Situation hydrique : faut-il craindre une sécheresse ?

Lise Monteillet

Les niveaux des nappes phréatiques et la pluviométrie conduisent les spécialistes à renforcer leur vigilance. Xavier Cassedanne, expert des filières grandes cultures au Crédit agricole, fait le point sur la situation.

Les pluies ont été bien présentes courant mars sur de nombreuses régions d’Europe permettant une bonne reprise de croissance des céréales d’hiver. La situation demeure néanmoins fragile après un hiver globalement sec. Le déficit hydrique reste ainsi marqué en Espagne où les premiers signes de stress hydrique sont visibles. Les cumuls de précipitations des dernières semaines demeurent également déficitaires dans le nord et l’est de la France, la Belgique, le sud de la Hongrie et de l’Autriche et l’ouest de la Bulgarie. Ainsi, la situation pourrait rapidement basculer en cas de temps sec durable. En revanche, l’hiver sec et froid a conduit à un bon état sanitaire de l’ensemble des cultures d’hiver.

Concernant la situation des nappes au 1er avril 2017, elle traduit une période de recharge hivernale encore déficitaire pour l’instant même si les niveaux repartent sensiblement tous à la hausse, selon le BRGM, le service géologique national. Sur l’ensemble du territoire, les niveaux des nappes se situent autour de la moyenne, voire plus hauts pour 46% des points suivis, ils sont modérément bas à très bas pour les 54% restants. Les pluies de la période de novembre à mars qui sont normalement attendues pour assurer la recharge hivernale n’ont, pour l’instant, rempli que partiellement le rôle de remplissage que l’on attend d’elles. Toujours d’après le BRGM, les situations les moins favorables, avec des niveaux bas voire très bas par rapport aux moyennes, sont :

- Zone Champagne-Ardennes avec un niveau bas;

- La nappe de la craie normande et picarde dont les points sont certes majoritairement orientés à la hausse (les deux-tiers), mais qui présentent des niveaux encore modérément bas;

- Une grande partie des nappes du bassin Adour-Garonne qui présentent des niveaux plus bas que la moyenne à cause d’une recharge hivernale assez réduite;

- Les aquifères de la vallée du Rhône, amont et aval, qui présentent des niveaux qui tardent à s’orienter à la hausse et qui, globalement, sont plus bas que la moyenne dans un contexte de recharge hivernale déficitaire;

- Les nappes alluviales, et les réservoirs calcaires des secteurs amont de la région PACA qui n’ont pas connu d’épisode de crue et dont la tendance globale est à la baisse. Les niveaux observés sont globalement plus bas que la moyenne.

A noter un manque de précisions sur la zone Bretagne où toutes les mesures n’atteignent pas encore les 15 ans d’ancienneté requis.  

Pluviométrie hétérogène

Après avoir retrouvé en février une pluviométrie conforme à la normale, le mois de mars a été bien arrosé sur la moitié sud du pays à l’exception de la Corse, un peu moins sur la moitié nord où les précipitations ont été déficitaires de la Bretagne au sud de la Normandie ainsi que des Hauts-de-France aux frontières du Grand-Est.

La situation devient compliquée pour la bonne croissance des céréales d’hiver dans les régions Hauts de France (Nord pas de Calais, Picardie), et la Basse-Normandie. Les prévisions pour la fin avril devraient accentuer l’état de sécheresse sur une période où les plantes ont besoin d’eau pour croître.

Les opérateurs surveillent avec attention ce déficit hydrique de ces régions car pour rappel, la Picardie, le Nord Pas de Calais et la Champagne Ardenne représentent 25 % de la production nationale de blé tendre.

La situation est à surveiller et pourrait devenir préoccupante si de prochaines pluies de printemps ne sont pas observées. Pourtant au 10 avril, les conditions de culture selon FranceAgrimer restent toujours bonnes et très bonnes pour 90% des surfaces en blé tendre par exemple. 

Sur le même sujet

Commentaires 3

BEMOL154

Situation encore correct dans le nord de l'Indre dans les limons, mais dans les zones argileuses, il manque des talles, les levees des semis de printemps sont très hétérogènes.

Bruno02

Nord de l'Aisne : les talles régressent, certaines variétés décrochent sévère et le dernier apport d'azote semble devenir superflu pour certaines parcelles.
Les betteraves semées dans le sec ou dans les argiles hydromorphes ne sont levées que pour 50%, et il faut être sacrément optimiste pour semer du maïs dans les terres légères.

Jean

Sud Aveyron très très sec. Année semblable à 2011 en vue

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier