Producteur de ginseng made in Landes

JA Mag

Producteur de ginseng made in Landes

Maïsiculteur à Rion-des-Landes, Guillaume Dezès a choisi une diversification atypique : le ginseng cultivé sous 9ha de panneaux photovoltaïques.

La plante qui marche à l’ombre

Panax ginseng pousse naturellement dans les forêts de feuillus au Canada et en Chine. Ces deux pays sont les principaux producteurs mondiaux, et Hong Kong est la plaque tournante du marché. Cette plante herbacée et vivace a besoin de 75 à 82% d’ombre et d’un climat tempéré. La partie aérienne dépérit à chaque hiver. Au bout de quatre ans, sa racine, qui peut mesurer jusqu’à 30cm, peut être récoltée. Elle est à la base de la pharmacopée asiatique pour son effet stimulant et réconfortant. La variété asiatique est reconnue en Europe et « peut donc rentrer dans la composition de médicaments soumis à Autorisation de mise sur le marché », peut-on lire sur le site web de France Ginseng. Elle est présente dans les compléments alimentaires et boissons énergisantes. Quant aux graines, elles sont utilisées en cosmétique.

Plus d’infos sur www.franceginseng.fr

9 Hectares de bâtiment, 36000 panneaux photovoltaïques, 6 millions de graines semées, etc. les chiffres donnent le tournis. c’est la même sensation qui saisit le visiteur quand il fait le tour – en voiture – du nouveau site de production de Guillaume Dezès. «C’est bien un projet agricole », précise le jeune producteur landais. la ferme solaire de rion-des-landes n’a rien à voir avec les «centrales photovoltaïques au sol » qui recouvrent déjà 400 ha dans le département. car la finalité du projet est de produire des plantes médicinales. Du ginseng plus précisément, la plante stimulante à la base de toute la pharmacopée asiatique (lire ci-contre). cette plante vivace a besoin d’ombre. « Les deuxprincipaux pays producteurs, la Chine et le Canada, utilisent des ombrières formées de filets posés sur des poteaux », explique Guillaume. a rion-des-landes, ce sont 33 travées de bâtiments photovoltaïques, ouvertes à tout vent. En 2010, France Ginseng a relancé cette culture, qui avait presque disparu de l’Hexagone après des essais avortés dans les années 90. le coup de génie de cette société toulousaine a été de financer le cycle de production (4 ans avant la récolte) grâce à des panneaux photovoltaïques. rion-des-landes est le troisième site après Bellegarde (83) et Seysses (31).

Montage complexe

Qu’est-ce qui a poussé Guillaume et son associé thierry à se jeter ainsi dans l’inconnu ? L’effondrement du cours des céréales en 2009. «Une année catastrophique, se souvient cet administrateur national de Ja. A l’époque, nous ne cultivions que du maïs et des céréales. On s’est dit qu’il fallait se diversifier, sortir du système lando-landais.» ils mettent donc en place de nouvelles productions (se mences, haricots verts) et se lancent dans ce projet ambitieux. Les premières graines attendront encore quatre ans avant de découvrir le sable noir de rion-des-landes. Car le montage du projet est des plus complexes: «Nous avons dû créer les contrats en nous inspirant de ceux pour les carottes et le maïs semence. » France Ginseng fournit les graines et le débouché. C’est une autre société, Solvéo, qui construit et exploite le bâtiment photovoltaïque. Un pourcentage des revenus du solaire doit être reversé « pour la filière ginseng ». il a aussi fallu démarcher de nombreux partenaires pour rassembler les 33 m€ nécessaires à la construction du site, achevé en avril 2012.

Désherbage manuel ou copeaux de bois

Les associés de l’Earl de mougnoc n’ont pas investi dans le bâtiment et peu dans le matériel, qu’ils ont trouvé d’occasion. Mais ils prennent eux aussi un risque conséquent : « Mettre en culture un ha de ginseng coûte 10000€, semences non comprises. » Pour les seules graines, il faut 18000€/ha. Rien à voir avec un maïs par exemple, qui mobilise 700 à 900€ par ha. Ce qui coûte le plus cher ? Le désherbage manuel, qui peut nécessiter à chaque passage une dizaine de personnes pendant une semaine. « Nous voulions produire en bio, mais l’enherbement n’était pas gérable seulement à la main. A la place, nous faisons du raisonné plus.» Débouché pharmaceutique oblige, Guillaume ne s’autorise qu’un herbicide et, s’il le faut, un insecticide. « Le ginseng est sensible aux mêmes maladies racinaires que les asperges. » Et comme elles, il se cultive en buttes. En chine et au canada, ces buttes sont arrondies pour que l’eau ruisselle. La configuration en bâtiments, donc sans pluie, pourrait limiter les maladies. Lors de son prochain semis, Guillaume compte aussi tester un paillage de copeaux de bois sec pour étouffer les adventices. la récolte des rhizomes se fait avec une arracheuse, comme pour les pommes de terre. « Notre première récolte se déroulera en novembre 2017, prévoit cet agriculteur plein d’enthousiasme. Le plus dur va être de tenir les quatre premières années, sans production. »

L’objectif ? «Un produit exceptionnel »

D’ici là, il faudra « bien gérer l’irrigation sur nos terres sableuses ». Sans pluie, il faut arroser toute l’année, notamment pour maintenir la forme de la butte. Avec 1 000m3 d’eau par an, le ginseng consomme quatre fois moins que du maïs. Autre point à surveiller dans les sols sableux : la forme de la racine. Non contrariée, elle pourrait ressembler à une carotte, ce qui lui fermerait la porte des marchés asiatiques. « Là-bas, les acheteurs se basent sur l’aspect visuel, et ils veulent des racines tordues. Ça ne sert à rien de les démarcher avec nos dossiers pleins d’analyses chimiques… » idem pour le suivi des maladies : «A la moindre tache sur une racine, nous écartons le lot entier. » un mal nécessaire quand, comme Guillaume, on vise « un produit exceptionnel, de qualité made in France ». les enjeux sont importants : son ginseng sera vendu au cancéropôle Grand Sud-ouest, qui est partenaire du projet. il servira à élaborer des médicaments à base de plantes contre les effets secondaires de la chimiothérapie. Le reste, Guillaume espère le vendre en chine, pays leader du ginseng mais « qui manque de production ». Pour ne pas faire de pertes, les deux agriculteurs landais doivent vendre leur production au minimum 20€ le kilo. Alors qu’ils n’ont même pas récolté, Guillaume et thierry ont déjà entendu que « des Canadiens étaient intéressés par nos méthodes de production ». Lucide, le jeune producteur se donne «dix ans, soit deux cycles de production, avant de maîtriser la culture du ginseng». Mais les difficultés ne sont pas que d’ordre agronomique. «Ce n’est pas évident de travailler avec les industriels, nous sommes dans deux mondes différents. » Difficile aussi de mobiliser les partenaires dans la durée : les agriculteurs se sont engagés sur un bail de 30 ans. Des contraintes qui ne doivent pas décourager les éventuels candidats. France Ginseng veut implanter 50ha en France.

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