Non-labour : Se lancer sans se planter

Nicole Ouvrard

Les techniques culturales simplifiées font de plus en plus d'adeptes, mais conduisent parfois aussi à des impasses techniques qui obligent à ressortir la charrue. Experts et agriculteurs ayant plusieurs années de recul décryptent toutes les conditions à réunir avant de se lancer.

Se passer du labour est désormais courant dans la plaine. Selon une enquête du ministère de l'Agriculture datant de 2008, une parcelle sur deux de blé et de colza est implantée sans labour. Mais cette pratique reste souvent occasionnelle, et rarement systématique sur toute la rotation. Supprimer la charrue de façon définitive, c'est autre chose. Mieux vaut peser le pour et le contre avant de se risquer. Pourtant, même s'ils restent largement minoritaires, les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à se lancer dans l'aventure.
Une aventure, c'est bien comme cela que les agriculteurs qui ont passé le pas le vivent. Si la motivation première est souvent une recherche de gain de temps ou d'argent, la mise au point d'un nouveau système de cultures les conduit dans des réflexions qu'ils étaient loin d'imaginer au départ.
Mais de quoi parle-t-on ? De techniques culturales sans labour (TCSL), de techniques culturales simplifiées (TCS), de semis direct (SD), de semis direct sous couvert végétal (vivant ou mort), de strip-till, d'agriculture de conservation. Les termes varient autant que les façons culturales qui se déclinent à l'infini selon la profondeur de sol travaillée et le type de matériel utilisé.

La conversion aux TCS peut conduire les agriculteurs à retrouver une nouvelle motivation dans leur métier. (N. Cornec/Arvalis)

La conversion aux TCS peut conduire les agriculteurs à retrouver une nouvelle motivation dans leur métier. (N. Cornec/Arvalis)

Faute de références, les agriculteurs en quête d'informations sur les techniques culturales simplifiées partagent leurs expériences entre eux. Depuis une dizaine d'années, des groupes se sont constitués, recréant ainsi l'enthousiasme des années 60. Les TCS, c'est souvent une aventure humaine, où l'on partage ses acquis. Entrer dans l'univers des TCS, c'est comprendre que chacun doit repartir de sa propre situation — types de terre, état de la structure du sol, rotation, état sanitaire et salissement des parcelles — pour se recréer un nouvel équilibre agronomique, sans la charrue. Cela passe souvent par un travail du sol plus ou moins superficiel en interculture, un allongement de la rotation, une couverture systématique des parcelles en hiver, des mélanges d'espèces dans les couverts pour avoir un maximum d'effet sur la structure du sol.
Ainsi, une partie du temps que l'on ne passe plus sur le tracteur va être utilisé à l'observation, au suivi des cultures, à la mise en place d'essais et de mesures sur l'exploitation. En effet, il est primordial de caler les pratiques à ses propres conditions avant de les généraliser sans risque à l'ensemble de l'exploitation. « Se lancer dans les TCS, c'est résoudre des problèmes… pour s'en créer d'autres », avoue un spécialiste.
Sans jamais oublier l'objectif de rentabilité de l'exploitation, la conversion aux TCS conduit les agriculteurs à entrer dans l'intimité du sol, comprendre son fonctionnement, découvrir sa faune et sa flore, et souvent à retrouver une nouvelle motivation dans leur métier.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Grandes Cultures de novembre 2010. (RGC n°241 p. 46 à 56)

Source Réussir Grandes Cultures Novembre 2010

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