Maladie des céréales : L'ergot signe un retour sous haute surveillance

Christian Gloria

L'ergot du seigle touche des parcelles de blés en France avec une légère recrudescence ces dix dernières années.

Avec ses méfaits sur la santé publique, les effets de l'ergot du seigle sont inscrits dans la mémoire collective. Chercheur préparant une thèse à l'Inra de Dijon, Dominique Jacquin note une légère recrudescence de la maladie sur céréales depuis les années 2000. Le spécialiste trouve une des explications dans la régression du labour dans les itinéraires culturaux au profit des techniques culturales simplifiées. Or, le labour a pour mérite d'enfouir profondément les sclérotes, organe de conservation du pathogène. Au dessous de 4 centimètres de profondeur, ces sclérotes ne peuvent plus germer pour produire des spores contaminatrices.
« Mais ces organes peuvent se conserver plus de deux ans dans le sol, informe Julie Toussaint-Ferreyrolle, spécialiste des maladies des céréales chez Arvalis. Dans une parcelle particulièrement contaminée, il est recommandé de ne travailler le sol que superficiellement les deux années après le labour afin d'éviter toute remontée en surface de ces sclérotes. »

L'ergot dit du seigle attaque les autres céréales comme le blé, l'orge ou le triticale. (D. Jacquin/Inra)

L'ergot dit du seigle attaque les autres céréales comme le blé, l'orge ou le triticale. (D. Jacquin/Inra)

Les graminées hébergent l'ergot

Les graminées adventices sont des hôtes de l'ergot. Les difficultés croissantes pour détruire ces mauvaises herbes ou l'absence de broyage des bords de champs peuvent être une explication à l'augmentation de l'ergot. « On peut retrouver de l'ergot sur des graminées telles que le vulpin et le ray-grass. Les graminées sauvages interviennent dans la conservation de la maladie sur une parcelle d'une année sur l'autre, explique Dominique Jacquin. Mais elles peuvent avoir un rôle amplificateur sur la même année. La contamination d'un épi à sa floraison peut se traduire par le développement rapide d'un mycélium au-dessus des ovaires dans les épillets puis de spores (conidies) développées dans un miellat, le tout en une semaine ! Ces spores peuvent être propagées par des insectes attirés par le miellat. »
Chez le vulpin, cet effet amplificateur serait plus courant que chez le ray-grass. Des études en cours doivent préciser le poids des graminées adventices dans les infestations en ergot. Les conditions climatiques restent le facteur prépondérant dans le développement de la maladie. Des années à hiver rude et à printemps pluvieux (a fortiori au moment de la floraison des céréales) sont favorables au développement de l'ergot. Il existe des années à ergot avec des pics de contamination notés en 2000, 2003, 2006 et 2009 par les services de la protection des végétaux. Il semble qu'en 2010, les contaminations soient faibles.

Les graminées adventices, comme ici le ray-grass, sont des hôtes relais de l'ergot. (D. Jacquin/Inra)

Les graminées adventices, comme ici le ray-grass, sont des hôtes relais de l'ergot. (D. Jacquin/Inra)

 

Enquête et évaluation

Globalement, la présence d'ergot reste très sporadique en France. Il n'y a pas lieu de s'alarmer. Pour autant, une enquête est menée cette année auprès des organismes collecteurs pour évaluer le poids de différents facteurs dans les infestations de céréales en ergot. Elle est mise en place par plusieurs organismes : Inra, Arvalis, Fnams, In Vivo, FNA et des semenciers. Dominique Jacquin se charge de recueillir les questionnaires(1) envoyés et d'en réaliser l'interprétation.

La présence de sclérotes dans les récoltes de céréales destinées à l'alimentation animale ou humaine font encourir le risque d'intoxications graves. (J.-Y. Maurepas)

La présence de sclérotes dans les récoltes de céréales destinées à l'alimentation animale ou humaine font encourir le risque d'intoxications graves. (J.-Y. Maurepas)

 

Un danger pour l'homme

L'ergot est une maladie des céréales causée par le champignon Claviceps purpurea. Le seigle est la céréale la plus sensible à ce pathogène, mais le blé et l'orge peuvent également être infectés, de même que diverses graminées adventices. Le principal signe distinctif de l'ergot est la production d'un sclérote en lieu et place d'une graine sur l'épi qui prend la forme… d'un ergot. La maladie n'occasionne pas de perte de rendement mais les sclérotes peuvent produire des alcaloïdes (de type LSD) très dangereux pour l'homme. Leur présence dans des lots de céréales destinées à l'alimentation constitue un risque de santé publique.

(1) Le questionnaire est disponible à l'adresse suivante : http://www2.dijon.inra.fr/bga/umrbga2009/
cliquer sur ‘enquête ergot 2010'.

Source Réussir Grandes Cultures Octobre 2010

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier