Préserver une vie foisonnante dans les bords de champs

Christian Gloria - Réussir Grandes Cultures Avril 2012

Préserver une vie foisonnante dans les bords de champs
La " plaine vivante " de Laurent Gasnier dans le Loiret. Crédit photo : C. Gloria

Bien gérés, les bords de champs ne sont pas des foyers à pestes végétales et animales. Au contraire, leur biodiversité peut être mise à profit par l’agriculteur.

Trois dates de broyage testées

Une expérimentation(1) est menée en plusieurs sites agricoles d’Eure-et-Loir et du Loiret, et en particulier chez Laurent Gasnier. « Sur des bords de champs, nous testons trois dates de broyage : début d’été, fin d’été avec exportation des résidus et fin d’hiver, précise Caroline Le Bris. Ensuite, nous faisons des mesures : inventaires de flore et de faune, impact sur la culture en face de chaque dispositif… Au terme de deux ans d’essais, nous n’avons pas constater de différence sur les infestations en adventices en face de chaque modalité. » L’intérêt du broyage de fin d’hiver est de garder un couvert végétal haut pendant la mauvaise saison où la faune sauvage dispose de peu de refuge.(1) Travaux en collaboration avec les chambres d’agriculture, le réseau Agrifaune, l’ONCFS…

Un bruit d’ailes et un cri dissyllabique ! Une perdrix grise vient de décoller d’un fourré pour gagner le milieu du champ. Puis ce sont deux autres… et deux autres encore. À mesure que nous marchons sur le chemin entre les parcelles souffreteuses de blé dur de Laurent Gasnier — on sort péniblement de la vague de froid — les perdrix s’envolent, par paires le plus souvent. « Nous en avons comptabilisé une cinquantaine cet hiver. J’espère qu’il restera une dizaine de couples pour nicher sur mon parcellaire. »
Agriculteur sur 80 hectares à Épieds-en-Beauce, Laurent Gasnier est également chasseur et il a toujours œuvré pour maintenir une bonne population de perdrix sur ses terres. La gestion des bords de chemin participe à cet objectif.

Un broyage le plus tard possible

« J’ai un chemin d’exploitation herbeux qui traverse les parcelles sur un kilomètre environ avec, de chaque côté, un bon mètre de bordure enherbée. Il faut ajouter des chemins communaux autour des champs avec toujours une bande herbeuse, présente Laurent Gasnier. Je laisse pousser la végétation ! Il y a beaucoup de graminées avec des ray-grass surtout. Je fais un broyage le plus tard possible, fin octobre de façon à ne pas déranger la faune sauvage et lui garder un couvert végétal. »

Pas de salissement

Ces bordures sont-elles des foyers à mauvaises herbes ? « Je ne constate pas de salissement à l’intérieur de mes parcelles, assure l’agriculteur. Mais je prends mes précautions en réalisant un traitement à base de glyphosate sur le tour de mon champ à l’intérieur sur 6 ou 12 mètres de large. Je veille notamment à empêcher des vivaces comme le chardon de pénétrer dans mes cultures. J’évite soigneusement de traiter la bordure enherbée. »
Les plantes de bordure ont peu de chance de coloniser les cultures. Bruno Chauvel, spécialiste de la biologie des adventices à l’Inra de Dijon : « Ce sont des milieux relativement pauvres en diversité avec surtout des espèces rudérales, c’est-à-dire des plantes de milieux occupés par l’homme, assez riches en azote, supportant de nombreux stress comme le tassement… On trouve des plantes comme les orties, les pissenlits, des lamiers… Autant d’espèces qui ne survivent pas dans un champ travaillé. »
Confirmation de Caroline Le Bris, de l’association Hommes et Territoires(1) : « Les plantes que l’on trouve sur les bordures sont des espèces habituées à des milieux stables. Elles ne trouvent pas leur place dans les parcelles qui sont des milieux perturbés avec les différentes interventions agricoles. » Sur ces bordures, l’entretien chimique est l’erreur à ne pas faire. « En détruisant le couvert végétal dense, un traitement herbicide favorisera des espèces annuelles compétitives comme le brome, le gaillet… », alerte Caroline Le Bris.

1 hectare de bordure = 1 hectare de SET

Caroline Le Bris discerne un rôle utile à ses bords de champs. « L’intérêt est écologique avec la présence d’une flore naturelle et de nombreux insectes et autres arthropodes. La bordure peut servir de refuge et de sources de nourriture pour la faune. » Laurent Gasnier en a bien saisi l’intérêt pour les perdrix grises : « Les oiseaux nichent dans les vingt premiers mètres d’une parcelle agricole. Les adultes et surtout les poussins viennent se nourrir en bordure où ils trouvent profusion d’insectes. »
Les bandes trouvent un autre intérêt en tant que corridor pour la dispersion des espèces, un élément qui peut être retenu dans la définition de la Trame verte et bleue (TVB) sur un territoire. « Une bordure de champ bien gérée aura une utilité agronomique également en abritant des insectes auxiliaires et pollinisateurs. Et, pour peu que ces bordures fassent plus d’un mètre de large, elles sont comptabilisées comme surface équivalent topographique (SET) et donc valorisables à ce titre dans le cadre de la BCAE maintien des particularités topographiques », précise Caroline Le Bris.
La chargée de mission de l’association apporte quelques conseils de gestion des bordures. « Nous recherchons la préservation d’une certaine biodiversité et, dans cet objectif, nous recommandons de conserver une bordure de 2 mètres de large au minimum pour qu’elle soit moins impactée par le passage des engins ou les dérives de produits phytosanitaires. Le broyage de coupe à une hauteur de 15 centimètres au minimum limitera la destruction de la flore et des insectes sans créer le développement d’une végétation envahissante. Quant à la date de broyage, on déconseillera toujours de passer pendant la période de nidification, surtout d’avril à fin juin. » Caroline Le Bris préconise également d’exporter le produit du broyage ou de la fauche de façon à ne pas enrichir le sol en azote et pour créer un milieu favorable à une flore plus diversifiée et, par là-même, à la faune qui l’accompagne.
 
(1) L’association Hommes et Territoires réunit environ 80 agriculteurs de la région Centre, soucieux de la préservation de l’environnement, et notamment de la biodiversité.

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