Mini surface, maxi service

JA Mag

Mini surface, maxi service

Que faire avec 54 ha dans une zone de grandes cultures ? Guillaume Leriche plante du miscanthus pour ses clients agriculteurs.

L’agroforesterie « c’est de l’intensification ! »

Mini surface, maxi service

«ça va changer le paysage ! » ça, ce sont les rangs de noyers, d’aulnes et de pommiers que Guillaume Leriche vient de planter dans son champ de 10ha de maïs. Un projet d’agroforesterie pensé sur le long terme : « Le bois d’oeuvre me fournira un revenu pour ma retraite », précise-t-il. Avant cela, le jeune agriculteur compte beaucoup sur les avantages agronomiques que lui procureront les arbres. « Ils captent les éléments nutritifs dans le sous-sol et les restituent via la chute des feuilles. Ils abritent des auxiliaires, puisent l’humidité en profondeur, empêchent le dessèchement et le réchauffement de la surface du sol. »

« J’ai toujours voulu faire de l’agroforesterie », explique Guillaume. Il s’est lancé après avoir suivi une formation avec la chambre d’Agriculture et le cabinet Agroof. Pour nombre d’agriculteurs, cette pratique équivaut à perdre de la surface cultivée. «Au contraire, c’est de l’intensification ! », répond Guillaume. Son projet permet de multiplier les productions sur une même surface : céréales, bois d’oeuvre, bois de taille, fruits (noix et pommes)… et même de la rhubarbe que Guillaume compte planter sur le rang arboré. Seule difficulté : «Avec mes terres superficielles, il ne faut pas se tromper d’essence d’arbre. » Le cultivateur a investi en tout 3 500€ (hors subventions) et bénéficié de 80% d’aides (UE, conseil général et agence de l’eau).

A Brienne-sur-Aisne, Guillaume Leriche a «la plus petite exploitation du village». «Quand mes parents ont pris leur retraite, leur Gaec a été dissous, raconte le jeune agriculteur. J’ai dû me débrouiller avec 54ha et quatre chambres d’hôtes.» Dans cette région du Sud des Ardennes, « la moyenne est plutôt entre 150 et 400ha». De vastes étendues y sont consacrées à l’orge de brasserie, à la betterave et à la luzerne, les trois cultures traditionnelles de la Champagne crayeuse. Quand il reprend l’exploitation familiale en octobre 2008, Guillaume doit trouver une solution pour valoriser cette petite surface.

A l’époque, la culture de miscanthus démarrait en France. Guillaume choisit de se spécialiser dans les rhizomes, la tige souterraine qui fait office de semence pour cette graminée géante. Dans cette filière balbutiante, Guillaume doit apporter une solution clés en mains à ses clients agriculteurs : fourniture des rhizomes, conseil, implantation, suivi des cultures, etc. «J’ai commencé en 2009 en plantant 3ha», se souvient-il. Aujourd’hui, il plante 50ha par an dans toute la France : Bretagne, Landes, Sologne, Allier, Sarthe, etc. Et arrive à vivre de son exploitation. «En hiver, je vais voir les parcelles de mes clients pour ne pas avoir de mauvaises surprises. » En mars, Guillaume arrache les rhizomes «en fonction des commandes» et les stocke dans le frigo à pommes de terre d’un voisin. La plantation s’effectue en avril, à raison d’environ 18000 rhizomes par ha. «Je fais livrer les rhizomes par un transporteur. Puis, je me rends sur place avec le matériel et mon équipe.» Pour éviter que les rhizomes s’emmêlent, il faut les planter manuellement. Guillaume utilise pour cela une planteuse fait maison, basée sur le châssis d’un semoir à céréales.

Mini surface, maxi service

« Le miscanthus se plaît dans les terres à maïs »

Le jeune agriculteur facture sa prestation complète entre 2700 et 3000€ par ha. Une somme à amortir sur le long terme : miscanthus giganteus peut produire pendant une vingtaine d’années. L’implanta- tion de cet hybride stérile est donc un moment déterminant. « Le sol doit être bien préparé, assez fin et meuble en profondeur. » Tout aussi important est le désherbage en première année, qui peut être effectué avec une herse étrille. Une fois en place, « ça pousse tout seul », s’enthousiasme Guillaume. Peu gourmande en engrais, cette graminée surnommée herbe à éléphant valorise idéalement des terres moyennes ou éloignées du siège de l’exploitation. « Le miscanthus se plaît dans les terres à maïs, résume Guillaume. Comme il produit beaucoup de biomasse, il faut de la chaleur et de l’humidité. Pour pouvoir récolter la paille bien sèche, il faut aussi un hiver prononcé pour provoquer la chute des feuilles.» Un temps subventionnées par le programme de reconversion des cultures betteravières, les plantations de miscanthus marquent aujourd’hui le pas. «Il y en a 4000ha en France et il s’en plante 500ha par an», note le cultivateur. Confiant dans l’avenir de cette production, il a planté du miscanthus en Belgique, un marché prometteur. Contrairement à la France, les industriels y manquent de biomasse. Il teste également cette culture en Guyane.

Mini surface, maxi service

Conversion écologique

L’agriculteur de 29 ans vient aussi d’embaucher François pour prospecter de nouveaux clients et améliorer sa prestation. « L’idée est de leur proposer un débouché adapté au contexte local. » Car, selon son utilisation, le prix payé au producteur peut varier du simple au double : 80 €/t en litière, 180 €/t en paillage horticole, voire plus pour des applications industrielles (biomatériaux). Mais le miscanthus présente l’avantage d’avoir un «prix stable», estime Guillaume. D’après lui, l’herbe à éléphant « stocke plus de carbone qu’une prairie. » Une culture écologique par excellence, aussi u t i l i s é e comme couvert à gibier ou combustible. Pas étonnant que ce fils d’agriculteur l’ait choisie, lui qui a cultivé sa sensibilité écologique durant ses études (IUT de génie biologique, BTS d’horticulture et CAP de fleuriste en parallèle). « Avant mon installation, je ne connaissais pas les grandes cultures, reconnaît-il. Après ma première campagne, je me suis dit que si je continuais en conventionnel, à écouter les techniciens, j’allais m’ennuyer pendant 40 ans…» Il entame donc la conversion écologique de sa ferme par les techniques culturales simplifiées. « Je veux re-fertiliser mes sols, explique-t-il. En labourant en décembre, je soulevais de la poussière. Ce n’est pas normal ! » Seconde étape : « J’ai commencé à passer en bio avec la luzerne. » Ses motivations ? «C’est plus technique, j’en apprends plus sur le cycle des plantes, le sol, les champignons. » Sans oublier sa propre santé : « Je n’ai pas envie d’avoir un cancer à 40 ans… » Allier écologie, rentabilité et vie privée. Ce principe s’applique à tous ses projets en cours : agroforesterie, production de légumes, transformation des chambres d’hôtes en appartements. Celui qui le fait le plus rêver ? Construire sa maison en miscanthus.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 1

energie53

Bonjour,
Serait il possible d'avoir l'adresse mail de Guillaume Leriche parut dans votre article du 30/04/13
Cordialement

Ps: voici mon e-mail pour la réponse m2.patrick@wanadoo.fr

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier