Un patrimoine génétique ouvert à tous

Nicole Ouvrard - Réussir Grandes Cultures Juillet-Août 2012

Un patrimoine  génétique ouvert à tous
Les variétés de blé tendre de la collection nationale offrent une grande diversité morphologique. © Inra

Le centre de ressources génétiques de Clermont-Ferrand détient un trésor de 25 000 lots de céréales à paille, dont une grande partie issue de la sélection française. Semences et informations sont mises à disposition du public.

Pour commander des semences

Chaque cultivar est conservé au froid  sous forme de sachets de grains et d’épis, jusqu’à une quinzaine d’années. Au bout de ce laps de temps, il faut repasser au champ.
© N. Ouvrard

Le centre de Clermont détient 12 000 blés tendres et apparentés, 2 800 blés durs, 6550 orges, 1200 triticales, 1200 avoines, 450 aegilops et 85 seigles.
Pour commander des semences de ces espèces ou d’autres, consultez le site :
http://urgi.versailles.inra.fr/siregal/siregal/welcome.do

Faire tenir 25 000 variétés de céréales dans une salle frigorifiée de 100 m3, c’est possible. L’équipe du centre de ressources génétiques des céréales à paille de Clermont-Ferrand s’y emploie. Celui-ci a été créé au début des années 2000. Dans un souci de rationalisation, toutes les ressources génétiques d’une espèce donnée ont été rapatriées sur le centre Inra servant de tête de réseau scientifique pour l’espèce en question. C’est ainsi que les céréales à paille sont à Clermont-Ferrand, les crucifères et la pomme de terre à Rennes-Ploudaniel ou encore le maïs à Montpellier…
En fait, pour chaque lot conservé, les chercheurs parlent d’accession et non de variété, notion trop restreinte. « Une accession peut correspondre à une population de pays ; une variété ancienne de la fin du xixe siècle ; une variété élite d’aujourd’hui ; une lignée de sélection qui n’a pas été jusqu’à l’inscription mais qui peut présenter des caractéristiques intéressantes pour les sélectionneurs ; ou des espèces apparentées à la céréale comme l’Aegilops qui est l’un des ancêtres du blé, ou encore des accessions d’intérêt scientifique dédiées aux études en génomique », explique François Balfourier, responsable du centre de ressources génétiques au sein de l’UMR génétique, diversité et écophysiologie des céréales.

Du matériel libre de droit

L’ensemble de ces ressources constitue un réservoir précieux en blé dur, blé tendre, orge, seigle, avoine et triticale. La plus grande richesse porte sur le blé tendre avec 12 000 accessions, dont un tiers issu du patrimoine français, un tiers provenant d’Europe et le reste du monde entier. « La collection nationale blé tendre a été retenue pour constituer une part de la contribution française au traité international sur les ressources phytogénétiques à l’initiative de la FAO, annonce-t-il fièrement, ce qui a élargi notre notoriété au niveau international. » Car ce centre n’a rien d’un écomusée. L’objectif est de mettre à la disposition de tous ce patrimoine génétique. « Nous ne conservons et diffusons ici que du matériel radié du catalogue qui est libre de droit », précise le chercheur. Et les demandeurs sont de plus en plus nombreux. « Des agriculteurs et paysans-boulangers nous font appel pour avoir accès à des blés de pays issus de sélection massale et bien adaptés aux conditions locales d’origine, souligne François Balfourier. Nous détenons environ 200 populations de pays originaires de France. » Elles portent le doux nom de Touzelle, Rouge de Bordeaux, Blanc de Flandre ou encore Bon Cauchois, et sont particulièrement appréciées du réseau Semences paysannes avec qui François Balfourier travaille régulièrement.
La collection attire aussi l’attention des sélectionneurs qui peuvent y puiser des caractères d’intérêt. « Avec 12 sociétés membres de l’union française des semenciers, nous avons créé un réseau d’évaluation et d’échange qui vise à caractériser la collection nationale au niveau agro-morphologique et moléculaire », souligne le responsable du centre. Chaque accession est décrite par une dizaine de caractères morphologiques et d’intérêts agronomiques comme la hauteur, l’aspect de l’épi, la précocité, la résistance à la verse ou encore la résistance à certains pathogènes. À cela s’ajoutent certains paramètres technologiques liés à la qualité en panification. Enfin, une analyse du génome portant sur une quarantaine de marqueurs moléculaires a permis de déterminer la proximité génétique des accessions les unes par rapport aux autres.

« Nous ne conservons  et diffusons ici que  du matériel radié  du catalogue et libre  de droit. La commande d’échantillons  est gratuite. »

François Balfourier, directeur du centre de ressources génétiques de Clermont-Ferrand. © N. Ouvrard

Le programme Breedwheat

« Cette caractérisation a été réalisée sur 1700 accessions de la collection nationale. Nous venons de lancer un élargissement de ce travail à 4600 blés provenant de 108 pays des différents continents, afin de réaliser une étude sur la répartition spatiale de la diversité génétique des blés. Ce travail est réalisé dans le cadre du projet scientifique Breedwheat visant à développer de nouvelles variétés pour une agriculture durable. » Cela nécessite des évaluations en grandes parcelles sur différents sites et sur plusieurs années afin de mesurer la résistance aux stress biotiques et abiotiques. Un budget de 9 millions d’euros sur neuf ans a été débloqué dans le cadre des investissements d’avenir lancés par le précédent gouvernement. Des partenariats d’échange de matériel génétique ont par ailleurs été établis de par le monde avec les plus grands centres homologues, comme le Vavilof center à Saint-Pétersbourg, le Cimmyt à Mexico, mais aussi avec la Chine, l’Amérique du Sud ou l’Afrique.
Un tel patrimoine intéresse grandement les scientifiques, notamment les spécialistes du génome. Pour répondre à leur demande, le centre a réalisé une « core-collection ». « Il s’agit d’un échantillon de taille réduite, de 372 accessions, qui représente à lui seul un optimum de la diversité génétique des 12 000 blés de la collection, explique François Balfourier. Cela a été un sésame pour entrer dans de nombreux programmes de recherche. » Et un moyen pour le directeur de s’autofinancer, car il doit trouver 20 000 euros par an pour couvrir ses frais de fonctionnement.
Le centre doit aussi gérer et diffuser l’information scientifique et technique rattachée aux ressources génétiques. Pour cela, des banques de données ont été créées, dont l’une est accessible à tous pour commander des échantillons de graines. Et c’est gratuit.

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