Que valent les prévisions de récolte ?

Lise Monteillet

Que valent les prévisions de récolte ?

Depuis plusieurs semaines, il pleut des prévisions dans tous les médias agricoles. Sur le marché des céréales, les analystes sont nombreux et leurs résultats souvent divergents.

Chaque année, les prévisionnistes se livrent à une guerre sans merci sur la récolte de blé, à grand renfort de communiqués et conférences de presse. Beaucoup de chiffres sont diffusés, avec des écarts significatifs… Bien malin est celui qui prétend savoir lequel est exact.

« Cette situation est très particulière au marché des céréales », explique Patrick Garnon, chef de service marchés et études de filière au sein de FranceAgriMer. « Le marché des céréales est mondialisé et largement modelé sur les marchés financiers. Les acteurs sont à l’affût de la dernière information pour prendre des positions », poursuit le spécialiste des marchés.

Cette course permanente à l’information présente un risque évident. « Il faut faire extrêmement attention à ne pas influencer les marchés avec des informations qui ne sont pas solides », met en garde Patrick Garnon.

Plusieurs types d’acteurs se prêtent au jeu : des sociétés de conseil privées, des organismes publics, des organismes stockeurs… Ils occupent une position d’arbitre, de joueur, voire les deux. De quoi brouiller les lignes.

Une question de méthodologie

La qualité d’une prévision tient avant tout à la méthodologie employée. Des modèles agrométéo permettent de combiner des données relatives au climat avec des photos satellites. Celles-ci permettent d’estimer quelles surfaces ont été cultivées et de jauger l’état des cultures. « La télédétection, seule, ne suffit pas », nuance Patrick Garnon. La technique a montré ses limites et nécessite un réseau d’observation sur le terrain. FranceAgriMer dispose ainsi d’un réseau performant : le programme Céré’Obs, mais aussi des services régionaux qui travaillent désormais en lien étroit avec les Srise*.

Pour collecter des informations du terrain, il est possible de questionner un échantillon représentatif d’agriculteurs, à l’image de celui sur lequel s’appuie Agreste, le service des statistiques et de la prospective du ministère de l’Agriculture. FranceAgriMer a davantage l’habitude de se tourner vers les collecteurs. Cette année, les deux structures ont fait converger leurs méthodes, pour aboutir à un consensus.  

Les consultants privés, pour leur part, se basent sur des modèles, corrigés par des tours de plaine. Ces modèles, de plus en plus performants, sont moins précis lors des années atypiques.

Des sources plus ou moins fiables

Il existe des références internationales, reconnues par l’ensemble de la filière. Le rapport annuel de l’USDA** ou les réunions du conseil international des céréales sont toujours très attendues. Depuis les émeutes de la faim de 2007-2008, la FAO a également mis en place l’Agricultural Market Information System (AMIS).

En France, des acteurs publics et privés se partagent la tâche. « On a besoin d’avoir une information indépendante des Etats », explique Renaud De Kerpoisson, président de l’entreprise ODA. Attention à la façon dont sont relayées ces prévisions. « Les journalistes ne devraient pas se contenter de mettre à la "une" telle ou telle prévision. Ils devraient visiter les entreprises de conseil pour vérifier comment elles travaillent », regrette-t-il. Sa société affirme tirer sa force d’un panel d’agriculteurs qu’elle a développé sur le terrain. « Nos modèles vont nous donner une tendance. Les agriculteurs nous permettent de réajuster les choses », résume Renaud De Kerpoisson.

Chez Agritel, autre société de conseil reconnue, Gautier le Molgat explique « scruter toutes les données disponibles, travailler sur beaucoup de modèles liés à la météo et prendre en compte les remontées du terrain ». A ce niveau-là, toutes les entreprises n’ont pas les reins aussi solides. « Ce qui compte, c’est la fiabilité du réseau », insiste Gautier le Molgat. Agritel ou ODA n’en diront pas plus : chacune dispose de ses « secrets de fabrication » et se garde bien de les dévoiler.

Course à l’information

La course à l’information pousse les prévisionnistes à publier des estimations de plus en plus précoces. Pour Patrick Garnon, de FranceAgriMer, des estimations « hasardeuses » brouillent le marché, alors qu’elles devraient le rendre plus transparent. La position de FranceAgriMer est de ne publier aucune prévision avant d’avoir « une estimation raisonnable de la qualité des chiffres ».

« Celui qui a toujours raison, c’est celui qui sort ses chiffres le plus tard », estime Gautier le Molgat. « Ce n’est alors plus de l’analyse, c’est du constat », ajoute-t-il. Pour celui-ci, un bon analyste est celui qui se remet tous les jours en cause, à l’image d’un tapissier « qui reprend continuellement son œuvre ». Les modèles ne sont pas parfaits. « Sentir la tendance, c’est déjà avancer », conclut-il.

*services régionaux pour l’information statistique et économique, au sein des Draaf
**département de l’agriculture des Etats-Unis

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Commentaires 15

marin347

surtout si vous voyez un enarque qui se noie le sauvez pas enfoncée lui la tête sous l eau comme il le fait pour l agriculteur

marin347

bravo 41 et encore tes pas assez dur les énarques et autre grandes écoles qui nous gouvernes sont responsable du déficit de la france ses gurus devraient travailler en entreprise avant de nous dicter leurs lois et leurs conseil a la c....

@41

suffit de pas faire les fier abras a vouloir jouer au cours mondial , si tu exiges des prix , produits moitié moins , en blé la moitié va a l'export

Vertumne

20 % des blés sont impropres à la consommation animale et humaine en lorraine . A méditer !!!

CLOCHE215

il est temps de cracher tous ces parasites qui racontent que des conneries et qui vivent à notre dépend et qui n'ont aucun intérêt à ce que le paysan puisse avoir un salaire pour sa labeur..

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