Moissons : la machine fait sa loi, tant que la nature n'impose pas la sienne

Moissons : la machine fait sa loi, tant que la nature n'impose pas la sienne

Les moissons, qui battent leur plein un peu partout en France restent soumises à la loi de la nature malgré le recours de plus en plus fréquent à des machines puissantes et sophistiquées.

La France, 5ème producteur mondial de blé

En 2013, la France devrait engranger 35,9 millions de tonnes de blé. 

Un hectare de blé tendre produit 5,5 tonnes de farine, soit 25.000 baguettes, un hectare de blé dur 3.850 kilos de pâtes et un hectare d'orge de brasserie 35.000 litres de bière.

Les quelques 9 millions d'hectares de céréales regroupés dans 270.000 exploitations vont être parcourus de moissonneuses qui permettent parfois d'adapter la récolte au mètre près.  Selon leur taille, leur puissance et l'informatique embarquée, de tels engins valent entre 100.000 et 400.000 euros et sont souvent acquises en commun par plusieurs agriculteurs.

Près de Breteuil-sur-Iton, dans le sud de l'Eure, Arnaud Clomenil espère battre ses parcelles de colza, de lin textile et de blé dans les prochains jours. Adepte d'une agriculture de précision, il travaille avec une machine dotée de technologies qui lui permettent d'établir une cartographie précise de chacune de ses parcelles. Il sait lesquelles sont bien dotées par la nature et celles qui le sont moins. Ainsi, pour les engrais, il assure qu'il lui suffit de mettre "la bonne dose au bon endroit" pour apporter aux sols carencés les éléments nutritionnels dont ils manquent, évitant des surdoses, et donc limitant les effets pour l'environnement. Les moissons sont tout aussi précises. "Ma moissonneuse-batteuse m'indique quels rendements je peux obtenir sur chaque mètre carré et me renseigne des hétérogénéités au sein d'une même parcelle", explique-t-il.

Moissonneuse-grimpeuse

En région Midi-Pyrénées, Bernard Guidez vient de terminer sa moisson sur ses coteaux plantés en blé, orge, et triticale. Il travaille à bord d'une moissonneuse-grimpeuse, une machine tout terrain équipée de moteurs puissants et de pneus anti-dérapants pour affronter des pentes de 15% de dénivelé.Pour parer à cet inconvénient et éviter que les grains ne soient emportés par la gravité et perdus, les constructeurs ont conçu une machine dotée de systèmes de mise à niveau qui permettent de restaurer à tout moment l'horizontalité de la "machine lève-cul", comme l'appelle affectueusement M. Guidez.

Les limites de la technologie face aux pouvoirs de la nature

Dans l'Eure, entre plateau d'Ouches et plateau du Neubourg, Christophe Guicheux, n'a pas fait le choix de la haute-technologie, qui de toute façon, ne lui aurait pas permis de s'affranchir de la "météo pourrie" du printemps qui a retardé la maturité des épis. Les orages du week-end l'obligent à patienter encore pour rentrer le blé, le temps que les sols "s'essuient" et dans l'espoir que les abats d'eau des dernières heures ne lui ont pas couché ses blés, car sa moissonneuse aura du mal à les récupérer.

Bien que puissante, la machine qu'il utilise aussi pour récolter le blé, l'orge ou le colza, n'est pas une de celles bardées d'électronique présentées au dernier Salon International du Matériel Agricole (SIMA). Il n'a pas jugé bon non plus de l'équiper d'un GPS (Gestion Par Satellite), estimant l'achat "inutile et injustifié par rapport à la superficie exploitée". Il a acquis sa machine d'occasion, mais neuve, elle coûte environ 200.000 euros. Si les machines truffées d'électronique permettent de moissonner et de battre en quelques jours, "rien n'est joué jusqu'à la veille des récoltes. La nature nous rappelle à l'ordre tout le temps", prévient-il.

La moisson et son branle-bas de mécanique est aussi une affaire d'écologie pour Jacques Mercier agriculteur-céréalier dans le Loiret. Les risques sont nombreux pour les oiseaux et les mammifères durant les moissons. Lièvres, faisans et chevreuils, de nombreuses espèces d'animaux trouvent les conditions idéales au pied de ces cultures pour vivre et se reproduire.  Pour diminuer les risques, M. Mercier a planté dès 1995 une haie de plus de 500 mètres de long sur 5 mètres de large assortie de bandes enherbées sur sa parcelle qui servent de refuge aux animaux en cas de danger. Et surtout, il commence par moissonner au centre du champ pour ne pas emprisonner les animaux et leur permettre de s'enfuir.

Source AFP

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