Pour stocker des engrais, le bon sens complète la réglementation

Michel Portier - Réussir Grandes Cultures Janvier 2012

Pour stocker des engrais, le bon  sens complète la réglementation
Le stockage d’engrais en big bags peut être soumis à déclaration dès 250 tonnes. © M. Portier

Pour des raisons de sécurité, stocker de l’engrais sous forme liquide ou solide sur son exploitation ne s’improvise pas. La dangerosité du produit implique certaines précautions.

Le stockage des engrais est soumis à déclaration selon le décret d’août 2005 sur la nomenclature des installations classées. Même si les seuils de déclaration restent élevés (voir tableau), il convient de respecter de bonnes pratiques sur le lieu de stockage afin de limiter les pollutions accidentelles et les risques liés à la proximité de matières incompatibles avec les fertilisants.
Pour les engrais solides, le stockage doit se faire à l’écart de tout produit potentiellement inflammable, des produits agricoles ainsi que de toute source de contamination (carburant, gaz, sciures, produits phytosanitaires...). Le stockage en vrac impose un sol imperméable sans fissure (dalle béton) et l’absence d’humidité afin d’éviter la prise en masse. Le stockage en sac est moins sensible, mais implique des précautions. Dans le cas d’un sol non stabilisé, les big bags doivent être disposés sur des palettes en pyramide et en quinconce. Ils ne doivent pas être empilés sur plus de trois hauteurs. Pour un stockage extérieur, les sacs sont protégés de l’humidité et du soleil par une bâche de couleur claire. Il doit se limiter à une courte durée et il est déconseillé pour le vrac. Du fait de l’incompatibilité de certains composés, la séparation physique des engrais est indispensable surtout pour le vrac. Ces précautions deviennent impératives dans le cas des fertilisants azotés contenant du nitrate d’ammonium tels que les ammonitrates.

Emissions gazeuses et détonations

Ce type d’engrais est particulièrement sensible à deux risques. Le premier concerne le phénomène de décomposition auto entretenue (DAE) qui, sous l’effet d’un échauffement, va conduire à l’émission de composés gazeux dont l’oxyde d’azote, très toxiques par inhalation. Second risque, la détonation ou explosion n’est possible que si le produit est contaminé par des matières organiques et qu’il est soumis au confinement ou à une amorce explosive intense (projectile, bouteille de gaz...). Les ammonitrates dont la formulation est conforme à la réglementation française sont en effet très difficiles à faire exploser en l’absence de contamination extérieure.
Concernant les engrais liquides, la mise en œuvre de l’aire de stockage et le choix du réservoir ne sont pas à négliger. Il est préférable d’aménager le stockage dans une dépression naturelle du terrain, à l’écart des points d’eau, des voies de circulation, des cours d’eau et des réseaux de collecte des eaux pluviales. La réglementation ne concerne que les solutions azotées. Les stockages de moins de 100 m3 sont soumis aux règlements sanitaires départementaux dont certains impliquent la construction de bac de rétention.

Image 1

photo © P. Forget

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 1

fada67

Hé oui, l'engrais azoté (nitrate d'ammonium) et le fioul (gazole agricole) mélangé aux justes proportion sont les composants d'un excellent explosif, reste la mise à feu.
Il y a quelques années, un agriculteur étasunien en mal avec l'administration fiscale à par ce moyen "réglé ses arriérés d’impôts".

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier