Mohamed Chafiki, ministère de l'Économie du Maroc : Le Maroc a enfin une vision stratégique pour son agriculture

Propos recueillis par Nicole Ouvrard

Après la flambée des prix de 2007, le Maroc a mis en place un plan de relance de l'agriculture, nommé « Maroc vert ». Il vise notamment à substituer les céréales par des productions plus rémunératrices.

Comment a réagi le Maroc à la flambée des prix des matières premières de 2007 ?

Nous venons de lancer le plan « Maroc vert » portant sur une nouvelle politique foncière ainsi que des investissements dans le domaine de la recherche. C'est la première fois que la problématique agricole est abordée de manière stratégique dans notre pays. L'esprit de cette réforme est de reconvertir les petites exploitations de céréaliculture vers des productions plus adaptées à nos sols, notamment la plantation d'oliviers ; 60 % de la population pauvre est issue du milieu rural. Une meilleure durabilité de l'agriculture permettra une moindre volatilité des revenus, donc moins de pauvreté. Le plan « Maroc vert » a démarré dans une zone rurale pilote, en ciblant des populations vulnérables. Les familles reçoivent un soutien à condition qu'elles envoient leurs enfants à l'école.

Mohamed Chafiki. (N. Ouvrard)

Mohamed Chafiki. (N. Ouvrard)

Le Maroc va donc réduire ses surfaces en céréales ?

Les deux tiers de la céréaliculture marocaine se situent en zone irriguée. C'est un non-sens économique. La pression sur le foncier est telle que la surface moyenne des exploitations ne dépasse pas trois hectares, ce qui n'est pas suffisant pour vivre du blé. D'autant que le rendement moyen ne dépasse pas 12 quintaux par hectare. Aujourd'hui, nous importons toutes nos semences, avec des variétés qui ne sont pas adaptées à nos conditions climatiques. Il nous faut relancer des programmes de sélection, en tenant compte de la sauvegarde de la biodiversité locale, mais aussi du marché.

Qu'attendez-vous des échanges avec l'Union européenne ?

Réformer la PAC de l'après-2013 sans tenir compte des complémentarités qui existent au sein de la zone euro-méditerranéenne serait une grave erreur. Nous pourrions valoriser un véritable label qualité de l'alimentation méditerranéenne, toutes les données médicales le prouvent. Mais il faudrait pour cela le construire et le faire connaître au niveau mondial. Il s'agirait là de mettre en valeur notre culture commune du pourtour méditerranéen, ce qui permettrait dans le même temps de servir l'économie. Je crois beaucoup aux partenariats économiques régionaux.

À plus court terme, quelles vont être vos importations en 2009 ?

Nous venons de connaître une récolte record avec 10,2 millions de tonnes de céréales, alors que les prévisions annonçaient 6 millions de tonnes. La production de blé s'élève à 6 millions de tonnes et celle d'orge à 4 millions de tonnes. C'est vraiment exceptionnel, après deux années particulièrement difficiles. Nous devrions diminuer nos importations de céréales de moitié, pour se situer autour de 3 millions de tonnes. La baisse de la facture va nous permettre de financer le plan agricole.

Ces bons rendements sont-ils représentatifs de tout le Maghreb ?

Même si toute la zone a bénéficié d'une relativement bonne récolte, le Maroc a eu un résultat atypique. C'est aussi le cas au niveau économique. Nous terminons cette année 2009 avec une croissance de 5,3 %, en pleine crise économique. Après une décennie de réforme, le Maroc a largement diversifié son économie, notamment en faveur des services. L'agriculture agissait jusqu'alors comme un facteur de décroissance. Ce n'est pas le cas en 2009 et nous voulons faire en sorte d'améliorer la condition des agriculteurs.

(1) Mohamed Chafiki est directeur des études et des prévisions financières au ministère de l'Économie et des Finances du royaume du Maroc. Il est un fervent défenseur d'un renforcement du partenariat euro-méditerranéen lancé en 1995, mais qui n'a pas eu les effets escomptés jusqu'alors.

Source Réussir Grandes Cultures Janvier 2010

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