Sénalia appelle à diversifier les débouchés sur pays tiers

Gabriel Omnès - Réussir Grandes Cultures Février 2012

Jean-Jacques Vorimore, président de Sénalia. © G. Omnès
« La trop forte concentration de nos livraisons sur l’Afrique du Nord est source d’inquiétude. Des raisons légitimes sont à l’origine de cette situation risquée, qu’il est nécessaire de corriger à terme. » G. Omnès

L’assemblée générale de Sénalia, début janvier, a été l’occasion pour l’opérateur portuaire rouennais de se féliciter d’une campagne 2010-2011 qui a logiquement établi un nouveau record à l’export, compte tenu de l’incroyable dynamisme des exportations des céréales françaises sur cette période.
Mais, selon les responsables du principal acteur céréalier du Grand port de Rouen, ce succès cache une fragilité. « L’Algérie et le Maroc ont représenté sur la campagne passée 65 % de nos exportations sur pays tiers, a souligné Gilles Kindelberger, le directeur Exploitation céréales du groupe. Ces pays sont-ils dépendants de notre production ou sommes-nous dépendants de leurs achats ? » Le président Jean-Jacques Vorimore a enfoncé le clou. « La trop forte concentration de nos livraisons sur l’Afrique du Nord est source d’inquiétude. Des raisons légitimes sont à l’origine de cette situation risquée, qu’il est nécessaire de corriger à terme. »
« Ce genre de monopole est toujours dangereux, mais quand vous avez des clients qui vous demandent du blé et que vous en avez, vous leur vendez, qui plus est quand ce sont des clients de proximité », a réagi Rémi Haquin, président de la section grandes cultures de FranceAgriMer, lors d’un point presse.
La question soulevée en creux par Sénalia est de savoir ce que deviendrait l’export français, de plus en plus axé sur les pays tiers, si l’Hexagone perdait sa place de fournisseur privilégié de l’Algérie. Contrairement à l’Égypte, l’office public algérien exclut aujourd’hui l’origine russe, blacklistée pour cause de punaises : pas question de prendre le risque de déclencher l’ire des meuniers en important un bateau à la qualité douteuse, quitte à payer quelques dollars de plus.
Mais cela va-t-il durer éternellement ? « Les producteurs français devraient allumer des cierges pour les punaises russes », conseillait récemment avec humour un expert dans le contrôle des cargaisons, car « une fois ce problème réglé, le blé russe serait un blé français moins cher et amélioré en protéines. Il pourrait prendre la moitié du marché algérien. »

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Terminal Senalia au port de Rouen. © S. Leitenberger

« Fidéliser les relations commerciales »

Pour Jean-Jacques Vorimore, il est nécessaire d’engager une réflexion stratégique afin de « s’interroger sur la façon de s’ouvrir de nouvelles destinations, par exemple au Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique. Comment trouver un fonctionnement moins erratique vis-à-vis de l’Égypte ? Est-on capable d’aborder le secteur privé, qui a permis aux Russes de pénétrer le marché de ce pays ? »
Le président de Sénalia préconise notamment de « mettre du service autour du produit afin de fidéliser les relations commerciales, et de ne plus se comporter en simple fournisseur de matières premières. »

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