Maïs : attention à ne pas vendre la peau de l'ours

Crédit Agricole SA

Maïs : attention à ne pas vendre la peau de l'ours

Aux États-Unis, après la sécheresse historique qui a perturbé le marché mondial, une récolte record est annoncée pour 2013/2014. Cette annonce est très spéculative. Que cela se réalise ou non, l’équilibre mondial dépendra beaucoup de la Chine et, pour la France, de l’Ukraine.

Après la catastrophe, l'abondance ?

En 2012, les États-Unis ont connu, dans la zone du maïs, une sécheresse d'un niveau inconnu depuis cinquante ans, qui a ramené le rendement moyen à l'hectare à son niveau du début des années 90.

Pour 2013, les premières prévisions font état d'une récolte record en maïs, tout particulièrement aux États-Unis, mais aussi d’une hausse dans la quasitotalité des pays, hormis au Brésil. Dans cette hypothèse, la hausse de la consommation mondiale pourrait reprendre (elle a baissé en 2012/2013 sous la pression des prix, une situation exceptionnelle) et même le stock, très bas depuis plusieurs années, se reconstituerait en partie.

Mais ces prévisions ont un air de déjà-vu. En mai 2012, l'USDA écrivait : « nous nous attendons à une ressource mondiale record en maïs en 2012/2013, faisant pression sur les prix ». Cette récolte devait être de 945 Mt, avec un excédent confortable et un stock en hausse. En juin 2012, la prévision était même renforcée : 950 Mt dans le monde, 376 Mt aux États-Unis. Il a fallu attendre juillet pour voir glisser la prévision (850 Mt en août), et s'envoler les prix du maïs, et du blé par contagion.

La situation de 2012 n’est pas une fatalité, même si il faut admettre qu’il est bien trop tôt pour pouvoir se prononcer sur l’état de la récolte de maïs, qui est seulement au stade du semis. Toutes les prévisions sont maintenant assorties de « weather permitting » (si la météo le permet). Les semis de maïs aux États-Unis ont connu des retards et le début juin est une date charnière, au-delà de laquelle les producteurs ont tendance à opter pour le soja.

Or, les États-Unis restent la référence, même si leurs exportations ont beaucoup baissé (encore 60% des échanges mondiaux en 2006/2007, 23% en 2012/2013). Sur la fin de campagne, le Brésil, avec une récolte record, a pu les remplacer, et en 2013/2014 il devrait être en partie relayé par l'Ukraine. Ces dernières années, une compensation s’est opérée entre régions de production : on imagine les effets d'un cumul de difficultés affectant plusieurs parties du monde.

Maïs : marché mondial et principaux pays producteurs

5.1

Source : CIC, USDA

Un fléchissement des prix sans conviction

Les prix ont commencé à fléchir dès la fin de 2012, mais tendent depuis à se stabiliser. Fin mai, la nouvelle récolte cote sur le Matif 190 €/t environ, contre 222 €/t pour l'ancienne. Le maïs français décroche du blé et se rapproche aujourd'hui de son prix de 2011/2012.

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Maïs : prix en euros (Source : Banque mondiale, Agreste)

Les marchés financiers ont emboîté le pas de l'option baissière. Aujourd'hui, les agents financiers, prenant des positions à court terme dans un but de rendement immédiat, ne sont plus en position acheteuse, situation rare depuis 2006. Cependant les fonds sur indice restent stables, structurellement à l'achat.

Consommation : l'éthanol en retrait

La baisse de la consommation en 2012/2013 est surtout le fait des États-Unis. Alors que l'alimentation animale semblait résister au prix élevé, le repli a concerné au premier chef l'utilisation pour l'éthanol (27% de la consommation de maïs aux États-Unis, net des sous-produits), qui a fléchi pour la première fois depuis le lancement de l'éthanol carburant au début des années 2000. Les autorités américaines n'ont pas révisé leurs objectifs pour l'éthanol carburant en 2013 devant le manque de maïs, malgré les pressions issues du secteur de l'élevage. La production d'éthanol est cependant limitée par les marges des distilleries, affectées par le niveau de prix du maïs, mais aussi par la tendance à la baisse de la consommation d'essence. Enfin, les exportations vers l'Europe baissent, avec le recours à des procédures anti-dumping.

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Production d'éthanol-carburant (Source FranceAgriMer)

Lié à une obligation réglementaire, l'éthanol de maïs a continué son expansion au cours des flambées de prix de 2007 et 2008 (en contribuant à ces dernières), mais il plafonne maintenant, et l'objectif en éthanol de maïs approche de son maximum prévu pour 2015.

La Chine comme arbitre de l’équilibre

La Chine (un quart des utilisations mondiales) accélère sa consommation, ces dernières années. Les importations chinoises de céréales affichent globalement une reprise, alors que l’indépendance en la matière (contrairement aux oléagineux) semblait être un leitmotiv de la politique chinoise. Dans ce contexte, la Chine importe du maïs, bien que les prix soient élevés. En 2013-2014, l'USDA, malgré les signes de fléchissement de la croissance chinoise, s'attend à une poursuite de la hausse rapide de sa consommation (8%, contre 10% l'année précédente, une accélération par rapport aux années 2000). Comme la récolte ne suit pas, le pays est supposé couvrir son déficit de 12 Mt en puisant dans ses stocks (censés représenter la moitié du stock mondial). Il importerait alors modérément ; ces décisions d'ordre politique jouent fortement sur le marché.

Europe et France, optimisme aussi

5.5

En Europe aussi, on attend une bonne récolte (tout aussi prématurément), qui se traduirait par une baisse des importations et un débouché moindre pour la France. Celle ci s'oriente vers une récolte stable, proche de 2012/2013 qui était une bonne année, compte tenu des surfaces et si le rendement se maintient.

 Avec un prix du maïs désormais moins élevé que celui du blé, celui-ci pourra trouver un débouché en alimentation animale. À l'exportation, qui se fait essentiellement vers l'Union européenne, la concurrence de l'Est joue contre le maïs français. L'Ukraine apparaît maintenant comme le quatrième exportateur mondial, surtout tourné vers l'Europe. Mais les inondations au centre de l'Europe risquent aussi de compromettre la récolte de maïs…

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Maïs : bilan français (Source : FranceAgriMer)

Source Prisme – La note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire du Crédit Agricole

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