Consommation de carburant : Faire travailler moins le tracteur pour économiser plus de fioul

Costie Pruilh

Restructurer le foncier, s'entraider et mieux organiser le travail sont les deux leviers principaux permettant d'économiser des heures de tracteur, et donc du fioul.

« Les énergies renouvelables ne pourront remplacer qu'une petite part des énergies
fossiles, pointe Christian Savary de la chambre d'agriculture de la Manche. Il faut donc
commencer par chercher à réduire ses besoins et sa consommation d'énergie. »
C'est dans cette optique que la chambre d'agriculture de la Manche, la FDCuma, les élèves
de l'Iréo de Condé-sur-Vire, et l'Aretar de Basse-Normandie(1), ont effectué 250 suivis
d'une trentaine de travaux agricoles. Ils en ont tiré des références, des objectifs de
consommation de carburant et des pistes pour la réduire.
Le premier levier est d'économiser des heures de tracteur, notamment en réduisant
l'éloignement des chantiers ; en restructurant le foncier, en échangeant des parcelles, ou en
travaillant sur un assolement commun. « Pour l'épandage de lisier, neuf chantiers ont été
suivis, avec des parcelles plus ou moins éloignées : de moins d'un kilomètre à huit
kilomètres. La consommation a plus que triplé : de 8 à 25 litres par hectare, pour 25 m3 par
hectare », chiffre Christian Savary.







Chasse aux gaspillages

On peut aussi économiser pas mal d'heures de tracteur en organisant mieux le travail. « On
peut simplifier certaines tâches en veillant à ne pas dégrader les performances technico-
économiques ; et mieux organiser les chantiers pour optimiser les déplacements, éviter les
attelages-dételages d'outils trop fréquents, que le moteur tourne inutilement… »
Par exemple, pour la distribution des fourrages, les consommations de carburants peuvent
être très différentes pour un même matériel ; les marges de progrès sont importantes avec
les distributrices, mélangeuses ou non. La consommation moyenne est de 5 litres par jour
pour 100 UGB, avec de gros écarts entre les sept chantiers suivis (de 2,1 à 8,8 l). « Les
plus économes mélangent uniquement en fin de chargement et pré-coupent la paille. Les
bâches sont remontées, les concentrés sont pré-pesés pour qu'il n'y ait plus qu'à charger.
Le stockage est regroupé. Il n'y a pas de petits lots d'animaux. Les rations sont simples. La
distribution pour les génisses a lieu un jour sur deux. Chez les deux moins performants,
deux tracteurs et une mélangeuse sont utilisés ! », détaille Christian Savary. Plusieurs
suivis montrent l'importance d'adapter la puissance du tracteur à la taille de l'outil et vice
versa. L'utilisation d'un tracteur surpuissant par rapport aux besoins entraîne un gaspillage
de carburant.






Grandes portées économes

D'autres solutions pour réduire la consommation de carburant ont été listées : bien
connaître les paramètres de réglage de ses tracteurs, adapter la pression des pneus,
lester à bon escient, adopter une conduite économique (limiter le régime moteur quand c'est
possible, utiliser la prise de force économique…).
Christian Savary rappelle aussi qu'il faut éviter les séquences de travail trop courtes, pour
que le moteur et la transmission aient le temps (au moins 15 à 20 minutes) de monter à
température.
Enfin, en montant des outils sur le relevage avant du tracteur, on diminue le nombre de
passages et on augmente le débit de chantier. Et comme la charge est mieux répartie sur le
tracteur, on peut utiliser un tracteur moins puissant pour un même résultat.





Les agriculteurs les plus économes ont utilisé une largeur de travail importante, un avancement rapide, un régime moteur plus lent (1600 tr/min), une prise de force 540 éco. (S. Leitenberger)

Les agriculteurs les plus économes ont utilisé une largeur de travail importante, un avancement rapide, un régime moteur plus lent (1600 tr/min), une prise de force 540 éco. (S. Leitenberger)

 

Baisser le régime moteur

Parmi les 250 suivis, voici des résultats de consommation de quelques chantiers.
Pour le travail du sol, la consommation de carburant dépend de la nature du sol et de son
humidité : elle est plus élevée en terres argileuses humides. Plus on travaille en profondeur,
plus on consomme de carburant.
Pour le déchaumage, la consommation est plus élevée avec le cover-crop et pulvériseur
(9,6 l/ha), qu'avec les outils à dents ou dents-disques (8 l/ha). Elle est beaucoup moins
élevée avec un outil à disques indépendants (4,75 l/ha), mais le travail du sol est aussi plus
superficiel. « Il faut donc parfois effectuer un second passage », nuance Christian Savary.
Pour le labour, la consommation par hectare diminue quand la taille de la charrue augmente.
« Cependant, il faudrait un plus grand nombre de chantiers pour confirmer cette tendance »,
ajoute le conseiller.




Plus on épand à l'hectare, plus la consommation en carburant augmente. Les chantiers «
pulvérisation » consomment peu : 0,93 à 1,42 litre par hectare. « Les meilleurs résultats
sont obtenus avec les chantiers où les déplacements sont les plus courts, où le parcellaire
est plus grand et regroupé, où les barrières sont ouvertes, quand les rampes des
pulvérisateurs sont hydrauliques, quand il est appliqué une faible dose à l'hectare, quand la
vitesse de traitement est plus élevée », résume Christian Savary.
Pour le fanage, « sur 10 chantiers suivis, les plus économes ont une largeur de fanage plus
importante (5,9 m contre 5,3 m), un avancement un peu plus rapide, un régime moteur plus
lent (1600 tr/min) et une prise de force 540 éco, et ils ont travaillé un fourrage plus sec. »
Pour l'andainage, sur 15 chantiers, la consommation de carburant va de 2,5 à 6,8 litres par
hectare. « Les plus économes associent une largeur d'andainage plus importante
(andaineur ‘double rotor') et une puissance limitée, ont une vitesse d'avancement plus
rapide, un chantier et un parcellaire plus importants, avec des déplacements limités. »



Résultats des suivis : quelques objectifs de consommation

Le labour : 12,5 à 15 l/ha en terres faciles, 17 à 20 l/ha en terres moyennes (limoneux-
argileux) et 25 à 30 l/ha en terres difficiles
L'épandage de fumier : 7 à 10 l/ha
Une faucheuse classique : 5,5 à 6,7 l/ha
Une faucheuse conditionneuse : 7 à 7,5 l/ha
Le fanage : 2 à 2,6 l/ha par passage
Un andaineur double : 1,8 à 2,5 l/ha
Un andaineur simple : 2,4 à 3 l/ha
Le pressage des balles rondes : 9 à 10 l/ha. Des balles cubiques : 7 l/ha
La confection du silo de maïs : 7 l/ha
La distribution des fourrages : 2 à 3 l/j/100 UGB


(1) Association régionale des entrepreneurs de travaux agricoles.

Source Réussir Lait Elevage Juin 2008

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