Monsanto assigné en justice par un agriculteur

Paul François, un agriculteur charentais, affronte aujourd'hui devant la justice à Lyon la firme américaine Monsanto. L’agriculteur accuse le géant de l'agrochimie d'être responsable de son intoxication en 2004 par un herbicide, interdit en France depuis 2007.

L'audience se tiendra cet après-midi devant la 4e chambre civile du tribunal de grande instance de Lyon.  L'histoire du combat judiciaire de Paul François, 47 ans, contre l'un des plus puissants groupes agrochimiques du monde, débute le 27 avril 2004, sur son exploitation de Bernac (Charente) où il cultive en conventionnel des céréales.

Alors qu'il ouvre la cuve de son pulvérisateur, il est exposé aux vapeurs de Lasso, un puissant désherbant produit par Monsanto. "J'ai eu des pertes de connaissance dans les heures qui ont suivi", se souvient-il. Hospitalisé, il doit cesser ses activités "pendant quasiment un an". Les problèmes de santé s'amoncellent (pertes de mémoire, de connaissances, problèmes neurologiques), que les médecins peinent à expliquer.

En mai 2005, près d'un an après avoir inhalé les vapeurs, des analyses mettent en évidence dans son corps des traces de monochlorobenzène, un solvant présent dans le Lasso.

La  maladie professionnelle reconnue

Deux mois plus tard, il entame des démarches pour faire reconnaître ses affections comme maladie professionnelle par la Mutualité sociale agricole. En octobre 2008, le tribunal des affaires de sécurité sociale d'Angoulême lui donne raison, décision confirmée par la cour d'appel de Bordeaux en janvier 2010.

En février 2007, il enclenche la procédure à l'encontre de Monsanto qui aboutit à l'audience d’aujourd’hui. Son conseil entend y soutenir la "faute" de Monsanto, double à ses yeux :  

  • la firme n'aurait pas indiqué la composition exacte du Lasso sur l'étiquette, notamment la présence du monochlorobenzène ;
  • Monsanto n'aurait pas respecté l'obligation de vigilance "en mettant sur le marché un produit" que l'entreprise "savait pourtant être dangereux".

Briser le silence

"Le Lasso a été retiré du marché au Canada, en Angleterre et en Belgique, parfois depuis les années 80. En France, il ne l'a été qu'en 2007", rappelle Me Lafforgue pour qui "les déboires de santé de M. François sont liés à l'exposition" au Lasso.

Désormais invalide à 50% et "suivi de très près" par les médecins, il n'a pas renoncé aux produits phytosanitaires, même s'il dit avoir considérablement réduit l'utilisation de pesticides.

L’agriculteur  préside aujourd’hui l'association Phyto-Victimes et veut briser le silence au sein du monde agricole : "à chaque fois qu'on a avancé dans cette affaire, des agriculteurs sont sortis de leur mutisme", explique-t-il.

Source avec AFP

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