Consommation : Les consommateurs indifférents à la crise

Stéphane Seegers

Consommation La crise économique mondiale ne dissuade pas les gens de consommer du vin. Au contraire. Par contre la crise se fait sentir au niveau des importateurs qui limitent leurs stocks et donc leurs commandes.

Conséquence de la crise économique mondiale, les consommateurs de vins ne pourraient plus se payer autant de bouteilles qu'avant. Une affirmation qui serait tout simplement fausse selon Ubifrance. La consommation mondiale s'établit en 2008 à 243 millions d'hectolitres. Il s'agit d'une croissance de 1 à 1,5 million d'hectolitres par rapport à 2007 et cette tendance est constante depuis le milieu des années 1990. “ Les résultats de l'année 2008 devaient mettre en évidence les premiers effets de la crise, explique Hervé Henrotte d'Ubifrance. Cependant, la valeur de nos exportations est restée stable grâce à la mise en marché du millésime 2003 sur bordeaux. ” Les volumes ont baissé, en particulier ceux de vins de table et de vins de pays. Mais cette chute de volume sur cette catégorie de vins s'explique en grande partie par la fin du boycott des vins moldaves par la Russie. En 2009, la chute se poursuit. On enregistre sur les neuf premiers mois de l'année – 11 % en volume et - 24 % en valeur. “ Cela n'est pas réjouissant mais il faut se dire que le résultat n'est pas si catastrophique que ça quand on pense aux – 50 % enregistrés sur le premier trimestre. En Champagne on enregistre un recul de 15 %, mais après deux années à + 30 %... À Bordeaux les experts s'attendaient à un recul de – 15 % du fait du millésime 2004 inférieur en qualité au 2003.

Les consommateurs, au niveau mondial, n'abandonnent pas le vin. (P. Cronenberger)

Les consommateurs, au niveau mondial, n'abandonnent pas le vin. (P. Cronenberger)

Au final on a – 20 %, l'effet crise mondiale est donc “ seulement ” de 5 %. ” Quelques experts espèrent même limiter un peu plus la casse sur la fin d'année. Les gens devraient se pencher sur des cadeaux un peu moins chers. Or le vin est très bien placé sur le rapport image-prix. Il constitue un cadeau très acceptable et apprécié pour un prix souvent raisonnable. Il s'agit d'un transfert de consommation qui devrait aider à la tenue du marché.
De plus, les consommateurs ne semblent pas abandonner le vin dans leurs listes d'achats tout au long de l'année. “ La crise n'a pas vraiment affecté la clientèle qui boit du vin, à part quelques courtiers et golden boys ”, illustre Hervé Henrotte. Nous assistons plutôt à des transferts de consommation. Les Allemands, par exemple, repoussent les gros achats et compensent en se faisant des petits plaisirs. Les victimes de la crise sont surtout les sorties et les voyages. Ce qu'il faut retenir, c'est que les gens continuent à boire mais chez eux !
Mais si tout va bien en terme de consommation, pourquoi est-il si difficile de vendre ? Les difficultés en matière de prix et de débouchés s'expliquent en premier lieu par le fait que la production mondiale augmente encore plus vite que la consommation : à raison de 2 à 2,5 millions d'hectolitres par an. Elle atteint 269 millions d'hectolitres en 2008.

“ Avec les usages industriels, entres autres pour le vinaigre, qui représentent près de 30 millions d'hectolitres par an, et les petites récoltes mondiales de ces dernières années, la conjoncture reste favorable, on évite une vraie surproduction et l'on peut ainsi limiter la casse. Sinon la crise serait plus importante encore sur la sphère viticole mondiale ”, souligne Hervé Henrotte. Mais la crise financière a aussi un impact, non pas sur les consommateurs, mais sur certains importateurs souffrant d'un manque de liquidités. La crise ajoutée à l'euro fort explique la chute des exportations vers le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Les importateurs ont du mal à financer leurs stocks. Ils les limitent ainsi à leur minimum et donnent la priorité à leur écoulement plutôt qu'à passer des commandes. Or, lorsque l'on sait que les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont deux de nos trois premiers clients, on comprend la situation actuelle. Les perspectives ne sont pourtant pas si noires. “ Les stocks sont au plus bas à la distribution, les récoltes 2008 et 2009 sont faibles, ce qui limite la casse en termes d'effondrement des prix, complète Hervé Henrotte. Nos concurrents affichent des difficultés encore plus grosses en particulier les Australiens, les Sud-Africains et les Chiliens. Si la crise ramène un peu d'argent dans les coffres des distributeurs, le marché peut repartir. ” En attendant, quelques pays peuvent prendre partiellement le relais comme l'a montré la Russie avec l'épisode moldave.

Source Réussir Vigne Janvier 2010

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