Produits biologiques : La filière grandes cultures resserre les rangs

Gabriel Omnès

Pour éviter le déphasage entre offre et demande, la filière renforce les liens entre amont et aval.

Et si la filière des céréales biologiques avait mangé son pain noir ? L'espoir de voir ce secteur sortir de la niche dans laquelle il était confiné jusque-là ne relève pas de l'utopie. Les grandes cultures bénéficient des vents favorables qui soufflent sur l'agriculture biologique. Elles peuvent de plus compter sur la demande en pain bio qui n'a cessé de croître ces dernières années, avec une véritable explosion de l'activité meunerie. Mais les rendez-vous manqués du passé ont marqué les esprits, démontrant qu'un marché porteur peut se retourner si offre et demande ne progressent pas de concert. L'heure est donc à la consolidation des liens entre l'amont et l'aval pour éviter un nouveau faux départ.
À la fin des années 90, le rythme des conversions s'était emballé avec l'arrivée des CTE. L'afflux brutal sur le marché d'une offre impossible à digérer par l'aval avait entraîné la chute des cours, suivie par un désengagement de nombre de producteurs au début des années 2000. Entre-temps, la croissance de la demande ne s'était pas démentie. Pour la satisfaire, les transformateurs se sont tournés massivement vers l'importation.

Mouvement durable

« Une fois la dynamique des conversions stoppée en 2002-2003, il a été très difficile de la relancer, alors que la demande continuait à augmenter », souligne Claire Touret, de la Fnab. Mais la filière est désormais plus aguerrie. « La plupart des opérateurs engagés dans l'agriculture biologique ont conscience qu'il s'agit d'un mouvement durable, on est moins dans l'effet d'aubaine. Et ces acteurs savent aujourd'hui gérer une filière bio spécifique, notamment grâce à l'organisation de sites dédiés. »
Des acteurs bien en place, la crainte d'un effet de mode écartée… la filière des grandes cultures biologiques est désormais en quête d'une plus grande visibilité sur les volumes. Tous les observateurs s'accordent sur le même enjeu : « permettre aux producteurs de s'engager en les rassurant sur la rémunération, et rassurer les utilisateurs sur la régularité des approvisionnements en matières premières », explique-t-on à l'Agence bio.

La filière céréales peut compter sur la demande soutenue de la meunerie, principal débouché du blé tendre. (G. Omnès)

La filière céréales peut compter sur la demande soutenue de la meunerie, principal débouché du blé tendre. (G. Omnès)

 

Contractualisation pluriannuelle

Des observatoires ont été créés au sein des structures conventionnelles pour mieux cerner le marché. L'OniGC publie désormais chaque trimestre des bilans spécifiques à l'agriculture biologique. Ces estimations sont complétées par des analyses « en temps réel » des échanges par Coop de France. « Nous avons également monté un outil prospectif pour connaître les attentes des fabricants d'aliments, annonce Pascal Gury, président de l'Agence bio et du groupe bio de Coop de France. Nous devons appréhender les besoins à venir. En bio, il est inconcevable de produire pour produire. Il faut produire pour un marché. »
Pour ce faire, « les liens sont de plus en plus contractuels », constate Sébastien Bonduau, de la Coordination agrobiologique des Pays de la Loire (Cab), notamment à travers des contractualisations pluriannuelles. Le groupe bio d'Intercéréales, élargi à tous les représentants du secteur, a planché sur le sujet pour proposer des contrats cadre. Bio Nutrition Animale, filiale du groupe Terrena spécialisée dans l'alimentation animale, était précurseur. « Les problèmes qualitatifs sont plus cruciaux encore qu'en conventionnel, note Marc Barré, responsable de l'usine d'aliments. Le contrat pluriannuel est une façon de pérenniser des relations avec les fournisseurs dont on est satisfait. Il faut aussi savoir de quelles conditions ont besoin les opérateurs pour travailler et développer les conversions. »

« Il est nécessaire que ces accords ne soient pas uniquement bipartites entre les organismes stockeurs et les transformateurs, mais impliquent aussi les producteurs dans des discussions en toute transparence, renchérit Julien Taunay, de la Cab. Un prix de 500 euros/tonne pour du blé, comme cela a été le cas, est bon pour le céréalier, mais c'est une catastrophe pour les éleveurs, ce n'est pas acceptable. Tout comme il y a eu des années où les céréaliers ne s'en sortaient pas. »

Nécessaire transparence

Contractualisation et transparence, c'est le choix fait par Pain virgule, boulangerie biologique de Loire-Atlantique qui a monté sa petite meunerie et s'approvisionne directement auprès d'agriculteurs. « Lorsque le cours du blé varie énormément, personne n'est content car il y a toujours un perdant, estime l'un des responsables Thierry Boscato. Ce type de contrat permet de lisser les prix, mais parvenir à un terrain d'entente nécessite que chacun se mette à nu pendant les négociations. L'objectif est de trouver une réelle cohérence en construisant ensemble une filière courte où chacun peut gagner sa vie. »
Pour Pain virgule, comme pour les structures de taille plus imposante, ce type de contrat permet également de sécuriser un approvisionnement régional en adéquation avec la philosophie de ce mode de production. Cette recherche de proximité n'est d'ailleurs pas la seule particularité qui distingue la filière bio de sa cousine conventionnelle. « Il faut aussi tenir compte des spécificités agronomiques, insiste Claire Touret. Les producteurs ont par exemple besoin de débouchés pour valoriser l'ensemble de la rotation, souvent plus diversifiée qu'en conventionnel. » Fortes interactions entre l'économie et l'agronomie, organisation à plusieurs échelles, appels à la transparence et à la solidarité… Et si l'agriculture bio devenait un laboratoire d'organisation de filière ?

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Grandes Cultures du mois d'avril 2009. (RGC n°224, p. 50 à 57)

Source Réussir Grandes Cultures Mai 2009

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