Pomme de terre : marasme de la campagne 2014-2015

Pierre-Yves LELONG

Pomme de terre :  marasme de la campagne 2014-2015

La fin campagne 2013-2014 s’est terminée avec des prix bas et une offre conséquente, notamment pour les pommes de terre à chair ferme, contrairement à l’année précédente. La nouvelle campagne «pomme de terre de consommation » commence dans des conditions très difficiles..

Une progression des surfaces et des rendements... mais des prix bas

Cette situation de fin de campagne a impacté la commercialisation des pommes de terre primeurs en premier. Malgré une arrivée précoce sur le marché, elles ont connu de grandes difficultés de commercialisation provoquant une campagne ardue.

L’augmentation des surfaces est générale en Europe : 2,7% dans les principaux pays producteurs (Allemagne, Belgique, France, Grande-Bretagne et Pays-Bas) selon le NEPG1. La plus forte hausse concerne la Belgique avec +6,3%, en France les surfaces atteignent 121 000 ha, en progression de 3,6%. Les campagnes précédentes, au cours desquelles la consommation et les exportations se sont maintenues à un haut niveau, permettant une valorisation plutôt satisfaisante, ont suscité un intérêt pour la production.

De plus les rendements attendus dans toute l’Europe sont bons voire exceptionnellement bons, et la qualité est aussi présente...

La quantité récoltée atteindrait le record de 27 millions de tonnes (hors plants et fécules), dépassant ainsi celui établi en 2011. La progression par rapport à 2013 sur le marché de l’ouest européen serait de 3 millions de tonnes, et de l’ordre de 1 million de tonnes pour la France.

Les prix proposés sont bas... voire très bas ! On assiste à une pression importante sur les  prix, qui fait courir des risques sur la pérennité de certaines exploitations fragilisées.

Pomme de terre :  marasme de la campagne 2014-2015

Tous les segments de marché sont impacté

La profession a pris la mesure de la situation et met en œuvre des actions pour l’alléger. C’est la recherche de débouchés exceptionnels, alternatifs : alimentation animale, aide alimentaire, éventuellement industrie féculière. D’autres actions sont aussi engagées pour maintenir les parts de marché de la pomme de terre française à l’export.

Pour ce qui est de la consommation intérieure, la baisse des prix de vente des pommes de terre au détail n’a pas d’effet réel sur le volume des ventes dans un marché saturé. Mais les résultats de la consommation 2013-2014, comparés à la moyenne des cinq dernières années, sont en revanche satisfaisants : stabilité en volume et plus 12% en valeur et en prix.

L’activité industrielle est très bonne, mais les prix sur le marché libre sont toujours sous pression et à un niveau très bas, dans une fourchette de 15 à 20 €/tonne (15 €/t pour la Bintje à 20 € /t pour les variétés spécifiques).

En France, les agriculteurs en contrat avec l’industrie de transformation n’ont, en théorie, rien à craindre pourvu qu’ils livrent les quantités et les qualités demandées. Mais au cours d’une campagne pléthorique, les petits défauts de qualité peuvent être lourdement sanctionnés... voire des lots refusés.

Les industriels s’approvisionnent aussi sur le marché libre et, dans un contexte de surproduction, achètent à leurs conditions qui sont forcément à leur avantage ! Pour les contrats récolte, bon nombre d’enlèvements sont retardés. Pour les surplus de contrat en période hors récolte, ces volumes partiront mais... quand ? Il risque d’y avoir très peu de place pour ces sur plus de contrat.

1. NEPG(Nord-western European Potato Growers): Allemagne, Belgique, Grande-Bretagne, Pays-Bas et France.
p5

La France 1 er exportateur mondial de pommes de terre

L’Europe de l’Ouest (Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Royaume Uni) constitue une des principales zones de débouchés avec 30% des exportations en volume. Mais c’est en Europe du Sud (Espagne, Italie, Portugal et Grèce) que les ventes de pommes de terre françaises sont les plus dynamiques.

L’Espagne est devenue le 1er client de la pomme de terre française.

En 2013-2014, la France a pu profiter d’opportunités vers l’Italie et les pays de l’Est du fait des productions allemandes peu présentes, et ainsi renforcer ses parts de marché sur ces destinations. Les exportations françaises ont augmenté de 47% vers l’Italie et ont été multipliées par 3,5 vers les pays de l’Est. En revanche les exportations vers l’Espagne sont restées dans une fourchette basse. Pour cette campagne, l’export sera fonction des productions intérieures des pays importateurs. En Italie les surfaces plantées ont peu augmenté en 2014 et les rendements sont satisfaisants. Les opérateurs éprouvent des difficultés à établir un niveau de prix et les producteurs locaux sont pressés de commercialiser leur marchandise. À part les pommes de terre lavables, les exportations françaises auront plus de difficultés à trouver des débouchés cette année. Les non lavables seront en concurrence directe avec une production allemande disponible et de bonne qualité, avantagée par des coûts de transport inférieurs. Sans oublier les effets de l’embargo russe, des pommes de terre destinées au marché russe, en provenance de Pologne notamment, risquent de se retrouver sur ces marchés à l’export.

Une telle situation n’est pas nouvelle, néanmoins à court terme les marges de manœuvre pour les exploitants sont étroites ; les marchés traditionnels ne pourront pas apporter des réponses suffisantes. Certains pays tels les Pays-Bas élargissent leur zone de chalandise vers les Pays de l’Est, l’Afrique et les Caraïbes, ou aussi la Belgique vers l’Afrique...

Le pilotage de l’exploitation en conjoncture instable trouve là encore une réelle application, encore faut-il s’y être préparé.

source : Cerfrance - la Veille Economique Agricole - décembre 2014 - n°40

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier