Pomme de terre : Les antigerminatifs se mettent au naturel

Christian Gloria

Deux molécules sont utilisées comme antigerminatifs sur pommes de terre en France : l'hydrazyde maléique et le CIPC. Deux produits d'origine naturelle arrivent : l'éthylène et l'huile de menthe verte.

Ils devraient être prochainement homologués en France : l'huile de menthe verte est une huile essentielle et l'éthylène est un gaz. Par leur action freinant la germination ou détruisant les germes présents, ces deux produits déjà utilisés dans certains pays voisins devraient être commercialisés comme antigerminatifs de la pomme de terre, avec une ouverture possible en productions biologiques.
Pour l'heure, les antigerminatifs se résument à deux molécules en France. L'hydrazide maléique est un inhibiteur de la germination à appliquer en cours de végétation. « Plus de 20 % des surfaces en pommes de terre de consommation reçoivent ce produit. Avec l'hydrazide maléique, on freine le démarrage de la germination de six à huit semaines par rapport à un non traitement, précise Michel Martin, Arvalis. Il permet de supprimer la première application de CIPC au stockage. »

Au stockage, la thermonébulisation assure une bonne homogénéité du traitement sur les tubercules. (P. Forget)

Au stockage, la thermonébulisation assure une bonne homogénéité du traitement sur les tubercules. (P. Forget)

Thermonébulisation homogène

Le CIPC (chlorprophame) est l'autre antigerminatif disponible en France. Il peut être appliqué par poudrage à la mise en tas mais c'est la thermonébulisation qui est largement utilisée en cours de conservation chez les producteurs. « La thermonébulisation assure une meilleure homogénéité du traitement sur les tubercules que le poudrage, à condition que le bâtiment de stockage soit bien ventilé, explique l'ingénieur d'Arvalis. Il y a moins de risques de brûlure de l'épiderme, ce qui a son importance pour les pommes de terre lavées avant commercialisation. »

 

Alternatives au CIPC

La dose de produit reçue par tubercule semble mieux contrôlée qu'avec les poudres, d'où une meilleure maîtrise des résidus. Les produits à base de CIPC sont classés Xn (nocifs) sur le plan toxicologique et la phrase de risque R40 (effet cancérogène suspecté, preuves insuffisantes) a amené certains cahiers des charges à l'exclure. « Dans ce cas, cela oblige à commercialiser les pommes de terre avant février ou mars car après, le producteur n'a plus de moyen de contrôler la germination sans altérer la qualité gustative des tubercules avec une conservation prolongée à basse température », signale Michel Martin.
L'éthylène et l'huile de menthe verte seront deux solutions alternatives à l'utilisation du CIPC. Avec quelques bémols quant à leurs mises en pratique. « Ces produits ont l'avantage de laisser très peu de résidus. Selon les cas, ils nécessitent des équipements spéciaux pour leurs applications. L'éthylène présente sans doute la rémanence la plus faible. Après déstockage des tubercules, la germination peut démarrer rapidement. Il faut donc bien gérer le circuit de commercialisation des tubercules, souligne Michel Martin. Par ailleurs, l'utlisation de l'éthylène entraîne un léger sucrage des tubercules. Quant à l'huile de menthe verte, nous n'avons pas détecté de problème particulier. Le prix définitif du produit n'est pas connu, il semble que son emploi sera plus onéreux qu'un programme de thermonébulisation de CIPC. » Dans tous les cas, le bon contrôle de la température et de l'humidité du stockage permet d'optimiser au mieux la maîtrise de la germination avec ou sans inhibiteur.

Source Réussir Grandes Cultures Juillet-Août 2010

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