Rupture du progrès technique en France

Nicole Ouvrard - Réussir Grandes Cultures Décembre 2011

La productivité est donnée en indice. Source : J.-P. Butault-Inra AgroParis Tech
Productivité des intrants variables en blé

Contrairement aux États-Unis, la France connaît une stagnation de la productivité des intrants en grandes cultures depuis 1997. Ce ralentissement vaut pour le blé et pour le colza. Analyse de la compétitivité des cultures françaises.

La stagnation du rendement du blé en France est un fait avéré, mais qu’en est-il de la productivité, y compris pour les autres cultures ? C’est ce qu’a analysé Jean-Pierre Butault, directeur de recherche en sciences sociales à l’Inra AgroParisTech, en mesurant l’évolution comparée en France et aux États-Unis du rapport entre le rendement et la quantité d’intrants liés aux charges variables (engrais, phyto, semences, carburant) utilisés à l’hectare.
L’analyse globale sur les trois cultures blé-maïs-colza pour la France et blé-maïs-soja pour les États-Unis est édifiante : « la productivité évolue plus favorablement en France jusqu’en 1997, puis elle stagne alors qu’elle continue de progresser aux États-Unis. Ce ralentissement en France est principalement dû à la stagnation de la productivité en blé et probablement en colza. En revanche, on ne peut pas conclure dans ce sens pour le maïs. »

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“Productivité des intrants variables en blé, maïs, colza et soja

La productivité est donnée en indice.
Source : J.-P. Butault-Inra  AgroParisTech.

Pas de désintensification

En blé, c’est à partir de 1997 que l’on observe une stagnation des rendements tout en apportant autant d’intrants. « Il n’y a pas eu de désintensification depuis 1997. Celle-ci a eu lieu plus tôt : entre 1985 et 1995 environ. Ce n’est donc pas l’explication. Les agronomes expliquent que c’est dû aux changements climatiques. On peut aussi penser que les efforts consacrés à l’amélioration du taux de protéines depuis une quinzaine d’années ont freiné l’augmentation des rendements », poursuit-il. Aux États-Unis, malgré des apports d’intrants moins importants qu’en France, la productivité est moindre du fait de rendements particulièrement faibles, autour de 30 quintaux/hectare en moyenne.

La productivité est donnée en indice. Source : J.-P. Butault-Inra AgroParis Tech

Maïs : France & USA au coude à coude

En maïs, si la productivité des intrants en France a été inférieure à celle des États-Unis au début des années 2000, il y a eu un rattrapage depuis et même peut-être une inversion en 2011. « À mon grand étonnement, les pratiques culturales sur maïs sont, en moyenne, identiques de part et d’autres de l’Atlantique : même dose d’azote, 150 kg/ha, et même nombre de traitements à 3,3. Et ce malgré la présence des OGM aux USA sur plus de la moitié des surfaces », souligne Jean-Pierre Butault.

La productivité est donnée en indice. Source : J.-P. Butault-Inra AgroParis Tech

Le soja devance le colza

Alors que le colza et le soja se retrouvent en concurrence sur les mêmes marchés, avec des rendements et des prix similaires, leur conduite culturale est bien différente. Le soja reçoit beaucoup moins d’engrais de fond, pas du tout d’azote, et beaucoup moins de pesticides (2,5 traitements contre 7,5 pour le colza). De plus, le rendement en soja poursuit sa croissance depuis dix ans, alors que celui du colza est en dents de scie. L’écart de la productivité des intrants se creuse entre les deux cultures.

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