Nouveau débouché : Et si l'on se lançait dans le miscanthus ?

Christophe Dequidt et Nicole Ouvrard

Jeune installé en Seine-et-Marne, Sébastien Goiset est tenté par la production de miscanthus. Mais un engagement de quinze ans avec un coût d'implantation de 3000 euros par hectare ne se prend pas à la légère…

Sébastien Goiset, agriculteur à Saint-Ange-le-Veil en Seine-et-Marne, aimerait se lancer dans la production de miscanthus. Il y réfléchit depuis longtemps. « Nous avons monté un projet de formation financé par Vivéa avec neuf autres jeunes agriculteurs de Seine-et-Marne pour mûrir notre réflexion sur la culture du miscanthus, relate-t-il. Outre un voyage en Grande-Bretagne, nous avons eu plusieurs témoignages de professionnels comme un chercheur de l'Inra d'Estrée-Mons, le directeur de la Sica Sidesup ou encore le responsable culture de la Coopedom, coopérative de déshydratation bretonne qui traite 160 hectares de miscanthus. C'était très intéressant, mais nous n'arrivons pas à faire le pas », poursuit-il.

La priorité, la recherche de débouchés

« On ne peut commencer un projet miscanthus sans avoir un minimum de garantie sur les débouchés » met en garde Jean-Marie Bélières, directeur de la Sica Sidesup à Engenville dans le Loiret. C'est la première unité française de déshydratation de pulpes de betteraves qui a fonctionné avec un four à biomasse. Les études réalisées par l'Inra révèlent un rendement énergétique élevé, environ trois fois plus que les céréales. Une tonne de matière sèche de miscanthus correspond à une demi-tonne d'équivalent pétrole, ce qui veut dire qu'un hectare de miscanthus produit l'équivalent de 7000 litres de fioul.
Il s'agit de réussir à convaincre des utilisateurs locaux potentiels, notamment les communes. Xavier Venard, agriculteur à Camphigny dans l'Eure, qui cultive 3,5 hectares de miscanthus sur son exploitation de 138 hectares, se dit confiant. « Les mentalités évoluent. La mairie de Montereau vient de retenir un chauffage collectif à base de biomasse. Nous sommes candidats avec le miscanthus. Nous avons démontré la stabilité de la source d'approvisionnement. »

Plantation de miscanthus. Les facteurs clés de la réussite sont une bonne préparation du sol, la qualité des rhizomes et l'humidité du sol. (S. Leitenberger)

Plantation de miscanthus. Les facteurs clés de la réussite sont une bonne préparation du sol, la qualité des rhizomes et l'humidité du sol. (S. Leitenberger)

 

Une marge de 300 euros par hectare

« C'est un investissement pour quinze à vingt ans. Pour moi, je souhaite dégager une marge de 300 euros/hectare, ce qui placerait le miscanthus à l'équivalent d'un blé dans des mauvaises terres, car il n'a pas besoin d'intrants », souligne Xavier Venard. La culture est installée en plantant des rhizomes au printemps. « La plantation est la partie la plus délicate. Avec d'autres agriculteurs, nous avons mis au point un prototype de planteuse. Les facteurs clés de la réussite sont une bonne préparation du sol, la qualité des rhizomes et l'humidité du sol. » La première récolte a lieu à partir du second hiver après la plantation. Les rendements augmentent vite pour atteindre un plateau à la sixième année. On peut atteindre 20 tonnes/hectare de matière sèche. « L'implantation coûte entre 2000 et 3000 euros/hectare avec un espoir de recettes de 70 euros la tonne de matière sèche départ champ. » Les prix varient d'un opérateur à un autre. Selon les acheteurs contactés, le prix moyen était entre 65 et 100 euros la tonne.

En terre moyenne à profonde

Sébastien Goiset devrait se lancer sur deux hectares en intégrant l'association BES77, mais il reste sceptique en voyant le salissement de la parcelle de son voisin qui vient d'en implanter. « Psychologiquement c'est très dur au début tant que la plante ne couvre pas le sol. Mais en troisième année, il n'y a plus une seule mauvaise herbe car le couvert est suffisamment dense », rassure Johan Barthélémy, conseiller cultures énergétiques à la chambre d'agriculture de l'Eure.
Sébastien pense placer son miscanthus dans des petites terres, sur une ancienne carrière. C'est aussi l'approche de Laurent Vermersch, agriculteur à Nojeon-en-Vexin dans l'Eure, qui a planté deux hectares il y a trois ans et qui héberge un essai de la chambre d'agriculture. « C'est intéressant pour valoriser des bouts de parcelles qui étaient auparavant en jachère. » Johan Bartélémy est plus prudent. « Nos essais montrent que le miscanthus n'aime pas les terres séchantes, où il s'est montré deux à trois fois moins productif les premières années d'essais. Si on envisage de le commercialiser, et non l'autoconsommer, il lui faut une terre moyenne à profonde. Et cela ne sert à rien d'y ajouter de l'azote. Nous n'avons vu aucune différence de rendement avec ou sans azote. »
Laurent Vermersch tient à démentir une idée reçue : « le miscanthus n'est pas une espèce invasive, contrairement à ce que pense l'administration française ».

Source Réussir Grandes Cultures Novembre 2009

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