Marché du grain : Un géant du commerce céréalier australien en gestation

Bruno Carlhian

Le rachat d'AWB par Graincorp donnerait naissance au premier groupe agro-industriel d'Australie. Mais les farmers australiens ne sont pas convaincus, et d'autres requins veulent s'emparer de la proie.

Si la fusion aboutissait, ce serait le plus important rapprochement d'entreprises de l'histoire du grain en Australie. Le 30 juillet, Graincorp, le principal collecteur et manutentionnaire australien de blé, a annoncé le lancement d'une OPA amicale sur son challenger AWB. Cette dernière, entreprise de services, d'approvisionnement et surtout de négoce international de grains, a autrefois brillé sur la scène internationale. Entreprise publique jusqu'en 1999, AWB a longtemps disposé du monopole de l'exportation du blé australien avant d'être impliqué dans les années 2000 dans un scandale de pots-de-vin versé au régime irakien de Saddam Hussein, alors sous embargo. Vivement secoué par cette affaire, AWB a perdu son monopole en 2008 et tente depuis de survivre à la concurrence de la trentaine d'autres sociétés accréditées à l'exportation dont les multinationales Cargill, Louis Dreyfus ou Sumitomo.

Exporter vers l'Afrique du Nord

L'opération a été présentée aux actionnaires d'AWB et aux fermiers australiens comme la dernière chance de constituer une véritable major du grain (environ 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires) entièrement australienne et d'éviter l'intrusion d'un opérateur étranger. Tandis qu'AWB dispose des débouchés commerciaux, avec un tissu dense de bureaux à l'étranger (Chine, Inde, Japon, Singapour, Suisse, Brésil), Graincorp a investi à marche forcée ces dernières années dans l'aval de la filière, au point de devenir le premier meunier du pays et le quatrième malteur mondial. Outre les économies d'échelle promises, l'opération permettrait de conforter les positions australiennes sur les marchés en développement, comme l'Asie, le Moyen-Orient et même l'Afrique du Nord, débouché naturel des exportateurs français. La fusion qu'Alison Watkins, à la tête de Graincorp, doit mener à bien, n'est pas sans se heurter à de vives réticences des milieux agricole et politique.

Manque de concurrence logistique

Le nouvel ensemble dominerait en effet les infrastructures de stockage et de manutention de tout l'est du pays, et du fret. Le nouveau groupe disposerait d'une capacité de stockage de 10 millions de tonnes — sur une récolte australienne de 22 millions en 2009-2010, dont 16 exportés — et d'un marché à l'export de près de 5 millions de tonnes. L'opération est encore suspendue à l'avis de la concurrence et des actionnaires d'AWB.
Les opérateurs étrangers ont vite réagi. Mi-août, le géant canadien de l'approvisionnement agricole Agrium (7,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires) a fait une contre-proposition d'achat, plus favorable aux actionnaires d'AWB. Et argue que son offre limiterait le risque de concentration local du secteur céréalier.

Source Réussir Grandes Cultures Septembre 2010

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