Pour Philippe Gate, "réduire le 'gap' entre ce que nous savons et nos actions" est une necéssité pour concevoir les systèmes de cultures de demain

Réussir Grandes Cultures Juillet-Août 2012

Pour Philippe Gate, "réduire le 'gap' entre ce que nous savons et nos actions" est une necéssité pour concevoir les systèmes de cultures de demain
Philippe Gate, directeur scientifique d’Arvalis, est un fervent partisan des approches pluridisciplinaires pour résoudre les enjeux de l’agriculture de demain. © N. Cornec

Philippe Gate est directeur scientifique d’Arvalis-Institut du végétal. Son domaine de prédilection : les céréales. "Les solutions génétiques pour améliorer l’efficience de l’azote du blé existent déjà," estime-t-il. "Mais elles ne sont pas mises en œuvre car les sélectionneurs n’y sont pas encouragés." Un point de vue qu'il développe ici, avec une approche pluridisciplinaire et une vision globale des enjeux de l'agriculture.

Pour Philippe Gate, "réduire le 'gap' entre ce que nous savons et nos actions" est une necéssité pour concevoir les systèmes de cultures de demain

. Philippe Gate est directeur scientifique d’Arvalis-Institut du végétal depuis août 2009. Sa mission est d’assurer l’excellence scientifique et technique des activités de l’institut, et de développer des partenariats scientifiques en France et à l’étranger.
. D’abord sélectionneur, Philippe Gate a rejoint l’ITCF qui devient Arvalis en tant qu’écophysiologiste. Il a mis au point de nombreuses applications opérationnelles : modèles de croissance et de maladies, télédétection, adaptation au changement climatique…

Alors que les besoins alimentaires sont croissants et les contraintes de production multipliées, il est fondamental de concevoir des systèmes de cultures moins dépendants des intrants de synthèse, réduisant les impacts environnementaux, voire contribuant positivement aux enjeux écologiques, plus résilients face aux changements globaux tout en assurant un haut niveau de production, une qualité irréprochable et une bonne efficacité économique. Cette approche, qui requiert un engagement transdisciplinaire, doit d’abord identifier les leviers prioritaires à actionner au regard des facteurs les plus limitants.

La génétique constitue un levier central. Au-delà de la tolérance aux maladies, une meilleure sobriété vis-à-vis de l’azote et de l’eau s’impose. Nous disposons d’ores et déjà de connaissances suffisantes et d’outils réglementaires pour orienter la sélection dans une telle direction. Ainsi, on a démontré que les variétés de blé actuelles sont à la fois plus productives et plus tolérantes aux maladies, donc plus rustiques, depuis plus de dix ans. Ces deux critères ne sont pas incompatibles. Cette évolution favorable résulte en grande partie des modalités de cotation des variétés, avec un bonus sur ces critères de résistance. Il faut donc adapter les processus d’inscription dans ce sens.

« Nous connaissons d’ores et déjà le chemin le plus efficace pour augmenter la migration de l’azote vers le grain de blé »

On sait que l'efficience de l'azote dépend de la génétique, mais ce critère n'est pas pris en compte dans l'inscription des variétés. Le besoin en azote pour produire un quintal de grains varie de 2,7 à 3,5 kg N selon les variétés, ce qui correspond à un enjeu de 60 kg N/hectare en termes de besoin azoté pour un rendement de 72 quintaux/hectare. Les méthodes d’acquisition de telles références sont connues et éprouvées et pourraient donc enrichir le dispositif de cotation des variétés. Par ailleurs, il nous faut maintenir une teneur en protéine satisfaisante pour les marchés, ce qui passe par une sélection visant à augmenter la migration de l’azote vers le grain. Là aussi, nous connaissons le chemin : stimuler l’absorption d’azote par les racines après la floraison, car un surplus modique de 10 kg N/hectare absorbé durant cette phase se traduit par une élévation moyenne de 1 point de protéine. Mais la voie qui consisterait à stimuler le transfert d’azote des parties végétatives vers les grains serait incompatible avec l’obtention de rendement élevé, en anticipant la sénescence des feuilles.

Il sera nécessaire d'innover dans le profil des protéines des grains de blé. si l’on a l’ambition à la fois d’augmenter la production et de satisfaire les exigences de qualité avec des teneurs en protéines plus faibles. L’atteinte de tels objectifs qualitatifs engagera des recherches collaboratives impliquant l’amont et l’aval.
D’une manière générale, le levier génétique ne sera pleinement valorisé que s’il est intégré en synergie dans des systèmes de culture adaptés, fournissant des effets bénéfiques additionnels. Pour passer du concept à la traduction opérationnelle, il nous faut connaître, puis valoriser les interactions positives entre les caractéristiques variétales et les pratiques culturales, tout en trouvant les meilleures combinaisons pour réduire notre dépendance aux intrants de synthèse ou aux ressources épuisables. Ces recherches doivent à moyen terme atteindre une dimension territoriale.

« Produire plus et mieux » en garantissant les débouchés et la durabilité à des solutions en développant la complémentarité entre les démarches analytiques et systémiques, en combinant les innovations technologiques et l’agronomie aux différentes échelles.

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