OGM : Le canola canadien aux portes de l'Europe

Gabriel Omnès

Suite au récent feu vert à l'importation délivré par Bruxelles au colza OGM T45, le Canada peut reprendre ses expéditions vers l'Europe. Mais la marée noire n'est pas pour demain.

Et de six ! Le 10 mars, la Commission européenne délivrait un visa d'entrée pour la dernière des six variétés de canola OGM présentes au Canada. En autorisant l'importation du colza T45 de Bayer, modifié pour résister à un herbicide à base de glufosinate d'ammonium, Bruxelles a fait sauter l'ultime verrou barrant l'accès au marché européen pour le colza des grandes plaines. « Toutes les variétés de canola OGM cultivées au Canada sont désormais approuvées à l'importation dans l'Union européenne, par conséquent il n'y a pas de raison que le marché soit fermé à des expéditions de cette origine », ont aussitôt souligné les autorités canadiennes. Depuis 1995, le colza canadien avait disparu des approvisionnements européens. Un comble pour un pays qui, avec 6,7 millions de tonnes de graines exportées sur 2008-2009, pèse plus de la moitié des échanges mondiaux. Motif : l'absence de ségrégation entre cultures conventionnelles et OGM.

Tant que toutes les variétés OGM présentes sur le sol canadien n'étaient pas autorisées à l'importation en Europe, le risque était trop grand pour les opérateurs de déceler un événement non grata dans un chargement en provenance du Saint-Laurent. Le canola ne débarquait donc jusqu'ici sur le territoire communautaire que sous forme d'huile, parfois après une étape de trituration aux Émirats Arabes Unis.
Ironie des rouages bruxellois, c'est une variété qui n'est plus cultivée depuis plusieurs années qui bloquait encore la machine. « Le T45 n'est plus au catalogue depuis 2005, mais le stockage à la ferme est la règle au Canada, ce qui explique la variabilité possible dans la composition d'un lot et la nécessité de faire approuver le T45 », explique Yannick Dheilly, délégué commercial à l'ambassade du Canada. « Il subsiste encore de nombreuses traces de T45 au Canada, et cela bloquait les importations, confirme Jean-Michel Aspar, président du Coceral, l'association européenne pour le négoce agricole. Cette nouvelle autorisation devrait permettre la reprise des importations. »

Contrôle. La crainte de la présence de colza OGM non autorisé dans les cargaisons canadiennes ont poussé les opérateurs européens à exclure cette origine depuis 1995. (S. Leitenberger)

Contrôle. La crainte de la présence de colza OGM non autorisé dans les cargaisons canadiennes ont poussé les opérateurs européens à exclure cette origine depuis 1995. (S. Leitenberger)

 

Poker menteur

Voire… La levée de la « barrière OGM » a surtout donné le coup d'envoi d'une partie de poker menteur. La discrétion des maillons de la chaîne de transformation tranche avec la réactivité des instances canadiennes. Pas de commentaire chez Diester Industrie, qui se retranche derrière l'affichage d'un recours minime aux importations. Silence radio du côté des firmes privées. À l'European Biodiesel Board, qui fédère les principaux producteurs de biodiesel sur le Vieux Continent, on répond même sans rire « ne pas avoir de position officielle à ce stade, même si bien évidemment nous avons suivi la décision de la Commission sur ce sujet ». La Fediol, l'organe de représentation des triturateurs européens, se contente de constater que « cette autorisation donne à nos membres une possibilité d'approvisionnement supplémentaire en ce qui concerne le colza ».

Le canola OGM serait-il un sujet tabou ? « Les transformateurs se battent désormais pour savoir qui en importera le premier, au risque de se retrouver avec Greenpeace sur le dos le jour de l'arrivée d'un navire contenant du colza transgénique », analyse un expert de la filière. L'aval donné par Bruxelles est donc loin d'avoir ouvert les vannes en grand. « La principale difficulté provient de la valorisation du tourteau de colza OGM, qui ne peut pas partir pour l'alimentation animale, affirme Richard Baicherer, responsable commercial oléagineux chez In Vivo. Cela oblige à dédier un circuit spécifique, à vider le circuit de trituration, donc avec des surcoûts pour vendre moins cher au final. »
Pour convaincre les opérateurs de se tourner vers la graine canadienne, il faudra que le marché donne un net avantage concurrentiel à celle-ci. D'autant que la tension qui avait fait grimper le cours du colza il y a trois ans, lorsque la disponibilité en graines était insuffisante pour suivre la montée en puissance des capacités d'écrasement, est pour l'heure bel et bien révolue.

 

Epée de Damoclès

Aujourd'hui, on assiste au jeu du chat et de la souris entre les producteurs européens et les utilisateurs. Les premiers jouent la carte de la rétention pour redresser les cours, face aux seconds qui trouvent amplement de quoi faire tourner leurs usines auprès de l'Ukraine et de l'Australie, où colza ne rime pas encore avec transgenèse. Cette situation rocambolesque devrait se traduire par des importations de graines au sein de l'UE approchant les trois millions de tonnes, pour un stock de report annoncé de deux millions de tonnes. Dans un tel contexte, les analystes ne tablent pas sur une invasion canadienne au moins avant la fin de l'année. Et encore. Outre l'abondance qui règne sur le marché des graines en Europe, le Canada va consacrer une part croissante de sa récolte à la transformation en biodiesel sur son territoire, malgré un climat économique incertain. « Tout dépendra donc des rapports de prix entre les origines, du coût du fret, et au final, de la prime au colza canadien, résume Richard Baicherer. Mais cela reste une menace pour la production communautaire, une épée de Damoclès que les triturateurs peuvent agiter pour faire pression sur les prix. »

Source Réussir Grandes Cultures Mai 2009

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