Vers des épandeurs à débit constant

JA Mag

Vers des épandeurs à débit constant

La régularité de répartition longitudinale dépend en grande partie de la charge de fumier pesant sur les hérissons. c’est en la maintenant au maximum constante que les épandeurs vont gagner en précision d’épandage.

Les épandeurs de fumier sont de plus en plus nombreux à se doter d’un débit proportionnel à l’avancement électronique (DPAE). La technologie a fait ses preuves avec les pulvérisateurs et les distributeurs centrifuges d’engrais. Elle garantit le respect de la dose/ha programmée, à une condition : celle de pouvoir assurer un débit instantané constant.

Ce qui se conçoit aisément avec une bouillie ou des engrais solides est beaucoup plus difficile à réaliser avec des matières organiques, par nature très hétérogènes au plan physique. En reliant «électroniquement» la vitesse du tapis, la hauteur d’ouverture de la porte arrière et la vitesse d’avancement du tracteur, le DPAE libère le chauffeur de tout contrôle tout en garantissant le résultat final. A un détail près.

La modulation de vitesse du tapis et la position de la porte arrière n’entraînent pas automatiquement un débit constant en sortie de hérissons. En cause : la hauteur de front du fumier qui vient se plaquer contre les hérissons, susceptible de varier dans le temps du fait de phénomènes d’éboulement entre le début et la fin de la vidange de l’épandeur. Cette variabilité fait de l’épandeur un appareil potentiellement incapable de délivrer un débit constant, en mouvement comme à poste fixe. En ce qui concerne la répartition transversale, les traces laissées par les matières organiques constituent un repère fiable réduisant les risques de recoupement ou de manque.

Trois phases de vidange

Les bancs d’essai de la station expérimentale des chambres de Bretagne aux Cormiers (35) et du Cemagref à Montoldre (03) mettent ainsi en évidence trois phases distinctes dans la vidange d’un appareil : amorçage, palier, décroissance.

L’amorçage correspond à l’approche du fumier vers les hérissons après l’ouverture de la porte et la mise en route du tapis. Dans le cas d’un fumier pailleux épandu à la dose théorique de 30 t/ha, la dose réelle apportée pendant les 20 à 30 m de la phase d’amorçage peut être réduite entre10 t/ha et 15 t/ha.

La seconde phase, baptisée palier, correspond au temps pendant lequel les hérissons sont pleinement alimentés en fumier. Le débit instantané peut alors atteindre 50 t/ha à 60 t/ha. Pendant cette phase, des blocages contre la traverse du cadre supérieur des hérissons, consécutifs à un chargement excessif, peuvent altérer la régularité de l’épandage et accroître le temps de vidange. Les épandeurs à caisse étroite sont plus sensibles à ce phénomène, notamment lorsque le cadre des hérissons est plus étroit que la partie haute de la caisse.

A ces précautions et réserves près, la phase de palier doit être maximisée car elle s’avère la plus garante du respect d’un débit constant, davantage que la phase d’amorçage et de la dernière phase qu’est la décroissance. Celle-ci démarre lorsque les hérissons ne sont plus correctement alimentés pour cause d’éboulement du fumier. Cette phase, pendant laquelle le débit retombe à des niveaux compris entre 10 t/ha et15 t/ha, est plus ou moins longue selon les appareils. Elle l’est davantage sur les épandeurs à caisse étroite ou encore à faible longueur de caisse.

Label Eco-Epandage

La combinaison d’éléments mécaniques et d’asservissements électroniques devrait permettre d’enregistrer des progrès dans cette quête de débit constant. Ce faisant, la pesée en continu et le débit proportionnel à l’avancement pourront alors remplir leurs bons offices, aujourd’hui imparfaits. Plusieurs constructeurs ont ouvert des pistes intéressantes dans ce but : matériel à fond poussant ou à tablier d’accompagnement, système de forçage de la matière contre les hérissons, gestion électronique de suivi de contour de la hauteur du front. Autant de travaux concentrés sur ce fameux front de matière venant se frotter aux hérissons.

Un projet de labellisation des matériels devrait permettre à moyen terme d’éclairer le choix des clients sur les performances comparées des épandeurs. Depuis 2003, ils se doivent d’être conformes à la norme NF EN 13080, une norme nécessaire mais pas suffisante. Depuis 2011, deux constructeurs, Pichon et Rolland, sont chefs de file d’un programme de labellisation des matériels d’épandage d’effluents solides et liquides, en partenariat avec les chambres d’Agriculture de Bretagne, le Cemagref, VetAgro Sup et Axema, l’Union des industriels de l’agroéquipement. Eco-Epandage, c’est le nomde ce futur label, vise à faire progresser les technologies et faire reconnaître les performances agronomiques, économiques, énergétiques et environnementales des appareils. Tous les constructeurs pourront bien entendu faire labelliser leurs matériels, qui seront garants de performances sur cinq points : maîtrise de la dose, répartition au sol, valorisation du fertilisant, train roulant, efficience énergétique. Le label Eco-Epandage devrait être opérationnel en 2013. Il pourrait déboucher à plus long terme sur une reconnaissance au plan européen.

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