Piégeage sexuel : Les insectes ne se font pas surprendre

Nicole Ouvrard

En grandes cultures, la technique du piégeage sexuel, visant à suivre les populations d'insectes ravageurs, fait défaut. Seul le maïs est concerné mais avec des résultats décevants.

Installer des pièges à phéromones dans le but de suivre les populations d'insectes
ravageurs des plantes, voilà une méthode bien rôdée en arboriculture ou en maraîchage.
Pourquoi cela ne se développe-t-il pas en grandes cultures ? « Cette technique est utilisée
principalement chez les lépidoptères et les coléoptères, souligne Brigitte Frérot, chercheuse
en écologie chimique de l'insecte à l'Inra de Versailles. Or, hormis le maïs, les principaux
ravageurs des grandes cultures ne font pas partie de ces ordres. » Pour le maïs, cette
technique est utilisée contre la pyrale et la sésamie. « Si on détecte précisément les vols
d'insectes adultes, c'est un très bon moyen de bien positionner les insecticides, donc de
réduire le coût des traitements », poursuit-elle.

Le principe est d'attirer le papillon mâle grâce à une phéromone de synthèse qui reproduit
l'odeur émise par le papillon femelle et de le piéger dans la glu. Le but est de compter les
insectes (et non de réduire la population dans la parcelle). Le piège delta, qui ressemble à
une petite maison, est le système le plus couramment utilisé. Malheureusement, il manque
sérieusement de fiabilité pour capturer la pyrale. Brigitte Frérot et son équipe ont cherché à
comprendre pourquoi les pièges ne fonctionnent pas bien. La première piste était de vérifier
si la phéromone utilisée correspondait bien à l'insecte visé. « Il existe deux souches
phéromonales de pyrale : la E et la Z, explique la chercheuse. D'après les résultats du
laboratoire, toutes les populations qui font des dégâts sur le maïs sont de la souche Z. » La
souche E, quant à elle, se développe sur des plantes sauvages, notamment le houblon et
l'armoise. Les pièges utilisent en général un rapport Z/E de 97/3 %.

Le piège nasse, qui fonctionne à la manière d'une nasse à poisson, est le plus efficace. Les pyrales mâles qui entrent dans le piège arrivent dans un cul-de-sac. ((DRAF-SRPV/Lorraine)

Le piège nasse, qui fonctionne à la manière d'une nasse à poisson, est le plus efficace. Les pyrales mâles qui entrent dans le piège arrivent dans un cul-de-sac. ((DRAF-SRPV/Lorraine)

 

Capsules attractives

Deuxième piste : le « vieillissement » des capsules est souvent mis en cause par les
utilisateurs qui constatent régulièrement une décroissance des captures dans leurs pièges
sans relation avec le niveau des populations du ravageur. « Nous avons montré en tunnel de
vol que le pouvoir attractif de capsules ayant subi les conditions normales d'utilisation pendant
deux ou trois semaines était équivalent à celui d'une capsule neuve », poursuit la chercheuse.
Les explications des difficultés du piégeage sont donc à rechercher ailleurs.

Piège sexuel de pyrale du maïs. Le piège delta, en forme de petite maison, ne donne pas satisfaction. L'insecte sait déjouer le guet-apens qu'on lui tend ! (Arvalis-Institut du végétal)

Piège sexuel de pyrale du maïs. Le piège delta, en forme de petite maison, ne donne pas satisfaction. L'insecte sait déjouer le guet-apens qu'on lui tend ! (Arvalis-Institut du végétal)

 

Décollage immédiat

Pour la spécialiste de l'Inra, le piège delta n'est pas adapté à la pyrale : « le papillon survole
la zone engluée, mais sans se poser et il repart aussitôt ». Pour elle, la seule façon
d'améliorer le système est d'en changer. « Un piège nasse est beaucoup plus adapté que le
piège delta », souligne-t-elle. Pourtant, c'est encore le modèle delta qui est utilisé. Enfin,
selon la chercheuse, il ne faut pas placer les pièges dans les parcelles de maïs car la
pyrale ne s'accouple pas dans les champs, mais dans les zones herbacées alentour.
Jean-Baptiste Thibord, ingénieur régional Sud-Ouest à Arvalis-Institut du végétal, a pu
constater lui-même le manque d'efficacité de ces pièges. « Nous suivons les populations de
pyrale et de sésamie grâce aux phéromones sexuelles depuis 1993, explique-t-il. Nous
suivons aussi l'Héliothis. » Ce dernier insecte pose problème dans le Sud-Ouest sur le
maïs semences. « Le piège à phéromone d'Héliothis fonctionne très bien, ce n'est pas
toujours le cas pour celui de la pyrale. Le dysfonctionnement le plus sérieux a eu lieu en
2003, l'année de la canicule. » Depuis cette date, les ingénieurs des instituts ont changé de
stratégie : « Nous avons abandonné le piège à phéromone de la pyrale et nous avons mis
en place deux réseaux de piégeage en parallèle : l'un avec des pièges à phéromones visant
la sésamie, l'autre avec des pièges lumineux. »







Pièges lumineux

Les pièges lumineux apportent des informations sur l'ensemble des insectes attirés par la
lumière la nuit. L'inconvénient de cette technique est le manque total de sélectivité. « De cette
manière, nous avons un bon suivi des populations de pyrale et nous croisons les informations
des deux réseaux pour la sésamie. » Faute de mieux, chaque région a ainsi adapté les modes
de piégeage à chaque insecte et aux contraintes locales.

À quand des produits pulvérisables pour la technique de confusion sexuelle ?

En arboriculture, la technique de confusion sexuelle est largement répandue. Le principe est
de saturer l'atmosphère avec la phéromone femelle de synthèse, de sorte que les mâles ne
rencontrent jamais les femelles, donc elles ne pondent pas. Pour cela, on pose sur chaque
arbre des petits diffuseurs. « En grandes cultures, si on veut développer cette technique,
très séduisante, il faut mettre au point un produit pulvérisable », considère Brigitte Frérot.
De tels travaux sont en cours sur le carpocapse des pommes, avec la mise au point de
microcapsules contenant la phéromone mise en suspension dans l'eau. Des travaux ont
été tentés pour la sésamie du maïs, avec succès. Mais les phéromones sont des
substances chimiques et, de ce fait, l'homologation est extrêmement complexe et coûteuse.

En savoir plus sur le piégeage sexuel de la pyrale

Blog d'un chercheur de l'Inra de Versailles :
http://park.itc.u-tokyo.ac.jp/applent/LaurentPelozuelo/Laurentweb/




Vente de pièges à phéromones

www.biotop.fr
www.desangosse.fr/france/
www.biosystemesfrance.com
www.scentry.com/Monitoring.htm (piège nasse)



Source Réussir Céréales Grandes Cultures Juillet-Août 2008

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