté réside dans le fait que l’atmosphère n’est plus le seul facteur à étudier. D’autres éléments interviennent, comme les océans ou l’humidité des sols, nécessitant encore une amélioration des modèles. Outre la prévision déterministe, il existe également une prévision probabiliste, dont les simulations reposent sur de légères variations de l’état initial, en utilisant différents modèles. Les prévisionnistes peuvent ainsi affiner la localisation et l’intensité d’un phénomène météorologique. Il est aussi possible d’associer une marge d’erreur à la prévision de chacun des paramètres. Pour l’utilisateur final, ce type d’information est particulièrement important en vue d’affiner la prise de décision d’une intervention par exemple.

P. A. : Le conseil agronomique va-t-il bénéficier de ces évolutions ?

O.D. : Anticiper au mieux les aléas climatiques et leurs conséquences agronomiques rend indispensable la prise en compte des prévisions météorologiques dans le conseil agronomique. Les progrès constatés vont de ce fait améliorer la pertinence et la fiabilité du conseil. Il ne faut pas non plus oublier que la mise à disposition des informations météorologiques, toujours plus rapide et plus accessible grâce aux progrès continus des technologies de communication, est un enjeu majeur pour les prises de décisions.

(1) Voir Perspectives Agricoles n° 418, janvier 2015, p. 46.

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