Plantes fourragères : Du lotier pour mieux valoriser les protéines de luzerne

meline Bignon

La valorisation des protéines des légumineuses fourragères est limitée en raison d'une forte dégradation ruminale. Les tannins présents dans certaines espèces peuvent aider à réduire cette solubilité des protéines.

Comment mieux valoriser les protéines des fourrages ? Voilà le thème de l'une des différentes conférences qui se sont tenues au salon Les Terrenales près d'Angers les 27 et 28 mai derniers. « Bien qu'ayant une teneur élevée en protéines, les légumineuses fourragères sont mal valorisées par les ruminants, a commencé par souligner Bernadette Julier de l'Inra de Theix. En effet, leurs protéines sont trop rapidement dégradées dans le rumen pour être efficacement absorbées dans l'intestin. »
De proportion non négligeable, ce gâchis de protéines ne profite ni aux éleveurs ni à l'environnement. Mais certaines espèces, telles que le lotier, le sainfoin, ou la coronille, présentent des protéines moins dégradables parce qu'elles produisent des tannins.

La teneur en tannin dans le fourrage d'une légumineuse (ici, du lotier) doit être optimisée pour limiter la dégradation des protéines sans trop diminuer la digestibilité de la matière sèche. (F. d'A.)

La teneur en tannin dans le fourrage d'une légumineuse (ici, du lotier) doit être optimisée pour limiter la dégradation des protéines sans trop diminuer la digestibilité de la matière sèche. (F. d'A.)

Trois voies de recherche

« Dans le rumen, ces tannins se lient aux protéines et forment des complexes, qui protègent les protéines de la dégradation par les bactéries ruminales. Une fois dans l'intestin, le complexe se dissocie et les protéines sont alors absorbées et directement valorisées par l'animal », précise la chercheuse.
Malheureusement, les principales légumineuses fourragères utilisées, trèfle blanc et luzerne en tête, ne synthétisent pas de tannins. Trois voies de recherche sont aujourd'hui à l'étude. La première vise à augmenter la valeur agronomique du lotier ; la seconde à étudier ce que peut apporter le mélange de deux espèces comme la luzerne et le lotier ; et la troisième à faire produire des tannins à la luzerne par voie transgénique.
Un travail de sélection du lotier a démarré en 2008 pour orienter la recherche vers des variétés de lotier productives et riches en tannins. « Nous voulons développer des variétés à port dressé pour favoriser une utilisation en mélange avec la luzerne. »

Associer luzerne et lotier

Faut-il cultiver le lotier en association ou en culture pure ? « L'association semble plus prometteuse car le lotier affiche un rendement inférieur aux légumineuses fourragères classiques ne dépassant pas 4 à 6 tonnes de matière sèche par hectare, estime Nathalie Harzic. La culture pure s'envisage plutôt dans des conditions de milieu stressantes. » Le mélange de lotier et de luzerne, l'un riche en tannins et l'autre à fort potentiel de rendement a été testé dans différentes proportions.
« Plus la part du lotier augmente, plus la dégradabilité ruminale des protéines se réduit. Mieux encore, en mélange (60 % de luzerne et 40 % de lotier), la dégradabilité apparaît plus réduite que la moyenne de chacun des deux fourrages ! »
Ces résultats sont à transposer dans les exploitations pour mieux ajuster la qualité des protéines à la valeur énergétique de la ration, soit en cultivant des mélanges luzerne-lotier, soit en mélangeant les deux types de fourrages après récolte, à l'auge. Le travail de recherche se poursuit sur les différents types de mélanges (choix des espèces, des variétés, des densités de semis…) et sur l'effet des tannins au niveau zootechnique (lait et viande).

Source Réussir Bovins Viande Juillet-Août 2010

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