A quoi ressemblera la ferme de demain ?

JA Mag

A quoi ressemblera la ferme de demain ?

Difficile d’imaginer l’avenir des exploitations agricoles. Pourtant, les tendances d’aujourd’hui dessinent déjà en creux la ferme de demain : plus connectée, plus précise, plus automatisée, moins énergivore, etc. Le tout dans un contexte de volatilité en amont et en aval. Le métier lui-même d’agriculteur évoluera aussi, entre plus de technicité et des exploitations toujours plus grandes.

Des robots à l’œuvre tout seuls dans les champs ? Un tracteur qui sème et récolte sans chauffeur ? Un smartphone pour contrôler tous les matériels ? A quoi ressemblera la ferme de demain ? Probablement un peu à tout ça… Impossible bien sûr de deviner de quoi l’avenir sera fait. Mais des grandes tendances se profilent déjà : automatisation, agriculture de précision, appareils connectés entre eux et à Internet, etc.

Plus terre à terre, il est déjà certain que l’enjeu énergétique sera central. L’agriculture est fortement dépendante des énergies fossiles : fioul et gazole pour les tracteurs et les serres, produits phytos et bâches plastiques issues de la pétrochimie. Idem pour les engrais, fabriqués à partir de gaz naturel et de phosphates. Les réserves mondiales de ce minerai sont appelées à se tarir d’ici la fin du siècle.

Ces intrants à risque, qui suivent les prix de l’énergie, constituent plus de 25 % des consommations intermédiaires. C’est ce qui ressort des comptes 2012 de l’agriculture. Avec dans le détail : 9,7 % du total pour les engrais et amendements, 9,1 % pour l’énergie et les lubrifiants et 6,5 % pour les produits de protection des cultures. Entre 2010 et 2012, la facture du poste énergie et lubrifiants s’est envolée de plus de 60 % !

Préparer l’après-pétrole

Et il ne faut pas compter sur une baisse des prix de l’énergie à moyen terme. Le pic de production de pétrole conventionnel pourrait être atteint avant 2030. C’est une « hypothèse probable », écrit le ministère de l’Agriculture dans son rapport Prospective Agriculture Énergie 2030 . « Le renchérissement des énergies fossiles constitue une tendance lourde » , ajoute cette étude parue en 2010.

Devant cette hausse pour l’instant inéluctable, les agriculteurs de demain auront trois réponses possibles : diversifier leurs sources d’énergie, réduire leur consommation et produire des énergies renouvelables. En matière de tracteur (70 % de l’énergie directe consommée par les exploitations), les fabricants font feu de tout bois. Hydrogène chez New Holland, multicarburants ou entraînement électrique pour John Deere, tout-électricité pour Tecnoma (lire en p. 32-33)… La flambée du pétrole peut aussi donner un nouveau souffle au non labour. Avec des économies de fioul allant de 15 % en Techniques culturales simplifiées (TCS) à 50 % en semis direct. Mais attention : moins de labour peut rimer avec plus d’herbicides.

Toutes les productions ne sont pas égales face à la dépendance aux ressources fossiles. Parmi les plus exposés : le maraîchage en serres chauffées. Suivis des élevages, qui consomment, en plus des intrants, des aliments pour animaux. En 2012, ces aliments représentaient 34 % des consommations intermédiaires de la ferme France. 19 % sont achetés et 15 % autoconsommés. Des produits dépendants du prix du pétrole utilisé pour les fabriquer et les transporter. Encore plus inquiétant est le cas des élevages hors sol. En porcin, l’électricité représente ¾ de la consommation énergétique. Or, son prix devrait augmenter de 50 % entre 2010 et 2020, selon la Commission de régulation de l’énergie. L’enjeu est donc vital pour une filière déjà chahutée.

A quoi ressemblera la ferme de demain ?

Comment économiser l’énergie ?

Les bâtiments agricoles représentent le deuxième poste de consommation d’énergie. Cette année, le Space de Rennes consacrait sa plate-forme Recherche et développement aux bâtiments du futur en volailles et porcs. Quelles sont les solutions d’avenir ? Avant tout l’isolation des bâtiments, qui peut multiplier – ou diviser – par deux la consommation d’énergie. Autre piste : la récupération de la chaleur des animaux. « Un porc charcutier de 100 kilos produit autant de chaleur qu’un radiateur de 140 W » , précise Frédéric Kergoulay, conseiller à la chambre d’Agriculture de Bretagne. Installer un échangeur à chaleur sur le système de ventilation permet de récupérer cette énergie. Et la hausse du prix de l’électricité devrait raccourcir le temps de retour sur investissement. Il est aujourd’hui de 5 à 7 ans.

La production d’énergies renouvelables, adaptées à chaque territoire, fait aussi partie des pistes d’avenir : méthanisation, éolien, solaire, bois énergie, etc. D’après le recensement agricole de 2010, 7 000 exploitations produisent des énergies renouvelables. Parmi elles, 1 900 en revendent. Un chiffre qui a doublé en 10 ans… et qui pourrait bien continuer sa progression.

L’avenir de la ferme France sera aussi fait de volatilité, en amont (intrants et alimentation animale) comme en aval (produits agricoles). « Une situation très difficile avec " effet de ciseaux " entre des prix agricoles bas et des prix de l’énergie élevés n’est pas donc pas à exclure », prévient le ministère de l’Agriculture dans son rapport prospectif. Face à cette double volatilité, en amont et en aval de la ferme, les élevages vont devoir « gagner en autonomie » , estime Hervé Guyomard, directeur scientifique à l’Inra (lire son interview en p. 29). Ce qui passera notamment par le développement des cultures de protéagineux et de prairies.

A quoi ressemblera la ferme de demain ?

Fringale de capitaux

Enfin, les robots seront encore plus présents dans la ferme de demain. Depuis l’arrivée du robot de traite au début des années 90, l’automatisation a fait des bonds de géant. Depuis plusieurs années, les constructeurs (John Deere par exemple) savent déjà concevoir des tracteurs roulant sans chauffeur. Une visite au Gaec de l’Epinay, à Guer (Morbihan), donne un autre aperçu de l’avenir. Dans cet élevage de 145 vaches laitières, les quatre associés ont opté pour trois robots : traite, alimentation et raclage. « Tout a été conçu pour que qu’une seule personne s’occupe de l’atelier lait », explique Rolland Piel dans le magazine breton Terra (27 septembre 2013). Coût du bâtiment et des robots : 1,7 M€.

High tech, robots, agriculture de précision : la ferme de demain mobilisera encore plus de capitaux qu’aujourd’hui. Ce qui poussera les producteurs à chercher des financements extérieurs à l’agriculture. Le mouvement est déjà lancé. Parmi les nouveaux pourvoyeurs de fonds, on compte des citoyens (Terre de liens) et des investisseurs (fonds Labeliance pour les ovins). Voire des industriels de l’énergie, qui se rémunèrent grâce aux toitures photovoltaïques des serres et des bâtiments d’élevage. Quelle place aura l’agriculture familiale face au développement d’une agriculture de firme ?

Cette fringale de capitaux pourrait compliquer encore plus la transmission des exploitations. Pour le ministère de l’Agriculture, « la poursuite des tendances actuelles suggère qu’un nombre réduit de personnes entrerait dans les métiers de l’agriculture à l’horizon 2025 ». Soit autour de 10 000 installations par an. Le jeune agriculteur de 2025 s’installera en moyenne à 30 ans, contre 28 aujourd’hui. Plus inquiétant : avec des profils plus diversifiés, « plus de trois quarts des installés ne seraient pas éligibles à la DJA dans sa forme actuelle. »

A quoi ressemblera la ferme de demain ?

300 000 exploitations et une agriculture à deux vitesses

Or, le ministère prévoit aussi une « accélération des départs ». Bref, sans changement politique, le mouvement de concentration se poursuivra. D’ici 2020, la France compterait entre 300 000 et 365 000 chefs d’exploitation, estime François Lefebvre, de l’Agence de services et de paiement (ASP, ex-Cnasea). Même son de cloche du côté de l’Institut de l’élevage. De 78 000 aujourd’hui, le nombre d’élevages laitiers pourrait chuter à 30 000 en 2035 (avec l’hypothèse de 1 200 installations par an).

Pour 2025, la Rue de Varenne prédit l’émergence d’une agriculture à deux vitesses : un tiers de petites fermes (40 ha en moyenne) et deux tiers de grandes exploitations (120 ha en moyenne). Et entre ces deux modèles ? « Certainement assez peu de situations intermédiaires. » Cette évolution engendrerait une « spécialisation accrue des zones de production » et une « concentration forte dans le Bassin parisien et le grand Ouest ».

La manière d’exercer le métier d’agriculteur changera elle aussi. Avec l’agriculture de précision, il nécessitera des compétences techniques pointues (agronomie, mécanique, informatique, etc.). Le projet européen V3DAS cherche à dresse le futur profil professionnel des agriculteurs. Ce travail, achevé le 31 janvier 2013, a montré l’émergence d’un « profil de gestion hautement qualifié en mesure de traiter à la fois la production ainsi que l’aval et la commercialisation ». Encore plus qu’aujourd’hui, les agriculteurs devront disposer de « connaissances spécialisées » et de « compétences transversales (communication, gestion, planification, résolution de problèmes, prise de décision, prise de risques, travail en équipe) ». Quelle sera la place des agriculteurs dans la ferme de demain ? Probablement encore plus gestionnaires qu’aujourd’hui.

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Commentaires 6

polos10

voir plus loin mai demain a quoi ressemblera un village??? dans les annees 60 dans le village il y avait entre 40 et 55 exploitations a ce jour 15 en 2020 une 10 ? le nombre d habitants et stable quel nonbre d abitants dans un village eloignier d une ville

narthex

Il semblerait que l'étude "Prospective Agriculture Énergie 2030" de notre chère ministère vive au pays des bisounours....pour la plupart des études geo-minières le pic serait sur une période qui va de 2006 à 2017.......donc d'ici 10 à 20ans c'est une ressource qui ce payer très chère......quand aux tracteur à hydrogène, j’attends de voir et surtout le prix....ce sera surtout un progrès pour le banquier....comme d'habitude.

acid

on se demande ce qu'a avoir le charisme avec la possibilité de reprendre une ferme...
pour l'elevage ce sera conditionné par le consommateur alors ce sera archi industriel pour l'ultra majorité, du terroirwashing pour les classes moyennes, et la qualité pour les riches

ehoui

soit realiste lolo
la mecanisation la robotisation, dans les elevages laitiers les robots de traite se vendent comme des petits pains, chez les cerealiers ce sont les systemes gps
la realité c'est pas leur moyenne avec des petites fermes de 40ha et des grandes de 120ha
il y aura de moins en moins de monde dans les fermes
les fermes seront de plus en plus grandes les travaux de plus en plus automatisé, les grandes feront bien plus de 120ha , les fermes seront tres gourmandes et les financeurs exterieurs ne seront pas comme dans l'article terres de liens ( terres de liens financent des prjets a taille humaine avec de l'ethique) la ce sera , des banques , des coop, des riches , des industriels, des cooperative ( elle viennet d'avoir le droit d'entrer dans des GFA, bref tu comprends l'avenir que 'lon nous prepare) des tres grandes fermes de 500 a 10000 ha avec le moins de paysan possible

geo

Ce portrait de l'agriculture interroge. Quelle vie dans les campagnes dans les années à venir? Les jeunes agriculteurs auront-ils assez de charisme pour reprendre un ensemble d'une telle valeur? Quelle sera la place des frères et sœurs du repreneur (arrangements de famille...)? L'agriculture nécessitera une formation permanente dès le lycée. La formation agricole sera t'elle adaptée et un niveau trop poussé ne risque t-il pas de faire fuir les repreneurs?
Où passent tous ceux qui commercialisent en circuit court dans ce portrait?
Pour les céréales, on sera sur du toujours plus grand, il n'y a pas de doute là-dessus et c'est tout à fait possible, avec des chefs d'exploitation qui n'auront plus d'agriculteur que le nom. Mais en élevage, je serai beaucoup plus prudent car ceci sera conditionné par le consommateur avant tout. Et il semble être bien oublié dans cette publication.

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