A duras, la solidarité coule à flots

Yannick GROULT - JA Mag

A duras, la solidarité coule à flots

Depuis un an, les vignerons de l’appellation côtes de Duras ont une tontine. Et elle est plus ange gardien que tante acariâtre.

Yannick Groult Producteur de vin dans les côtes de Duras, Fabrice Pauvert a lancé une caisse de solidarité pour les vignerons de l’appellation.

Le principe de cette Caisse de solidarité et de prêt mutuel ? Les 22 adhérents (tous producteurs affiliés à l’appellation) versent chaque mois une somme de leur choix, de 10 à 50 €. Au bout de 25 mois, chacun peut récupérer sa mise (sans intérêt). Entre temps, ce fonds de roulement permet d’accorder des prêts à taux zéro aux viticulteurs. De quoi financer des imprévus malheureux (maladie, accident, casse de matériel, etc.)... ou heureux, comme un mariage ou une naissance !

La première tontine a été créée en 1689, et il en existe aujourd’hui, sur tous les continents. Celui qui a eu la riche idée d’appliquer cet outil à la viticulture, c’est Fabrice Pauvert. Ancien président cantonal JA, ce vigneron bouillonnant d’idées est à la tête de l’Organisme de défense et de gestion (ODG) côtes de Duras. C’est là qu’il s’est rendu compte que cette structure qui gère l’AOC est démunie face aux coups durs que subissent ses producteurs.

Ce n’est pas tout à fait un hasard si cette innovation sociale et solidaire a vu le jour à Duras. Coincés entre ses voisins prestigieux du Bordelais et du Bergeracois, « les vignerons de Duras se sont toujours pris en main », note Fabrice. Ce petit vignoble de 1 500 ha a ainsi été l’un des premiers à miser sur l’oenotourisme. Autres éléments déclencheurs, « dans le canton, six exploitations sur dix n’ont pas de salarié. Tout repose donc sur les épaules du vigneron. Et le revenu moyen annuel déclaré à la MSA est de 8 300 €... » 

La non-solidarité a un coût

Pourquoi créer un nouveau dispositif, alors qu’existent déjà les aides de l’Etat, de la MSA, les assurances ? Réactive et limitée à de petits montants (300 à 5 000 €), la tontine se place sur un autre créneau. Et elle intervient en amont, dès qu’un problème est détecté. « L’échelle cantonale est parfaite pour une caisse de solidarité, estime Fabrice Pauvert. Tous les adhérents sont proches géographiquement et se connaissent plus ou moins. » « La non-solidarité a un coût, répète Fabrice Pauvert. Si on laisse un producteur s’enfoncer dans les difficultés, il va brader son vin et tirer les prix de toute l’appellation à la baisse. »

Le groupe créé autour de la tontine dépasse le simple cadre de la caisse de solidarité. « En 2014, un vigneron de l’appellation, non adhérent, est décédé d’un cancer. Mais la vigne, elle, continuait de pousser ! Une trentaine de producteurs est venue aider la veuve à épamprer et relever les vignes. L’association est intervenue pour sécuriser le cadre juridique en tenant un cahier d’entraide. »

Les cotisations des membres représentent 13 000 €. S’y ajoutent des subventions qui gonflent la capacité d’action de la tontine : Région et Département, Crédit agricole, Aquitaine active, etc. Soit près de 20 000 € en 2014 et 50 000 € en 2015 (si les demandes déposées auprès de la MSA, de la fondation Banque Populaire et de la Fondation de France aboutissent). Il a fallu pour cela frapper à de nombreuses  et nouvelles - portes. « Les agriculteurs ne sont pas habitués à aller chercher des financements dans l’économie solidaire », remarque le vigneron. Mais son projet bénéficie du soutien des pouvoirs publics, de la chambre d’Agriculture qui adhère à la Caisse et des collectivités. « La viticulture est la première force économique du canton, explique Fabrice. Si nous faiblissons, le canton faiblira. » 

A duras, la solidarité coule à flots

Bras armé et solidaire de l’appellation

Quel est le bilan de la tontine après une année d’existence ? Aucun adhérent n’a demandé de prêt à taux zéro. « L’agriculture, c’est comme l’armée, c’est la Grande muette ! », résume le président. La fierté et le « sentiment d’échec face aux générations précédentes qui ont transmis l’exploitation » peuvent expliquer la pudeur des agriculteurs en cas de coup dur. Alors Fabrice a donné l’exemple en demandant le premier prêt pour remplacer le moteur de son tracteur.

Pendant ce temps, l’argent de la tontine n’a pas dormi inutilement. Son statut d’association loi 1901 permet à la tontine de collecter et distribuer des fonds en dehors du cercle de ses membres. Une sorte de bras armé et solidaire des vignerons de Duras. L’un des premiers investissements ? Des diffuseurs anti-grêle protégeant les vignes de l’appellation, mais aussi de Marmande et de Bergerac. Le groupe s’apprête à lancer une opération de solidarité avec les vignerons de Banyuls et Collioure, frappés par les inondations à l’automne 2014. Et Fabrice Pauvert ne compte pas s’arrêter là. « Il y a 900 000 ha de vignes en France, si chaque viticulteur donnait 1€/ha, imaginez le fonds de solidarité qu’on pourrait créer ! » Son rêve ? Qu’un jour, chaque appellation viticole ait sa propre tontine.

A duras, la solidarité coule à flots

Simplifier le négoce pour sécuriser les débouchés

« Sur mes bouteilles, j’ai inscrit “ vigneron négociant” », lance Fabrice Pauvert. Un prolongement logique de l’exploitation pour ce vigneron pas comme les autres - il a laissé tomber ses études de droit en région parisienne pour venir s’installer à Duras. La moitié de la production de ses 10 ha est livrée à la cave coopérative. L’autre moitié est embouteillée (10 000 cols) et vendue sous une marque commerciale. Président de l’ODG côtes de Duras depuis 2009, il est à l’origine d’une proposition de statut simplifié de négociant adoptée par l’ODG en février 2015. Une demande qui doit être relayée auprès du ministre de l’Agriculture par Matthias Fekl, secrétaire d’État au Commerce extérieur et député du Lot-et-Garonne et Pierre Camani, sénateur du Lot-et-Garonne. L’échelle cantonale est parfaite pour une caisse de solidarité. Simplifier le négoce pour sécuriser les débouchés .

« Je me suis rendu compte que, sauf accident climatique majeur, la production globale de notre appellation reste stable, explique Fabrice. Mais celle de chaque vigneron varie. » D’où l’idée de faciliter les achats de raisin à l’extérieur pour éviter de perdre des marchés les années de petites vendanges. Aujourd’hui, être producteur et négociant implique de disposer de deux chais, de deux sociétés, de deux comptabilités, de deux jeux d’étiquettes et de capsules, etc. « Nous faisons déjà des analyses à chaque mise en bouteille, plaide Fabrice, qui insiste sur l’importance de la transparence et de la traçabilité. On pourrait par exemple limiter les achats à l’équivalent de la surface cultivée. »

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