Protéagineux : Le pois remonte la pente

Gabriel Omnès et Nicole Ouvrard

Le plan de relance semble produire l'électrochoc escompté en dopant les surfaces. Le bout du tunnel ou un simple sursis ?

La filière protéagineux est en passe de franchir la première haie dans sa course à la reconquête des parts de marché. Le plan de relance concocté par le gouvernement dans le cadre du bilan de santé de la PAC semble en effet produire l'électrochoc escompté. « On s'attend à des surfaces de protéagineux de 250 000 à 300 000 hectares pour la récolte 2010, contre 202 000 hectares l'an passé », affirme Benoît Carrouée, de l'Union nationale interprofessionnelle des plantes riches en protéines (Unip).
Il était temps, car le diagnostic vital était engagé pour une filière frappée d'anorexie sévère. En 2008, le pois s'était effondré sous la barre symbolique des 100 000 hectares, pour une production inférieure à 450 000 tonnes. L'accélération du décrochage ces dernières années avait entraîné les protéagineux dans un cercle vicieux, les volumes collectés devenant trop faibles pour intéresser les fabricants d'aliment du bétail. Lors de la campagne 2008-2009, ce débouché historique passait même derrière l'export dans le bilan français du pois.

400 000 hectares en 2012

La traversée du désert aurait-elle pris fin ? L'an passé, un premier frémissement se faisait sentir, confirmé en 2010. Désormais l'objectif des 400 000 hectares affiché pour 2012 ne relève plus du scénario de science-fiction. Grâce à l'aide à l'hectare injectée par les pouvoirs publics sur la base d'une enveloppe annuelle de 40 millions d'euros, la compétitivité du protéagineux reprend des couleurs sur les exploitations.
Reste désormais à savoir si le retour du pois dans les parcelles sera soutenu par les différents maillons de la chaîne. Du côté des coopératives, on jure main sur le coeur que tout sera mis en oeuvre pour accompagner la relance. « C'est une graine comme une autre, une matière première que l'on connaît bien, tout comme les clients et la logistique, explique Vincent Magdelaine, à Coop de France. C'est lorsque les volumes tombent à des niveaux très bas que tout se complique, car cela devient de l'épicerie fine. » Même discours sur le terrain. « Collecter du pois ou autre chose, ce n'est pas un problème, assure Denis Courzadet, d'Epis Centre. Dès lors que le développement du pois est bénéfique pour les producteurs, les coopératives doivent favoriser cette évolution. La question qui se pose aujourd'hui concerne plutôt l'aval : est-on sûr que les fabricants d'aliment ont été associés au dossier, et combien va-t-on valoriser les volumes qui vont arriver sur le marché ? »

La reconquête du débouché de l'alimentation animale — notamment porcine — est indispensable pour assurer la massification du marché du pois. (B. Compagnon)

La reconquête du débouché de l'alimentation animale — notamment porcine — est indispensable pour assurer la massification du marché du pois. (B. Compagnon)

 

Reconquérir l'alimentation animale

Les ventes au compte-gouttes effectuées depuis le début de l'année à destination de l'Inde et de la Norvège démontrent que l'exportation sur pays tiers constitue une activité trop incertaine pour assurer la massification du marché du pois. Ces destinations prisées en raison de leur rémunération (alimentation humaine en Inde et pour les poissons d'élevage en Norvège) sont également convoitées par de solides concurrents, Canada en tête. La relance durable des protéagineux passe donc par la reconquête du débouché de l'alimentation animale. Pour Benoît Carrouée, celle-ci n'a rien d'une mission impossible. « Il faut pour cela proposer aux industriels une matière première régulière et abondante, l'insuffisance de l'offre constituant la première raison de leur désintérêt. »

Une montée en puissance de la collecte devrait donc s'accompagner d'une croissance de la demande. Mais à quel prix ? « En alimentation animale, le pois est destiné à plus de 95 % aux porcs, où le prix d'intérêt est le facteur prioritaire, rappelle Frédéric Pressenda, du bureau d'études Céréopa. Historiquement, le prix du pois dépendait à 75-80 % du prix du blé, et à 20-25 % de celui du soja. Depuis quelques années, on observe que le soja n'entre plus forcément dans l'équation. » Une évolution qui peut s'expliquer par la baisse de la quantité de pois incorporée. À des niveaux si faibles, le pois se substitue uniquement au blé, sans empiéter sur les teneurs en soja, contrairement à ce qui se passe si on incorpore 20 % de pois.
Récemment, le lien entre le cours du pois et celui du blé paraît toutefois s'être légèrement distendu, le différentiel de prix en faveur du protéagineux se hissant au niveau relativement élevé de 50 euros par tonne. Effet de la fermeté du tourteau de soja ou influence d'affaires ponctuelles sur un marché très étroit ? Difficile de le dire. Seule certitude : le blé continuera à jouer un rôle majeur dans la fixation des cours du pois.

Synergie avec le tourteau de colza

Un élément nouveau pourrait favoriser le protéagineux dans sa compétition avec d'autres matières premières : l'arrivée de volumes croissants de tourteau de colza. En 2008-2009, la production de ce tourteau est passée pour la première fois devant celle du soja dans l'Union européenne. Or, « il peut se créer une synergie entre le tourteau de colza et le pois », estime Frédéric Pressenda. Loin d'être un concurrent du protéagineux, ce sous-produit de la fabrication de biodiesel s'avère au contraire très complémentaire. Employé seul, le pois comme le colza ne peut prétendre tailler des croupières au soja. Mais le cocktail d'énergie et de protéines du premier associé au bon niveau protéique du second donne une combinaison « qui permet de se passer de soja », assure l'expert du Céréopa.
Les partisans des protéagineux scrutent désormais l'après 2013. « Que va-t-il se passer quand les aides vont disparaître ? C'est une vraie question », souligne Vincent Magdelaine, qui s'interroge sur la façon de « pérenniser un mouvement vertueux de relance durable ». Des pistes seraient déjà envisagées pour faire perdurer le système au-delà de 2012.

Source Réussir Grandes Cultures Janvier 2010

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier