Marché des matières premières : L'offre française de pois aux abonnés absents

Emmanuel Baratte

En dépit d'une demande bien réelle, la dégringolade des surfaces conduit année après année à cantonner le pois dans des débouchés de niche. L'offre française de pois aux abonnés absents

Le marché des pois protéagineux est paradoxal. Diversifiée, la demande est bien présente
tandis que l'offre française ne cesse de reculer. Les surfaces cultivées en protéagineux dans
l'Hexagone ont connu leur quatrième année de baisse consécutive. Elles sont passées sous la
barre des 200 000 hectares dont tout juste 125 000 hectares de pois. Une dégringolade qui «
affecte les débouchés », souligne Jean-Paul Lacampagne, directeur d'étude de l'Unip(1). Les
acheteurs sont allés voir ailleurs, soit en utilisant d'autres matières premières (alimentation du
bétail), soit en trouvant d'autres fournisseurs (alimentation humaine sur pays tiers).

Les estimations du Scees au 1er juillet, se basant sur un rendement moyen de 42,3 q/ha, tablaient sur une production française 2008 de pois de 530 000 tonnes. (S. Dévé)

Les estimations du Scees au 1er juillet, se basant sur un rendement moyen de 42,3 q/ha, tablaient sur une production française 2008 de pois de 530 000 tonnes. (S. Dévé)

Le Canada prend la place

Preuve de la vigueur de la demande, pendant que les producteurs français abandonnent
leurs parts de marchés, d'autres ont pris la place. « Les surfaces continuent d'augmenter
en Amérique du Nord et repartent en Russie. La France perd des marchés à l'international
pourtant conquis de haute lutte », regrette Pierre Duclos, directeur trading d'In Vivo. Le
sous-continent indien a importé un million de tonnes de pois du Canada l'an passé et 1,4
cette campagne. Pendant ce temps, les ventes françaises sont tombées à 70 000 tonnes
contre 204 000 tonnes un an plutôt. Elles culminaient à 543 000 tonnes en 2003. Sur le
marché européen, « l'industrie de l'alimentation animale en France et au Benelux, débouché
historique des pois français, reste potentiellement demandeuse sous réserve d'une offre
régulière et de prix ajustés à ceux des autres matières premières de substitution, tourteaux
et céréales », souligne l'Unip. L'Espagne est devenue le premier pays européen importateur
de pois canadiens.

Seuls les volumes vendus à l'industrie ont progressé. Mais il s'agit de niches comparés à
l'alimentation humaine et animale. En investissant dans de nouvelles unités en France, en
Allemagne et en Norvège, les industriels ont insufflé l'expansion du marché des ingrédients
issus du pois et celui des aliments pour poissons. En France, les volumes transformés par
des entreprises comme Roquette, Sotexpro-Gemef ou Lup'Ingrédient sont passés de 10
000 à 100 000 tonnes en quelques années. Des marchés à haute valeur ajoutée que les
collecteurs français s'efforcent de fournir. Mais dont l'approvisionnement apparaît fragilisé
par la réduction continue des disponibilités.

Impasse commerciale

« Le rétrécissement de l'offre conduit à des impasses commerciales et logistiques »,
souligne Pierre Cuypers, président de l'Unip. Si l'ouverture de ces nouveaux marchés est
positive, « la tendance à considérer seulement par défaut le marché de l'alimentation
animale est la principale cause des difficultés de la filière. Elle a occulté la vocation
historique des protéagineux à fournir ce marché de masse dont l'existence conditionne la
pérennité des créneaux de niche, même s'ils apparaissent plus porteurs », poursuit-il,
appelant à un réveil des producteurs et de la filière.


(1) Union nationale interprofessionnelle des plantes riches en protéines.


Source Réussir Céréales Grandes Cultures Septembre 2008

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