Stéphane Le Foll, député européen : L'image du soutien à l'agriculture change »

Propos recueillis par Gabriel Omnès

Le Parlement européen a adopté à une large majorité, le rapport du député George Lyon sur l'avenir de la PAC, affirmant un attachement au maintien du budget agricole et la nécessité d'outils de régulation.

Quelle est la portée du vote en juillet dernier du rapport Lyon par les eurodéputés ?

Avec ce vote, le Parlement est la première institution européenne à prendre une position politique sur la PAC d'après 2013. C'est une position ferme, adoptée à une large majorité. Les quatre grands groupes, Parti populaire, Libéraux, Socialistes et Verts, avaient trouvé des accords sur des amendements de compromis afin d'obtenir un large consensus pour peser sur les débats futurs. C'est aussi la première fois que le Parlement exprime un avis avant que la Commission ne sorte sa propre communication. Plutôt que de se laisser dominer par la Commission, ou par un débat budgétaire, les députés s'engagent dans une démarche d'anticipation, de fixation des objectifs politiques. A mon sens, ce rapport est une excellente base pour aborder l'avenir de la PAC.

Quelles en sont les idées fortes ?

D'abord la volonté de maintenir une politique commune à l'échelle européenne, empêcher tout ce qui nous entraînerait vers une renationalisation et vers une augmentation du niveau des cofinancements. Ensuite, le Parlement exprime son souhait du maintien du budget agricole, face à la volonté de certains États de le rogner. Troisième élément, l'idée que cette nouvelle PAC doit prendre en compte les questions alimentaire et environnementale, c'est-à-dire la transition nécessaire vers une agriculture plus durable. Quatrième point, l'affirmation de la compensation des handicaps comme un objectif clair, quels que soient les handicaps : naturels, mais aussi de dimension sociale. Le rapport souligne d'ailleurs la nécessité de conserver une part de couplage des aides pour préserver certaines productions.

Stéphane Le Foll est député européen depuis 2004. Vice-président du groupe socialiste, il est membre de la commission agriculture du Parlement. (G. Omnès)

Stéphane Le Foll est député européen depuis 2004. Vice-président du groupe socialiste, il est membre de la commission agriculture du Parlement. (G. Omnès)

 

La régulation des marchés est également abordée…

Absolument. Ce n'était pas une mince affaire et les Français ont beaucoup pesé. Qu'un libéral écossais, George Lyon, affirme dans son texte la nécessité de lutter contre la volatilité des prix, d'avoir un minimum de filets de sécurité, et évoque même la gestion des volumes, ce n'est pas rien. Cet aspect constitue néanmoins l'un des points faibles du rapport, qui reste dans des généralités. Il faudra aller plus loin dans les mécanismes et leur mise en oeuvre concrète.

Donc les choses bougent ?

On est parvenu à infléchir la tendance lourde, celle qui consistait à minorer les questions agricoles et alimentaires, à dire qu'il suffisait de laisser faire le marché. C'était le sens du bilan de santé. La vision que beaucoup avaient du soutien à l'agriculture est en train de changer. Car l'agriculture n'est pas un problème, c'est une solution aux questions alimentaires, environnementales, pour la lutte contre le réchauffement climatique. Au niveau national, le syndicat majoritaire se trompe en demandant l'augmentation du seuil du nombre de porcs pour les installations classées ou des allègements pour la couverture hivernale des sols. C'est continuer à laisser penser que l'agriculture a un problème de compétitivité en Europe et que les règles environnementales en seraient la cause. Que parce que l'on a trop de charges environnementales par rapport aux autres, on est en train de crever. Il faut prendre le problème dans l'autre sens et faire de l'environnement un atout pour la France dans l'Europe et vis-à-vis des citoyens. Il y a là des potentiels de compétitivité insoupçonnés.

Ce rapport peut-il influencer Bruxelles ?

Oui. D'abord parce que je crois que l'on a un commissaire à l'agriculture qui ne s'arrête pas uniquement à des problèmes idéologiques, mais qui cherche à réfléchir à toutes les hypothèses. Bien sûr, une négociation va s'engager. Dacian Ciolos sera obligé de tenir compte des autres commissaires, du poids des États, de leur volonté de réduire les budgets face aux déficits, des intérêts des anciens et des nouveaux États membres… Mais il dispose avec ce large vote d'un point d'appui fort dont il avait besoin. On verra s'il reprend les propositions du rapport dans sa communication attendue pour la fin de l'année. Ce sera un test grandeur nature sur le rôle du Parlement dans le nouveau cadre de la codécision.

Source Réussir Grandes Cultures Septembre 2010

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