[Vidéo] Limitation des exportations Russes : une opportunité pour la France ?

Anne Sophie LESAGE

[Vidéo] Limitation des exportations Russes : une opportunité pour la France ?

La Russie devrait mettre en place au 1er février prochain, des barrières douanières pour limiter les exportations de blé. La taxe sur le blé russe exporté s'élèvera à 15% du prix plus 7,5 euros par tonne, mais ne pourra être inférieure à 35 euros. Pourquoi la Russie met-elle en place cette taxe ? Quel impact sur le prix des céréales ? Eléments de réponse avec Xavier Cassedanne, Expert Filière Grandes Cultures, Crédit Agricole SA.

 

Pourquoi cette décision de taxer les exportations russes ?

Xavier Cassedanne : « Les autorités russes ont été amenées à prendre cette décision pour lutter contre l’inflation galopante qui pèse actuellement sur les produits alimentaires, en particulier sur le pain et la farine, et disposer de réserves minimales qui assurent la sécurité alimentaire. Le principal objectif est de faire baisser le prix du blé sur le marché intérieur russe, en limitant les exportations.

Cette décision s’appuie sur :

- des perspectives de récolte 2015 dégradées (avec le risque de gel sur les blés d’hiver en l’absence ou l’insuffisance de la couverture neigeuse)

- des niveaux records en matière d’exportations (liées à la très bonne récolte 2014 environ 60 Mt) – exportations déjà réalisées à 64% des prévisions qui engendrent la hausse du prix du blé sur le marché intérieur

- l’effondrement du rouble qui pousse les producteurs à davantage exporter car les prix de vente des producteurs sont établis en dollar et donc plus compétitifs que sur le marché intérieur.

Enfin cette décision vient à la suite de restrictions non tarifaires avec le durcissement des contrôles qualité des autorités russes, limitant la délivrance des certificats d’exportation. »

 

Quel sera l’impact sur le prix des céréales ?

XC : « Les conséquences de cette décision ont un impact haussier sur les prix à court terme. En même temps, il faut rappeler que les fondamentaux de la récolte 2014 sont très bons (niveau de production record et perspectives de hausse des stocks fin de campagne pour les principaux pays exportateurs confirmées tous les mois) et cela ne devrait pas permettre de retrouver les niveaux de prix que nous avons connu en 2010 et 2012 (230-250€/t). 

Même si l’essentiel de la hausse des prix que nous connaissons depuis 1 mois  s’explique par cette perspective de restriction, le weather market des principaux bassins de productions mondiaux en prévision de la future récolte 2015, joue un rôle important et peut impacter le potentiel de production. Par exemple, l’ absence ou l’insuffisance de couverture neigeuse en période de grand froid en Russie, arrivée du froid  en Union Européenne et ses conséquences sur le cycle végétatif des cultures d’hiver, mêmes inquiétudes sur les conditions climatiques sur les grandes plaines aux Etats Unis … »

 

La France pourra-t-elle capter la demande non servie par la Russie ? 

XC : « Une partie de la demande non servie par la Russie suite à cette décision gouvernementale de restriction des exportations pourrait effectivement profiter aux pays européens et pourquoi pas à la France. La Russie exporte surtout ses blés vers l’Egypte, l’Iran et la Turquie. A ce jour, elle a déjà exporté environ 15 Mt de blé soit 64% de ses prévisions d’exportations. 

La France, au même titre que la Russie, est un des fournisseurs de choix de l’Egypte, 1er importateur mondial de blé dans le monde, mais elle est fortement challengée par d’autres pays européens comme la Roumanie qui a déjà exporté 1 Mt (comme la France 1 Mt au 23/12) ; les qualités de nos blés « meuniers », déficients en volume cette année et jugés « trop humides » par les acheteurs, pourraient limiter ce nouveau potentiel d’exportation ; mais cela reste une piste intéressante.

Je rappelle enfin que cette restriction entre en vigueur à partir du 1er février prochain. D’ici cette période les opérateurs russes vont continuer d’exporter (120 000 t sont actuellement en cours de transactions). Il semblerait aussi que la Russie ait exclu l’Egypte des restrictions à l’export (sous réserve de confirmation). Donc finalement, cette restriction ne devrait avoir que peu d’impacts sur les échanges.

Les origines françaises ne sont pas retenues pour la Turquie, et pour l’Iran les parts de marché sont peu significatives à la différence de l’origine allemande dont les blés sont plus protéinés.

Les précisions des prochains jours devraient nous permettre de mieux mesurer le potentiel laissé vacant par la Russie. »

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