Menaces sur le Cruiser

Christian Gloria - Réussir Grandes Cultures Mai 2012

Menaces sur le Cruiser
Les scientifiques ont mesuré l’effet du thiamethoxam, matière active du traitement de semences Cruiser, sur la capacité des abeilles à retourner à leur ruche. Crédit photo : M.-A. Carré

Une nouvelle étude démontre l’impact du thiamethoxam (Cruiser) sur le comportement des abeilles.

Des abeilles avec des puces : protocole d'une expérimentation

Pas moins de 650 abeilles munies  de puces RFID ont été suivies dans leur comportement de vols de retour à la ruche. Crédit photo : A. Decourtye/Acta

Pour bien rendre compte du comportement des abeilles dans leurs vols de retour à la ruche, les chercheurs ont muni 650 de ces insectes de micropuces RFID. Grâce à ce procédé innovant, ils ont pu contrôler les entrées et sorties de chaque individu dans les ruches grâce à des capteurs électroniques. La moitié des abeilles suivies ont été nourries d’une solution sucrée contenant une dose très faible et sublétale de thiamethoxam. Faisant office de témoins, l’autre moitié a reçu la même solution sucrée sans l’insecticide.

Les abeilles piquent encore. Une équipe française de chercheurs (Inra, CNRS, Acta, Itsap) a publié dans la revue Science les résultats d’une étude originale sur l’impact d’un insecticide. Les scientifiques ont mesuré l’effet du thiamethoxam (traitements de semences Cruiser) sur les capacités des abeilles à retourner
à leurs ruches. Les insectes ont été soumis au produit à une dose sublétale, « deux fois inférieure à la dose la plus faible pouvant entraîner la mort des insectes », précise Axel Decourtye, Acta, responsable de l’UMT sur la protection des abeilles. Les butineuses suivies ont été relâchées à un kilomètre de leur ruche, une distance habituelle de butinage chez les abeilles domestiques. Les scientifiques ont mis en évidence un taux significatif de non retour à la ruche des abeilles ayant ingéré l’insecticide, à cause d’un phénomène de désorientation. Cette disparition d’une partie des individus se traduit par une augmentation de mortalité
des abeilles jusqu’à trois fois le taux naturel journalier. « Un modèle mathématique de la démographie des colonies d’abeilles permet de constater leur affaiblissement avec une contamination des butineuses répétées chaque jour. Les colonies sont fragilisées avant la cascade de stress qui peut survenir après la floraison du colza comme les attaques parasitaires ou les variations de disponibilité des ressources florales », précise Axel Decourtye.

Remise en cause

Pour Syngenta qui commercialise le Cruiser, « l’étude est fortement éloignée de la réalité. La concentration en thiamethoxam du sirop administré aux abeilles est au moins trente fois plus élevé que celle du nectar de colza protégé avec du Cruiser OSR. » Syngenta met également en avant une étude de quatre ans « prouvant l’absence de dépopulation des colonies au cours de la floraison du colza. » Axel Decourtye rappelle que la question est de savoir maintenant si la majorité des abeilles (ou une minorité) butinant le colza traité en France sont confrontées à la situation décrite dans leur étude. Par ailleurs, les effets distance ne sont pas pris en compte dans les tests réglementaires européens demandés pour l’autorisation de mise sur le marché d’un produit. « Or, on sait qu’à courte distance — des ruches à côté des parcelles — nous n’observons pas d’effet du thiamethoxam sur les abeilles.
Un des grands enseignements de notre étude est de prouver l’importance de la distance de vol à prendre en compte dans les effets du thiamethoxam sur les butineuses. Quant à l’exposition des abeilles dans les conditions réelles d’un champ, ce n’est ni à Syngenta ni aux chercheurs d’en évaluer le risque pour les insectes mais à l’Anses(1) dont c’est le travail. » Le ministère de l’Agriculture a justement saisi l’Agence sur cette étude. L’avis de l’Anses est attendu avant le 31 mai. « Si ces nouvelles données scientifiques étaient confirmées, l’autorisation de mise sur le marché du Cruiser serait retirée », communique le ministère.

(1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

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