Le Bcma livre les résultats d’analyse de qualité du Gnr et du Fod

Raphaël Lecocq

L’injection à haute pression resserre les mailles des filtres et augmente la sensibilité au figeage et au colmatage

Après l’épisode de grand froid de l’hiver passé, le Bcma a fait analyser 21 échantillons de Gazole non routier (Gnr) et 7 de fioul ordinaire domestique (Fod). Impuretés et mailles des filtres sont évoqués.

Qui, des fournisseurs de carburant, des constructeurs de tracteurs et des agriculteurs stockeurs de carburant détient une part de responsabilité dans les problèmes de démarrage de nombreux automoteurs agricoles au cours de l’hiver passé ? L’enquête menée par le Bureau de coordination du machinisme agricole ne visait pas expressément à répondre à cette question. Il n’empêche. La concomitance entre l’entrée en service du Gnr (le 1er novembre 2011) et les nombreux incidents déclarés en janvier-février 2012 pouvait donner matière à interprétation. Le raccourci était un peu rapide, si l’on en croit les résultats d’analyse fournis par le laboratoire indépendant Iespm. Précisons que les échantillons de carburant ont été prélevés dans les cuves des agriculteurs, après plusieurs semaines voire plusieurs mois de stockage, et non dans les camions de livraison des fournisseurs. Précisons également que l’utilisation persistante du fioul ordinaire, en dépit de son interdiction d’usage depuis le 1er novembre 2011, explique que 7 des 28 échantillons concernaient du fioul. Son remplacement par le Gnr est dicté, à l’échelon européen, par des motifs environnementaux visant à réduire les émissions polluantes des moteurs. Les 28 échantillons provenaient de 7 départements (Ain, Creuse, Isère, Haute-Marne, Meuse, Rhône, Haute-Saône).

Des filtres aux mailles plus fines

Deux paramètres étaient de nature à mettre en cause les fournisseurs de carburant : le point de trouble, qui correspondant à la solidification des paraffines, et la température limite de filtrabilité (Tlf) qui aboutit à une solidification du carburant avec les filtres comme premier barrage. Sur les 28 échantillons analysés, un seul décroche au niveau de la Tlf avec un –10°C quand l’ensemble se situe entre –21 °C et –18°C, voire en deçà pour deux échantillons. Le point de trouble se situe entre -6°C et 0°C pour 27 échantillons et –19°c pour le dernier. L’analyse met par ailleurs hors de cause les Emag (Esters méthyliques d’acides gras), que le Gnr peut renfermer à hauteur de 7 % afin de favoriser l’utilisation de ressources renouvelables (biodiesel). La présence d’Emag, avec un taux moyen de 4,5 %, ne réduit pas la résistance au froid du gazole, comparativement au fioul dont 5 échantillons sur 7 ont connu des problèmes de figeage et de colmatage, en dépit de l’absence d’Emag. Les filtres à carburant expliquent en bonne partie les problèmes et en particulier ceux des tracteurs récents, dont les trois quarts ont connu des dysfonctionnements. Afin de garantir le fonctionnement des injecteurs à haute pression, les filtres ont désormais des mailles inférieures à 10 µ quand les mesures de Tlf se réalisent avec des filtres de 45 µ. L’intégration d’un réchauffeur de carburant pourrait s’avérer pertinente sinon indispensable dans les conditions les plus exposées (régions, usage hivernal, maille des filtres…). Les analyses révèlent aussi des contaminations du carburant par des poussières, de l’eau, des bactéries. Si les Emag ne renforcent pas la sensibilité au froid, ils favorisent la condensation. La division par 100 du taux de soufre entre le fioul et le gazole fait de son côté le jeu des bactéries. Gare à cet été !

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