Matières premières agricoles aux USA : Un marché du maïs américain très tendu

Gabriel Omnès

Malgré des estimations de semis élevées, le moindre accident climatique sur la Corn belt menacera l'équilibre du bilan du maïs américain, dont le cours atteint des records à Chicago.

Par définition, une surprise arrive là où on ne l'attend pas. Le rapport de l'USDA du 31 mars en a donné une belle illustration. Alors que tous les opérateurs guettaient la publication des intentions de semis aux États-Unis, les chiffres du département américain à l'Agriculture se sont avérés en phase avec les attentes des analystes. En revanche, l'état des stocks du maïs américain l'était beaucoup moins : au 1er mars, leur inventaire s'élevait à 166 millions de tonnes, soit 15 % en dessous du niveau de l'an passé à la même date. Ce volume historiquement faible révèle une utilisation supérieure aux attentes depuis décembre, alors même que le bilan du corn outre-Atlantique est déjà tendu comme un arc. « Cet état des lieux traduit une production plus importante que prévue en éthanol, analyse Andrée Defois, de la société Tallage. Les États-Unis vont bien au-delà des volumes imposés par le mandat sur les énergies renouvelables et exportent des quantités d'éthanol dépassant les prévisions. » Le pays a en effet pris le relais du Brésil, dont les capacités de production d'éthanol sont pénalisées par le prix élevé du sucre, pour alimenter le marché mondial.

Un rapport de l'USDA faisant état de stocks au 1er mars très inférieurs aux prédictions a mis le feu aux poudres à Chicago. (H. Garnier)

Un rapport de l'USDA faisant état de stocks au 1er mars très inférieurs aux prédictions a mis le feu aux poudres à Chicago. (H. Garnier)

Allumer le feu

Ces statistiques ont brutalement réveillé le marché, et le maïs s'est lancé dans un rallye haussier qui l'a conduit début avril à percer le plafond historique atteint en 2008 à Chicago, à plus de 300 dollars la tonne, devenant même plus cher que le blé.
La culture n'a plus le droit à l'erreur. Certes, les prévisions de semis aux États-Unis sont très élevées, mais il faudra malgré tout d'excellents rendements pour faire face à la demande. Le moindre incident climatique risque donc d'embraser le marché.
Tabler sur des rendements s'alignant sur la tendance des dernières années paraît audacieux pour certains observateurs, même en cas de météo conciliante. Pour passer de 35,9 millions d'hectares de maïs enregistrés en 2010 aux 37,3 estimés par l'USDA cette année, les agriculteurs américains devront en effet remettre en culture des terres marginales, au potentiel de rendement moindre, ce qui pourrait affaiblir la productivité moyenne.
Il faudra aussi compter avec l'inconnue du niveau des importations chinoises. Le sujet continue d'électriser les places boursières, chaque expert y allant de son hypothèse sur l'état réel des stocks. Les analystes en sont à conjecturer des importations de blé européen et australien par les fabricants d'aliments américains afin de combler le trou qui pourrait se creuser dans le bilan du maïs.

Source Réussir Grandes Cultures Mai 2011

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