Plan Écophyto 2018 : Trente molécules passent à la trappe en 2008

Christian Gloria

Le ministre de l'Agriculture a décidé le retrait de trente produits phytosanitaires. Avant la finalisation du plan Écophyto 2018, la réduction de l'usage des pesticides de 50 % est déjà à l'oeuvre.

Les choses ne traînent pas. Décidé dans le cadre du Grenelle de l'environnement, le plan Écophyto 2018 vise à réduire l'usage des produits phytosanitaires de moitié dans les dix ans.
Fin janvier, Michel Barnier, ministre de l'Agriculture, a annoncé le retrait des autorisations de mises en marché (AMM) des préparations contenant trente substances actives jugées préoccupantes, et ce avant le 1er février 2008. Concrètement, cela signifie un arrêt de distribution des produits concernés à partir du 30 avril 2008 et une interdiction d'utilisation au 31 décembre 2008 (exception faite de trois molécules qui pourront être employées une année de plus).

Certaines des substances actives étaient déjà sous le coup de retraits prochains. D'autres en revanche sont inscrites à l'annexe i de la directive européenne 91/414 ou en passe de l'être, ce qui signifie qu'elles ont passé avec succès leur réexamen au niveau européen pour continuer à être incorporées dans les préparations phytosanitaires. La décision du ministre de l'Agriculture ne manque pas de faire réagir. « Le fait que l'on interdise en France des substances actives qui sont autorisées sur le plan européen n'est pas acceptable, lance Philippe Michel de l'UIPP. D'autant que l'on ne nous a pas présenté de nouveaux éléments fondés et objectifs pour justifier de cette décision. Et nous considérons que cela va générer une distorsion de concurrence entre productions des différents pays européens puisque les agriculteurs français ne pourront pas employer des produits que leurs voisins utilisent. » Les trente molécules s'ajoutent à 23 matières actives qui elles-mêmes doivent être retirées progressivement à terme.

Les interdictions d'usage pour trente molécules phytosanitaires concernent plus de 1500 spécialités commerciales. (S. Leitenberger)

Les interdictions d'usage pour trente molécules phytosanitaires concernent plus de 1500 spécialités commerciales. (S. Leitenberger)

 

Recherche de l'indicateur idéal

En vue de formuler des propositions concrètes d'actions pour réduire l'usage des pesticides, le comité opérationnel (Comop) Écophyto 2018 se réunit régulièrement. Il est constitué d'experts sous la responsabilité de Guy Paillotin, de l'Académie d'agriculture de France. En janvier et février, le débat portait notamment sur la définition d'indicateurs pour suivre l'évolution des pratiques. L'indicateur de fréquence de traitements (IFT) déjà à l'oeuvre au Danemark(1) reçoit l'assentiment de certains experts du Comop. Il calcule le nombre de produits ramenés à leurs doses homologuées appliqués à l'hectare. Cet indicateur tient compte par exemple des efforts de diminution de doses. D'autres experts plaident plutôt pour le recours à un indicateur calculé sur la quantité de substances actives avec une pondération par la toxicité ou la dose d'homologation. On pourrait aboutir à un indicateur réunissant plusieurs de ces paramètres.

Est-ce applicable sur le terrain ? Sur la base de dix années d'utilisation de fongicides dans cinq départements(2), Benoît Réal, spécialiste environnement d'Arvalis, a établi un diagnostic de l'évolution des usages. « Nous avons constaté une baisse de l'IFT de plus de 30 %. C'est bien la preuve d'un effort et d'une prise de conscience des agriculteurs, relève t-il. Nous avons également mesuré une baisse un peu plus importante de la masse de substances actives fongicides (autre indicateur) sur les mêmes données, ce qui traduit un effet corrélé des diminutions de doses et de la substitution de produits pondéreux par des spécialités à plus faible grammage. »

Encore du grain à moudre

L'utilisation d'indicateurs pose de nombreuses questions. Quelle sera la référence de départ à partir de laquelle on mesurera l'évolution ? Combien d'années seront prises en compte pour l'établissement de cette référence ? Comment l'indicateur prendra en compte la variabilité interannuelle et les particularités régionales et même locales en termes de pratiques culturales (impact de l'assolement, du type de sol, de la météo…) ?
Les experts du Comop ont de quoi plancher. Ils ont d'autres sujets à aborder : évaluation des marges de progrès dans la lutte contre les ennemis des cultures, mobilisation de la recherche et développement sur les méthodes alternatives et les systèmes économes en pesticides, formation des agriculteurs et professionnalisation des distributeurs et des prescripteurs, renforcement des réseaux de surveillance sur les bio-agresseurs et sur les effets non-intentionnels de l'usage des produits phytosanitaires.
Le plan Écophyto 2018 devra être présenté bien ficelé au président de la République avant l'été.

 

 

 

 

(1) Voir Réussir Céréales Grandes Cultures n° 202, avril 2007, page 43.
(2) Enquête OniGC 1994-2004 en Seine-et-Marne, Somme, Yonne, Marne et Eure-et-Loir.

Source Réussir Céréales Grandes Cultures Mars 2008

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