Marché et sélection : Match serré entre les variétés de blé

Gabriel Omnès

Le métier d'éleveur de champions devient de plus en plus complexe dans le domaine de la sélection en blé tendre. Si rendement et qualité sont incontournables, les critères se multiplient et se régionalisent.

Cracher ce n'est pas bien, nous a expliqué notre maman. Sauf si vous êtes une variété de blé. Le rendement reste le premier critère pour se faire une place parmi les blés tendres les plus cultivés. Apporter quelques quintaux de plus que les autres est une condition sine qua non depuis maintenant des dizaines d'années pour devenir calife à la place du calife. Mais aujourd'hui, cela ne suffit plus. Quantité doit rimer avec qualité. Le règne de Soissons, dans les années 80, coïncide avec le début de ce nouveau diktat. La variété s'est propulsée à des niveaux de part de marché renouant avec les temps anciens, à l'époque où le choix variétal était beaucoup plus restreint. « Non seulement c'est une variété qui sortait bien partout, mais en déplafonnant le taux de protéines, avec une qualité extraordinaire », se rappelle Michel Bonnefoy, ingénieur régional chez Arvalis.

Cycle de vie des grandes variétés de blé tendre  (Source Gnis)

Cycle de vie des grandes variétés de blé tendre (Source Gnis)

Hors les BPS, point de salut

Dès lors, cap est mis sur la protéine et le poids spécifique, pour contenter à la fois l'influent débouché de la meunerie et les cahiers des charges à l'export.
Après l'intérim d'Isengrain, c'est Apache qui s'impose comme le leader incontesté des années 2000, sans retrouver la suprématie de Soissons.
Le marché est désormais plus segmenté. « Aujourd'hui, on cherche toujours la variété universelle, mais beaucoup se tiennent dans un mouchoir de poche, explique Jean-Baptiste Regnard, chez Semences de France. Conséquence : la meilleure variété ici est dépassée par une autre là, selon les conditions locales. »
Pour Jayne Stragliati, chez Limagrain, la stabilité de rendement pluriannuel constitue un nouveau Graal, « un vrai défi compte tenu des années climatiques de plus en plus contrastées ».

Repère n°1 : régionalisation

La mainmise des trois ou quatre variétés de blé les plus cultivées est moindre aujourd'hui qu'il y a dix ans. L'heure est à l'adaptation locale pour pallier des béquilles chimiques de plus en plus fragiles. Les podiums ont donc tendance à se régionaliser. On exigera par exemple une résistance à la mosaïque ici, à l'oïdium là : les critères rédhibitoires ne sont pas les mêmes d'une région à l'autre. En 2010, FranceAgriMer recensait plus de 360 variétés de blé tendre cultivées en France.

Repère n° 2 : sortie définitive

Perdez la première place du podium, et vous voilà sur une pente glissante qu'il sera difficile de remonter. Seule exception : Apache. La variété a repris la tête du classement après une rétrogradation liée à des rendements pénalisés par une météo très défavorable en 2003 et 2004. Son retour dans le haut de classement des faiseurs de quintaux, sa résistance à la fusariose et, surtout, sa qualité très recherchée par les meuniers lui ont remis le pied à l'étrier.

Repère n°3 : distribution

Malgré l'importance des résultats des variétés dans les essais comparatifs menés par les instituts techniques, la qualité intrinsèque des variétés n'est pas le seul facteur qui fait et défait les carrières. Plusieurs réseaux de distribution se disputent le marché de la semence. Entre donner l'exclusivité à l'un d'eux avec un gage de matraquage publicitaire ou jouer la pluralité au risque d'être moins défendu par chacun, la stratégie retenue par l'obtenteur peut peser lourd.

Source Réussir Bovins Octobre 2010

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