OGM : La méthodologie de l’étude critiquée par certains chercheurs

OGM : La méthodologie de l’étude critiquée par certains chercheurs

L’étude à long terme d'un chercheur français, publiée mercredi dans une revue scientifique, est critiquée par certains pour sa méthodologie. Certains s’indignent toutefois du manque de travaux de l’impact des OGM sur une durée suffisante.

Un avis de l'EFSA attendu pour la fin de l'année

Paris et Bruxelles ont immédiatement saisi leurs agences sanitaires respectives pour évaluer l'étude et "en tirer les conséquences". En France c'est l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et le Haut Conseil aux biotechnologies (HCB) qui vont l'examiner. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a dit jeudi attendre un avis d'ici "quelques semaines". "Nous espérons avoir un avis (de l'EFSA, agence européenne de sûreté alimentaire) (...) pour la fin de l'année", a annoncé à Bruxelles un porte-parole du commissaire européen à la Santé.

Gilles-Eric Séralini a cependant contesté l'autorité de l'EFSA, estimant qu'il y aurait conflit d'intérêt car l'EFSA a autorisé le maïs NK 603. 

Les travaux de Gilles-Eric Séralini, chercheur en biologie moléculaire à l'université de Caen, concluent à une surmortalité chez des rats nourris avec du maïs OGM NK 603 de Monsanto qui résiste au Roundup, l'herbicide le plus utilisé au monde. Ils ont été publiés dans la revue "Food and Chemical Toxicology".

Si l'étude a relancé le débat sur l'innocuité des OGM, elle est critiquée par des scientifiques qui mettent en cause la méthodologie d'un professeur ouvertement anti-OGM. Bernard Meunier, spécialiste de chimie thérapeutique (CNRS), conduit régulièrement des études sur les animaux. S'il ne porte pas de "jugement définitif" sur l'étude du Pr Séralini, il pointe trois points "gênants" dans le protocole.

Règle des 90 jours

D'abord le choix de rats d'une souche dite Sprague-Dawley qui développe facilement des tumeurs. "On les utilise justement pour tester des médicaments anti-cancéreux", souligne le chercheur interrogé par l'AFP. Ensuite, la durée du protocole de deux ans "pose problème" selon Bernard Meunier. "Deux ans, c'est quasi la fin de vie pour un rat", explique le chercheur, ce qui pourrait expliquer une mortalité plus élevée.

Enfin, cette durée de deux ans "rend très difficile la vérification des résultats par la reproduction de l'expérience, qui est un passage obligé", estime Bernard Meunier. "90 jours, c'est la règle, car cela équivaut à environ 10% de l'espérance de vie d'un rat et équivaudrait à une expérience de 7 à 8 ans chez l'homme", ajoute le scientifique.

Dernière observation "gênante" selon M. Meunier: "les effets observés dans l'étude ne sont pas toujours proportionnels aux doses". D'autres scientifiques pointent aussi l'absence d'informations précises sur la composition des menus administrés aux rats ou le nombre trop réduit de rats dans le groupe de contrôle.

Pas assez de recherches

Plus globalement, de nombreux chercheurs s’indignent de l'insuffisance de la recherche concernant l'impact des OGM.  Ainsi, "pour plus de la moitié des OGM étudiés", l'Anses estime que "les données fournies par l'industriel ne sont pas suffisantes pour conclure sur la sécurité sanitaire liée à la consommation de l'OGM".

"Il y a trop peu de travaux sur la longue durée, c'est courageux d'en faire", commente, sans juger de la nouvelle étude sur le fond, Yvon Le Mahon, chercheur au CNRS et auteur en 2008 d'un rapport sur les OGM à la demande du gouvernement français. « Il faut notamment des études avec des semences telles qu'elles sont utilisées et non seulement avec des principes actifs", explique-t-il.

Par ailleurs, "les études toxicologiques permettent d'étudier des effets sévères sur un temps court", souligne Yvon Le Mahon, déplorant que "l'éco-toxicologie visant à étudier les conséquences des pesticides à doses non-létales et sur un temps long ait du mal à émerger".

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