Picore ou la pulvérisation de précision en vigne

Raphaël Lecocq

le chauffeur visualise sur son écran chaque rang traité, imagé par un code couleur : vert pour la bonne dose, rouge pour un sur-dosage, bleu pour un sous-dosage et gris pour indiquer une coupure de pulvérisation, en bout de rang par exemple
Irstea

Connecté via smartphone, le boitier Picore offre un tableau de bord inédit sur la pulvérisation, avant, pendant et après l’application. Il s’adapte à tous les pulvérisateurs en parc sans exception et n’exclut aucun viticulteur. A la clé, 15 à 20 % d’économie de pesticides moyennant un investissement d’environ 2500 euros.

Picore se compose d’une centrale d’acquisition et d’enregistrement de données greffée sur le circuit de pulvérisation, moyennant une à deux heures de main d’œuvre

Vous disposez d’un smartphone pas forcément récent mais avec 50 Mo de mémoire disponible pour pouvoir y loger l’appli Picore ? Vous possédez un pulvérisateur ancien, très ancien, récent, très récent ? Vous n’êtes ni mécanicien, ni informaticien, ni électronicien ? Vous n’êtes pas opposé à l’idée de visualiser en cours de travail le volume/ha réellement appliqué ainsi que la qualité de sa répartition d’un bout à l’autre du rang et d’un rang à l’autre, au moyen de simples codes couleur, avec bien entendu la possibilité de corriger le tir le cas échéant ? Automatiser et numériser la traçabilité de tous vos chantiers de pulvérisation serait un plus ? Viticulteurs de France et de Navarre, le système Picore pourrait vous intéresser.

Vincent de Rudnicki : « Picore supervise toute la chaîne de réalisation d’un traitement, depuis la préparation jusqu’à l’archivage du chantier réalisé, en passant par les réglages, l’exécution, les vérifications et la validation »

15 à 20 % d’économie de produits

Le projet est né en 1995 dans la tête de Vincent de Rudnicki, électronicien ingénieur de recherches à Irstea, l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture. « Mon cahier des charges était le suivant : permettre à tout viticulteur de disposer en cabine d’un indicateur en temps réel de la quantité et de la qualité d’application, qui puisse s’adapter aux pulvérisateurs en parc pour faire progresser le plus grand nombre ».  Dès le départ, le chercheur a enfilé la combinaison de viticulteur pour s’imprégner de la réalité d’un chantier de pulvérisation. Dans le sens inverse, des viticulteurs tests répartis sur plusieurs vignobles se chargeaient de valider ou d’invalider les propositions du chercheur. Résultats ? : « Tout le monde s’est approprié le système sans aucune difficulté et chacun a pu réaliser une économie de l’ordre de 15 à 20 % de pesticides », poursuit le chercheur, qui en tire l’enseignement suivant : « lorsque l’on met les outils appropriés entre les mains des viticulteurs, ces derniers s’en saisissent pour améliorer leurs pratiques ». Autrement dit, l’ergonomie des pulvérisateurs est sans aucun doute globalement perfectible.

Le chauffeur visualise sur son écran chaque rang traité, imagé par un code couleur : vert pour la bonne dose, rouge pour un sur-dosage, bleu pour un sous-dosage et gris pour indiquer une coupure de pulvérisation, en bout de rang par exemple

Un boitier, une appli, un serveur internet

Picore se compose d’une centrale d’acquisition et d’enregistrement de données greffée sur le circuit de pulvérisation, moyennant une à deux heures de main d’œuvre. Le boitier compte autant de débitmètres que de sorties de pulvérisation, un capteur de pression et une antenne GPS à signal gratuit (Egnos). Les informations sont transmises par Wifi sur le smartphone du chauffeur en cabine. Outre les informations de débit, de vitesse, de pression, le chauffeur visualise sur son écran chaque rang traité, imagé par un code couleur : vert pour la bonne dose, rouge pour un sur-dosage, bleu pour un sous-dosage et gris pour indiquer une coupure de pulvérisation, en bout de rang par exemple. En révélant le bouchage d’une buse ou encore l’imprécision d’un manomètre, Picore met fin au règne de l’empirisme, indépendamment du DPA, qui ne régule pas le débit mais l’asservit simplement à la vitesse d’avancement. Une fois la parcelle traitée, l’appli transmet automatiquement le relevé de chantier sur un serveur internet dédié, au service la gestion parcellaire de l’exploitation et de la traçabilité, sans carte SD, sans clé USB. « Picore supervise toute la chaîne de réalisation d’un traitement, depuis la préparation jusqu’à l’archivage du chantier réalisé, en passant par les réglages, l’exécution, les vérifications et la validation », poursuit Vincent de Rudnicki. « On est quasiment dans une démarche qualité ». Picore entame dès à présent sa phase commerciale, sous l’égide de Sika, une entreprise allemande faisant autorité en matière de capteurs et qui exploite la licence pour le compte d’Irstea. Il faut compter environ 2500 euros le boitier selon la configuration du pulvérisateur.

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