Certification environnementale : un bilan mi-figue, mi-raisin

Bruno Carlhian et Marion Ivaldi - Réussir Vigne Avril 2013

Certification environnementale : un bilan mi-figue, mi-raisin
Vignoble de l'Hérault sur le site ORE (Observatoire de recherche en environnement) de Roujan. © C. Slagmulder/Inra

Les “ labels ” environnementaux présents en viticulture et les organisations viticoles nationales se sont largement engagés en faveur de cette démarche globale créée en mi-2011. Mais les vignerons concernés constituent encore une petite minorité.

" Un moyen de tracer mon produit "

l Fabien Castaing, Domaine du  Moulin-Pouzy (Bergerac).
Fabien Castaing passera Dans quelques mois la certification HVE niveau 3. Un moyen d’atteindre l’excellence.

“ J’ai mis en place la démarche Qualenvi en 2008, lors de mon installation. Comme je m’occupe essentiellement de la commercialisation des vins du domaine, ce qui nécessite de nombreux déplacements, j’avais besoin de mettre en place une méthode d’organisation qui me permette de traçer l’activité sur le domaine : travail à la vigne et aux chais. Mes collaborateurs se sont impliqués dans la démarche et ont suivi les formations proposées par l’Anfovi. Ils ont participé à la mise en place de la démarche et réfléchi aux informations qui nous étaient utiles de tracer. Il s’agit en effet de respecter les normes réglementaires mais aussi de collecter des informations qui peuvent nous aider à mieux faire notre métier.
J’ai mis en place Qualenvi en un an et demi… il faut généralement entre deux et trois ans. L’exercice a été très chronophage : durant la mise en œuvre, j’y ai travaillé au moins un jour par semaine. Mis à part le temps passé, la démarche n’est pas coûteuse même si elle demande quelques petits investissements. Dans deux mois, nous nous apprêtons à passer la certification Haute Valeur Environnementale de niveau 3. Nous avons choisi de nous faire qualifier car nous visons l’excellence. Seule interrogation : la HVE fera-t-elle l’objet d’une communication efficace ? Nos plaquettes indiquent cette certification, mais les acheteurs ne la connaissent pas ! “

La certification environnementale des exploitations, une démarche volontaire introduite dans la réglementation française à l’issue du Grenelle de l’Environnement, avait suscité un vif intérêt au sein du monde viticole, l’une des professions agricoles les plus engagées dans les démarches de progrès en matière d’environnement et d’agriculture durable. Les vignerons indépendants comme coopératifs lui attribuaient pour mérite principal d’offrir un cadre uniformisé à des initiatives nombreuses mais très dispersées en viticulture. Autre avantage de la démarche : elle propose aux producteurs un parcours par échelon, adapté au niveau d’avancement des vignerons en matière d’améliorations des pratiques.

Les labels environnementaux dans la brèche

Le décret du 20 juin 2011 relatif à la certification environnementale des exploitations agricoles prévoit trois niveaux de certification. Le premier niveau, relevant de l’autodiagnostic, est centré sur les exigences réglementaires les plus importantes dont la valorisation sera limitée aux dossiers PAC. Le deuxième niveau impose une obligation de moyens avec seize exigences regroupées en quatre thématiques : biodiversité, stratégie phytosanitaire, gestion de la fertilisation et gestion de la ressource en eau. Enfin, le niveau 3, le sommet de la pyramide, correspond à la certification haute valeur environnementale (HVE). La HVE atteste du respect de critères de biodiversité (refuges pour gibier, bosquets, murets, bandes enherbées), méthodes alternatives aux phytos (confusion sexuelle des insectes, travail du sol), poids des intrants dans le chiffre d’affaires de l’exploitation.

Les nombreuses associations et “ labels ” environnementaux opérant dans le secteur de la vigne se sont engouffrés dans cette brèche pour inscrire leurs adhérents dans cette démarche globale. La Commission nationale de la certification environnementale, qui se réunit environ deux fois par an, a accordé à ces labels “ l’équivalence ” du niveau 2 de la certification environnementale. En 2012, les vignerons inscrits dans les démarches Agriculture raisonnée, Terra Vitis (hormis la Champagne, candidate depuis cette année) et SME à Bordeaux l’ont ainsi obtenu.

Les organisations viticoles nationales ont également engagé le mouvement.

Une démarche complexe pour un vigneron isolé

Les vignerons indépendants ont obtenu l’équivalence du niveau 2 pour leurs adhérents engagés dans la démarche Qualenvi. Environ cinquante vignerons sont en conversion ou ont atteint l’excellence Qualenvi. Une poignée a même obtenu le label “ haute valeur environnementale ”. Une trentaine devrait se présenter à l’audit cette année. Du côté des coopératives, les entreprises engagées dans le volet environnemental d’Agriconfiance (norme NF V 01-007) ont déposé individuellement leurs dossiers pour la reconnaissance en niveau 2. Lors de sa dernière réunion, le 19 février dernier 2013, la Commission Nationale de Certification Environnementale a ainsi reconnu la démarche engagée par la coopérative de Rauzan en Aquitaine et la démarche VIVRE, pour la viticulture dans le Vaucluse, où l’on retrouve notamment la cave de Beaumes de Venise dont l’intégralité du vignoble est en bio ou en agriculture raisonnée.
Un peu moins de deux ans après la création de la démarche, le bilan de la certification environnementale reste cependant mitigé en nombre de viticulteurs engagés. La démarche souffre en effet de quelques faiblesses, notamment d’une certaine complexité pour un vigneron isolé. “ Cela fait deux ans que j’ai entamé la démarche Qualenvi. Mais, nous n’avons pas le personnel pour assumer la charge administrative d’une telle démarche. Pourtant 95 % de nos pratiques collent au cahier des charges ”, regrette ainsi Jean-Denis Maillefaud, producteur de clairette de die.
Autre difficulté : le “ niveau 2 ” ne bénéficie d’aucune incitation financière et n’autorise pas de communication vers le grand public. Seule la certification de niveau 3 permet de faire figurer sur les bouteilles la mention “ Vin issu d’une exploitation certifiée haute valeur environnementale ”. Le devenir de la certification environnementale “ niveau 2 ” et “ niveau 3 ” repose en grande partie sur l’implication des organisations nationales, en mesure d’offrir un cadre collectif et des mesures d’accompagnement. Les vignerons indépendants, comme les coopératives, semblent bien décidés à continuer à s’inscrire dans une évolution inéluctable. Et pour Stéphanie Piot qui suit le dossier à la CCVF : “ Les démarches de progrès en matière d’environnement ou de durabilité sont l’avenir, nos adhérents en sont bien conscients ”.

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