Nicolas Habert, NH Consulting* : La crise affectera les entreprises agricoles

Propos recueillis par Nicole Ouvrard

Dans la crise financière mondiale, l'oeil du cyclone a désormais atteint l'Europe. Les banques et les entreprises françaises vont devoir faire le gros dos.

Quelles conséquences la crise financière peut avoir sur les entreprises agricoles ?

La flambée des prix agricoles leur avait donné une bouffée d'oxygène. Mais on ne se refait pas
une santé en un an. L'arrivée de la crise, et le ralentissement économique qu'elle provoque, contribuent maintenant à tirer les prix agricoles vers le bas. Ce qui risque de réduire les capacités d'investissement des exploitations agricoles alors qu'on observe dans le même temps une hausse des taux d'emprunt.

Nicolas Habert, économiste. « Les premières conséquences de la crise sont une hausse des taux d'emprunt et un risque d'arrêt brutal de la machine bancaire. » (DR)

Nicolas Habert, économiste. « Les premières conséquences de la crise sont une hausse des taux d'emprunt et un risque d'arrêt brutal de la machine bancaire. » (DR)

Comment les banques françaises sont armées face à cette crise ?

Les subprimes sont pour la plupart des prêts à taux variables avec un remboursement différé du capital de quelques années. Les Américains ayant fait ce choix avaient des mensualités de remboursement inférieures au montant d'un loyer tant qu'ils ne remboursaient que les intérêts, jusqu'au jour où ils ont dû rembourser le capital et payer des intérêts plus élevés. Pour certains, les mensualités ont alors été multipliées par cinq et ils ont arrêté de payer. Les banques n'ont pas pu faire face. En France, les prêts à taux variables sont peu développés. De plus, le marché bancaire français s'est beaucoup restructuré ces dernières années. De ce point de vue, cela assure une solidité aux établissements français que l'on ne retrouve pas forcément dans d'autres pays.

Certaines pourraient-elles, malgré tout, être affectées ?

Les banques européennes sont touchées du fait de la propagation de la crise financière en raison de la règle du « marked to market ». Le principe est que tous les produits financiers doivent être valorisés dans les bilans de banque à leur valeur de marché. En clair, les banques américaines ont créé des produits financiers adossés aux créances des subprimes et les ont vendus, via parfois plusieurs intermédiaires, à d'autres banques y compris des banques européennes. C'est ce qu'on appelle la «titrisation». Avec la crise, ces produits sont devenus «toxiques» et ont une valeur de marché faible ce qui oblige les établissements qui en détiennent à afficher des pertes immédiates. Pour peu que ces banques soient en manque de liquidités, elles sont obligées de vendre des actifs sains sous forme d'actions ou d'obligations, d'où une chute de la bourse.

Pour les économistes, la crise financière sera suivie d'une crise économique. Est-ce déjà le cas ?

La crise économique est déjà palpable sur le terrain même s'il est encore tôt pour en chiffrer
l'ampleur. Les mises en chantier diminuent et le secteur du bâtiment est le premier touché. Plus généralement, on observe un ralentissement des prêts en raison à la fois de la hausse des taux d'intérêt à long terme, d'une frilosité des banques de prêter, et d'une crainte des particuliers de s'engager sur l'avenir, du fait de la recrudescence du chômage. Ces années passées, on empruntait trop facilement, il ne faudrait pas tomber dans l'excès inverse.

Comment relancer l'économie ?

Malheureusement, la France n'a pas les moyens de mettre en place un plan de relance d'envergure. Elle est trop endettée. La seule solution est de renverser la tendance à la hausse des déficits grâce à des réformes profondes. Sur un autre plan, il faut rendre hommage à Jean-Claude Trichet, directeur de la banque centrale européenne, d'avoir maintenu les taux directeurs à un niveau relativement élevé pour préserver la zone euro d'une inflation menaçante. Il était temps de baisser les taux d'intérêt pour relancer l'économie, d'autant qu'avec la chute des prix des matières premières, le risque d'inflation est moins grand. Pour le reste, il faut compter sur la Chine pour faire repartir l'économie mondiale, car elle, n'est pas endettée.

* Nicolas Habert est consultant dans le domaine de l'économie, de la finance et des marchés
auprès des entreprises et organisations du secteur de l'agriculture et de l'agroalimentaire. Il enseigne également à l'école d'ingénieurs de Purpan, à l'université du Kansas (États-Unis) et à
celle de Kunming (Chine). nicolas.habert@gmail.com

Source Réussir Céréales Grandes Cultures Novembre 2008

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