Premier faux-plat pour l’éthanol de maïs US

Gabriel Omnès - Réussir Grandes Cultures Janvier 2012

Pick-up roulant à l'E 85 dans l'Illinois aux Etats-Unis. © M.-H. Vincent
La fin de l'éxonération fiscale est annoncée pour l'éthanol dès 2012. © M.-H. Vincent

L’explosion des volumes de maïs américain transformés en bioéthanol pourrait marquer une pause cette année.

La fin d’une irrésistible ascension ? Les projections pour la campagne 2011-2012 du département américain à l’agriculture anticipent une stagnation, voire une légère décrue, des volumes de maïs US destinés au bioéthanol. Cela interromprait une croissance folle que même la flambée des prix des céréales de 2008 n’avait pas entamée, bien qu’ayant causé la faillite de quelques poids lourds du secteur.
Depuis le coup d’envoi de la filière, la part de la collecte de maïs US  dédiée aux biocarburants n’a cessé de progres-ser. En 2007-2008 elle passait devant les volumes consacrés à l’export et, l’an passé, ravissait la place de débouché numéro un devant l’alimentation animale.

Un bilan tendu

Une histoire qui a tout de l’itinéraire d’un enfant gâté : entre avantages fiscaux et contingents d’incorporation ambitieux, l’État a en effet bichonné la filière bioéthanol, dont la courbe de croissance suit de près la hausse progressive d’incorporation prévue par la loi. Le plafonnement du développement de la production d’éthanol à partir de maïs prévu pour 2015 est d’ailleurs l’un des facteurs d’explication de cet essoufflement apparent. S’y ajoutent la fin annoncée dès 2012 de l’exonération fiscale dont bénéficiait l’éthanol, et l’extrême tension du bilan du maïs américain. Il n’est toutefois pas exclu de voir la courbe repartir à la hausse, car cette industrie reste rentable malgré le prix élevé de la céréale. Selon certains experts, cette rentabilité pourrait déjouer les pronostics de l’USDA… dès cette année. L’organisme est même soupçonné d’avoir artificiellement plafonné ce débouché pour ne pas mettre le feu à un bilan explosif !

Ethanol

Export

La bonne santé de la filière américaine de bioéthanol permet au pays d’exporter. Ce débouché reste mineur par rapport à la consommation domestique, mais il contribue à produire ce biocarburant au-delà des obligations fixées par le mandat réglementaire. Les exports partent notamment vers le Brésil, grâce à une compétitivité conjoncturellement supérieure, et vers l’Europe. Bruxelles a porté plainte contre ces exportations, accusées de bénéficier de subventions illégales.

Durabilité

À partir de 2015, le mandat régissant l’incorporation d’éthanol prévoit que la progression des volumes ne sera plus assurée par le maïs, mais par l’éthanol cellulosique et par des filières « durables » affichant de bonnes performances vis-à-vis des gaz à effet de serre. Les biocarburants de seconde génération se faisant attendre, les États-Unis seront probablement contraints d’importer de l’éthanol produit avec de la canne à sucre, dont le bilan énergétique est amélioré par l’utilisation des bagasses en co-génération.

Blend wall

Le blend wall, ou « mur de l’incorporation », pourrait être le principal obstacle à la croissance du secteur du bioéthanol US. Au vu de la consommation nationale d’essence, l’E10 ne permettait pas d’atteindre les objectifs de volumes d’incorporation à partir de 2011. L’autorisation de l’E15 fin 2010 vise à résoudre cette limitation, mais le déploiement de ces nouvelles pompes ne se fait pas sans difficultés, les distributeurs d’essence n’étant guère favorables à multiplier les pompes dans les stations-service.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier