Conduite culturale : Comment favoriser la biodiversité

Claudine Galbrun

Sauvegarder la biodiversité. Pour y parvenir, des mesures simples au niveau de la parcelle peuvent être mises en oeuvre mais c'est sans doute à l'échelle du paysage que les plus grands progrès sont attendus.

“ L'homme, par ses activités de production, perturbe le milieu. Mais est-ce forcément désastreux ? ”, s'interroge Marteen Van Helden, chercheur à l'Enita de Bordeaux. Et de poursuivre : “ Sans activité humaine, la France serait entièrement recouverte d'une forêt de chênes. Donc l'homme contribue à la biodiversité. ” Si le développement depuis 60 ans d'une agriculture productiviste et intensive a terriblement nui à la biodiversité, celle-ci ne doit pas être la seule mise en cause. On peut tout aussi bien accuser l'urbanisme, l'industrialisation et leur cortège de pollutions. Néanmoins, l'agriculteur par son activité de “ paysan ”, c'est-à-dire de gestionnaire du paysage, a un rôle très constructif à jouer pour favoriser cette biodiversité. Sans pour autant qu'il ait été prouvé que cette biodiversité était fonctionnelle : autrement dit, le lien entre biodiversité et présence d'auxiliaires n'est pas certain.

Mieux vaut opter pour un enherbement naturel qui permet la plus grande biodiversité. (J.-C. Gutner)

Mieux vaut opter pour un enherbement naturel qui permet la plus grande biodiversité. (J.-C. Gutner)

Diversité paysagère et biodiversité

“ Il y a souvent plus de ravageurs là où il y a le plus d'auxiliaires. Est-ce vraiment le but recherché ? Nous n'avons aujourd'hui que peu de preuves de l'intérêt des auxiliaires ”, explique Marteen Van Helden. Et pour tenter d'en apporter, les recherches se situent désormais à l'échelle du paysage. “ Dans un rayon plus ou moins large autour d'un piège à insecte, nous analysons les différentes occupations du sol : vignes, forêts, bandes enherbées… Après avoir calculé le pourcentage de chaque occupation de sol, on établit des corrélations avec la présence de tel ou tel insecte. Nous avons constaté que plus il y a de vigne, plus il y a d'eudémis. Ce qui s'expliquerait par l'inadaptation de ses ennemis naturels à une zone d'habitat de monoculture. On observe exactement le contraire pour la cicadelle verte qui est plus nombreuse dans des paysages diversifiés car ce ravageur très polyphage trouve dans cette diversité plus de nourriture. ”

L'enherbement un élément clé

Ce type d'études à l'échelle du paysage est long et complexe et va nécessiter l'implication de tous les acteurs présents dans le périmètre. “ Mais le vigneron peut agir à l'échelle de son exploitation. ” L'enherbement étant un des éléments- clés de la biodiversité. “ En semant simplement des graminées, on double la biodiversité. Désormais, il y a la vigne et les graminées. ” Mais mieux vaut opter pour un enherbement naturel, les “ mauvaises herbes ” qui le composent hébergeant la plus grande biodiversité. Pour Marteen Van Helden, l'enherbement total est souhaitable. Pour favoriser la biodiversité, il est nécessaire de diminuer au maximum la tonte et de la pratiquer de préférence avec des machines de type couteau plutôt que broyeur afin de mieux respecter la vie des habitants de cet enherbement. “ Et pour encore mieux la respecter, il est conseillé de ne tondre qu'un rang sur deux et par semaine. L'effet en est souvent spectaculaire et cela engendre en plus des économies sur les temps de travaux. ” Quand l'enherbement est bien installé, les graminées dominent, plantes moins favorables à la biodiversité. “ En les tondant au moment de la formation de leurs graines, on va les affaiblir et favoriser le développement de plantes annuelles utiles à la biodiversité. Un travail superficiel du sol accéléra encore ce processus. ”

L'agroforesterie suscite un intérêt

Une pratique traditionnelle et quelque peu oubliée, à savoir l'agroforesterie qui consiste à associer plusieurs types de cultures dans une même parcelle, suscitent un nouvel intérêt, notamment du point de vue de la biodiversité. La chambre d'agriculture de l'Hérault mène d'ailleurs un essai sur 16 hectares associant la vigne et différentes essences d'arbres comme le poirier, le pin brutia, le cormier et le pin parasol, ces arbres servant de refuges aux oiseaux, aux chauve-souris et aux insectes. En dehors des parcelles de vigne, on peut aussi intervenir sur les tournières et ne tondre que la surface nécessaire aux rotations des différents engins (tracteur, machines à vendanger…) et seulement une fois par an, voire moins ce qui permet le retour de certaines espèces végétales qui avaient disparu. “ Tondre davantage pour faire propre ? Cela n'a aucun intérêt ”, indique Marteen Van Helden. Et puis il y a tous les autres aménagements telles les haies qui permettent de servir plusieurs objectifs et outre la biodiversité, de lutter contre l'érosion ou le ruissellement. “ On évitera de créer des murs végétaux et on n'hésitera pas à couper des arbres pour créer des transitions douces entre arbustes et strates herbacées. ” Les murs de pierres sèches sont aussi à préserver. Agréables à l'oeil dans un paysage viticole, ce sont autant de refuges pour une faune diverse.

Source Réussir Vigne Mai 2009

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